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Automnal

16 Sep

Le vent frisquet de l’automne revient souffler dans nos rues, bientôt on enterrera septembre et octobre naîtra avec sa flambée des couleurs.

J’adore l’automne. Je me prévois toujours quelques lectures en conséquence. Cet année, je vais relire l’excellente BD «Comptines d’Halloween» (en trois volumes) qui avait été publiée chez Delcourt il y a quelques années.

Et de votre côté, que lirez-vous?

Je vous laisse avec le prologue de mon roman « Nocturne », véritable célébration de l’automne et de la fête de l’Halloween :

« L’automne arrache les feuilles mourantes des arbres.  Soufflées par le vent froid, elles s’écrasent sur le sol de la ruelle déserte.  Les rares passants n’y voient qu’un magnifique tapis aux couleurs chaleureuses.  Pour l’ombre, dissimulée dans les ténèbres, il est facile d’en démasquer la véritable nature : un cimetière.   Ces feuilles représentent les premières victimes de la saison.  Très bientôt, d’autres s’ajouteront à sa liste.

Aude soupire en ouvrant les yeux.  «Comment t’oublier?»  Son regard reste soudé à la pierre tombale près de son visage.  Agenouillée, la jeune femme frissonne.  «C’est impossible…»  Des larmes assaillent ses yeux déjà rougis derrière les lunettes rondes.  Ses mains se recroquevillent en poings tremblants.  Péniblement, elle parvient à étouffer un cri de frustration.  Sa détresse s’échappe en sanglots silencieux.  Au travers des pleurs, elle perçoit les cloches de l’église non loin annonçant seize heures.  «Le temps passe trop vite.»  Une pointe de nervosité s’insinue dans son esprit.  Elle se relève.  Le vent violent la gifle, ébouriffant ses longs cheveux bruns.

Tout autour, la bourrasque de l’automne continue de répandre sa fureur. Elle dénude les érables imposants de l’immense cimetière d’Innstown.  Abandonnées, les feuilles mortes vont s’échouer entre les nombreuses pierres tombales et sur les vieux mausolées.  Un peu plus loin, derrière le grand crématorium, se tient une silhouette qui s’éclipse aussitôt de son champ de vision.  «Pas encore…»  Aude retient son souffle, nerveuse.  Voilà plusieurs jours qu’on semble la suivre.  Sans doute ne s’agit-il que d’un petit plaisantin bien inoffensif…  Ou encore son imagination…  Elle préfère ne pas le savoir.  Elle ramasse son sac à dos et se dirige rapidement vers la sortie.  Ses pieds écrasent le tapis automnal couvrant le sol.  Au-delà des hautes grilles entourant le cimetière, le crépuscule commence à déverser de majestueuses couleurs dans le ciel.  Aude presse le pas, se taillant un chemin dans la furie du vent.  Elle ne se retourne pas une seule fois, abandonnant ce lieu à la mort.

Lorsqu’elle rejoint le monde des vivants, son cœur bat à vive allure.  Bientôt, les ténèbres refermeront leurs griffes sur Innstown.  Heureusement, le cimetière est tout près du centre-ville.  En courant, la jeune femme rejoint rapidement une artère passante.  À son grand plaisir, une foule de gens occupe le trottoir.  Plusieurs voitures circulent dans la rue.  Les enseignes des boutiques s’éveillent, les lampadaires également.  Ils éclairent son chemin, tout en caressant les vieux bâtiments de ce coin de la municipalité.  Sur la plupart des devantures, des plantes grimpantes sont endormies jusqu’au printemps.  Les couleurs de la fête d’Halloween commencent à s’afficher tout au long de la rue.  Dans quelques vitrines, des citrouilles sourient d’un air malsain.  Parfois, des fantômes de plastique illuminent un balcon.  D’ici une dizaine de jours, on en verra partout.

Aude engouffre ses mains à l’intérieur de son châle pour les protéger.  La brise froide l’a suivie, emmenant avec elle un cortège de feuilles mortes.  Ces dernières tournoient dans l’air avant de se heurter aux pierres du sol.  Les chaussées des plus anciens quartiers en sont constituées.  Les rues plus récentes, quant à elles, sont construites d’asphalte.  Innstown est ainsi divisée entre l’ancien et le moderne.

Aude bifurque sur une rue tout aussi achalandée continuant en pente un peu plus loin.  Dans la descente, de petits pubs et restaurants reçoivent la visite de nombreux clients.  La jeune femme les ignore, continue son chemin.  Elle jette un coