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Crépuscule de Boréal, aube silencieuse

16 Août

Je prends enfin le temps d’écrire un bref billet pour le Congrès Boréal 2009. Quel événement merveilleux! Les semaines précédentes, j’avais vraiment peur qu’il n’y ait personne (et que tout le monde soit à Anticipation, congrès mondial). Mais ce ne fut pas le cas : plein de visiteurs, plein de nouveaux visages. J’ai fait de belles rencontres, serré beaucoup de mains, animé une discussion, participé à une autre discussion, joué à Cadavres Instantanés, revu les amis, collègues du milieu (Claude Bolduc, Serena Gentilhomme, Mathieu Fortin, Dominic Bellavance, Pierre-Luc Lafrance, Dave Côté, et j’en passe…). Ça a été mon Boréal préféré. Je m’y sentais pleinement à ma place et une énergie spéciale animait les gens : celle de la passion. Cette passion, c’est celle des littératures de l’imaginaire. Je tiens à remercier du fond du coeur l’équipe dynamique et talentueuse qui a organisé cette fin de semaine haute en surprise : Guillaume Voisine, Ariane Gélinas, Carmélie Jacob, Simon P. Racine, Geneviève F Goulet et David Hébert.

Pour d’autres compte-rendus du Congrès Boréal 2009, visitez le http://www.tuverrasclavier.com/

Je vous laisse sur un petit texte, la préface de mon recueil de nouvelles Silencieuses, écrite par le grand Claude Bolduc :

« S’il est une chose qu’il ne faut jamais négliger, c’est bien la relève. Dans quelque milieu que ce soit, peu importe le domaine, la spécialisation, l’orientation, il importe de souligner et de saluer le travail de la relève, car c’est par elle que l’on peut juger le dynamisme, sinon la viabilité dudit milieu. Les forces vives ne sont pas éternelles et, tôt ou tard, elles doivent tendre le flambeau afin de mieux se perpétuer. Sans relève, il y a une œuvre qui se perd, un mouvement qui s’éteint à petit feu; il n’y a plus cet apport d’eau au moulin, gage de renouvellement, de l’apparition de nouvelles tendances et, tout simplement, de diversification. La relève peut même représenter un retour à une inspiration des maîtres du passé selon une perspective différente.

La littérature fantastique québécoise ne fait évidemment pas exception à cette règle. Sans aller jusqu’à embrasser d’un seul coup tout le fantastique d’ici – bien que le nombre d’auteurs ne soit pas infini, il reste que des écrivains de toutes tendances ont, au fil des ans et depuis le XIXe siècle, effleuré le genre –, prenons une loupe et considérons une partie seulement de ce vaste corpus, soit le petit milieu organisé qui gravite autour des publications spécialisées et des congrès dévolus au genre.

Après les Grands Anciens qui ont ouvert la voie dans les années 1970 – par exemple Daniel Sernine –, d’autres se sont amenés par la suite, ajoutant leur pierre à l’édifice, qu’il s’agisse de Stanley Péan vers la fin des années 1980 ou encore de Patrick Senécal dans les années 1990. C’est ainsi que chaque nouvelle décennie a amené ses recrues et que nombre d’entre elles sont demeurées actives. Le nouveau millénaire n’allait pas demeurer en reste, et plusieurs nouveaux noms se sont mis à circuler dans les périodiques spécialisés ainsi que dans la petite presse.

Parmi ces voix nouvelles, celle de Jonathan Reynolds est aisément remarquable en raison de la nature de sa production, puisque très tôt dans sa carrière celui-ci a publié deux romans, alors que la majorité des auteurs en devenir se font plutôt la main avec des nouvelles.

J’éprouve de l’admiration pour celles et ceux qui vont au bout de leur rêve, de leur folie ou de leur idée fixe même, ou surtout, si cela va à l’encontre des tendances et des modes. En cette époque où la fantasy et ses mondes imaginaires recueillent la faveur du public, en cette époque où, souvent, les genres sont mélangés et peuvent aboutir à du n’importe quoi, Jonathan Reynolds, lui, explore un genre qui s’est fait plus discret ces dernières années mais qui, néanmoins, ne mourra jamais véritablement : le bon vieux fantastique horrifique d’inspiration anglo-saxonne.

Profondément imprégné de la culture populaire en matière de littérature et de cinéma d’horreur, Reynolds s’en veut un reflet, ou plutôt une interprétation québécoise. En littérature, l’influence de Lovecraft est évidente, et si Reynolds s’est gardé de tomber dans le piège d’une reproduction servile des enseignements du maître, il n’en demeure pas moins que l’on retrouve aisément la trace de ce dernier, ne serait-ce que dans la mise en place de lieux et de décors qui lui sont propres et qui contribuent à donner une unité à son œuvre. Chez Reynolds, Innstown et Silent Valley sont en effet des lieux où tous les maléfices semblent possibles.

En raison de son jeune âge, Reynolds est aussi un représentant de cette génération qui a grandi avec le cinéma d’horreur des années 1980 et 1990, et on trouve dans son œuvre nombre de références aux films qui ont bercé sa jeunesse, sans compter que son deuxième roman, Nocturne, de par son histoire et son déroulement, constitue à mes yeux un hommage à ce genre cinématographique.

Et nous voici maintenant en présence de Silencieuses, un recueil de nouvelles qui permettra au public de découvrir le travail de Jonathan Reynolds, le nouvelliste. Bien qu’il en ait déjà publié un certain nombre ici et là, il s’agit donc d’une première occasion de lire, regroupées sous une même couverture, plusieurs de ces histoires fantastiques aux thèmes classiques.

« Deux solitudes », par exemple, une histoire de hantise, de celles qui ne nous quittent jamais tout à fait et qui profitent de la moindre occasion pour gagner en intensité, jusqu’à ce que la raison vacille pour de bon. La hantise d’un passé que l’on ne peut enterrer, la fatalité à laquelle on ne peut échapper. Ou encore « Là où vont mourir les rails », une histoire dans laquelle nous visitons les environs de Silent Valley, ce monde étrange où évoluent les personnages de Reynolds, à la fois familier, rempli de souvenirs, mais aussi aux limites floues, où l’on peut se retrouver, au terme d’une promenade, dans un endroit que l’on n’a jamais vu et que personne ne semble connaître. Ici, un doute triture l’esprit : tout cela était-il bien réel? Que s’est-il passé? Des années plus tard, le narrateur en reste profondément marqué, ce qui n’est pas sans rappeler certains textes de Lovecraft, tout comme la nouvelle qui suit, mais pour des raisons différentes, puisque « En silence » nous présente un monde étrange où grouille une vie menaçante pour les humains. À la différence de Lovecraft toutefois, le récit repose d’abord sur une histoire d’amour non déclaré.

Reynolds semble particulièrement à l’aise dans les nouvelles « Oubliées » et « Après les larmes ». En fait, il y est tout à fait dans son élément parce que ces textes portent l’empreinte d’une de ses grandes passions : le cinéma d’horreur. Elles ont quelque chose de plus visuel. La première est d’ailleurs une véritable fiction de fan avec ses références aux films, aux fanzines et bandes dessinées spécialisées, sans oublier la présence d’un film maléfique que personne n’a jamais vu et qui, sans doute, aurait dû rester à l’abri du regard du principal protagoniste. La seconde, plus approfondie psychologiquement, s’inspire directement de certains films classiques récents et nous présente l’horreur pure, son cortège de mutilations et d’esprits dérangés, évoquant pour moi le premier film de Rob Zombie. « 13, rue de l’Église » marque le retour de la fatalité, la lutte perdue d’avance contre une malédiction ancestrale, puisque la patience et la détermination du Mal sont infinies. La nouvelle « Éphémère no 11 » est particulièrement intéressante en ce sens que son jeu déstabilisant entre deux mondes et son chevauchement entre deux temps créent un vertige chez le lecteur, un déséquilibre, un doute qui est le propre du fantastique et qui déclenche chez l’amateur du genre l’effet tant recherché.

En fin de compte, Silencieuses offre l’occasion de faire un premier bilan de la production « nouvellistique » de l’un des auteurs émergents de la littérature d’horreur québécoise. Ceux-ci sont peu nombreux, il importe donc de souligner leur travail et leurs progrès. Qui sait si, dans quelques décennies, en parlant de la littérature d’horreur québécoise des années 2000, Jonathan Reynolds ne sera pas un des premiers noms qui viennent à l’esprit? »

Claude Bolduc

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4 Commentaires

Publié par le août 16, 2009 dans Uncategorized

 

4 réponses à “Crépuscule de Boréal, aube silencieuse

  1. Isabelle Lauzon

    août 27, 2009 at 2:19

    Je viens de lire Épitaphes et, comme je l’ai indiqué sur mon blogue, j’ai adoré! Tu viens de me convaincre de me procurer Silencieuses dès que l’occasion se présentera!

     
  2. aveugle

    août 28, 2009 at 11:54

    Merci pour les commentaires! 🙂
    Tu vas voir, « SIlencieuses » est encore meilleur!

    J’ai tenté de laisser un commentaire sur ton blogue mais je n’ai pas réussi. 😦

     
  3. Isabelle Lauzon

    août 29, 2009 at 11:26

    Ah? Je ne savais pas qu’il pouvait y avoir des problèmes pour laisser des messages. Il est vrai que je pars toujours de mon compte blogger pour naviguer, alors ça me simplifie les choses pour m’identifier. Soit c’est un bogue passager, soit c’est un problème au niveau de l’identification. Dommage, dommage, j’aurais bien aimé recevoir ta visite…

    Enfin, une chose est certaine, je me procurerai Silencieuses bientôt!

    En passant, merci beaucoup! La lecture de tes nouvelles dans Épitaphes m’a aidée à passer par-dessus des limitations que je m’étais moi-même imposée, au niveau de l’horreur et de l’érotisme. En te lisant, je me suis rendue compte que je pouvais me permettre d’aller plus loin. Au diable la censure! (fin du témoignage larmoyant…)

     
  4. aveugle

    août 31, 2009 at 11:49

    Super! Content que tu aies aimé et que ça t’a aidé à vaincre tes « tabous » d’écriture! 🙂
    Bonne lecture avec Silencieuses… Frissons garantis!

     

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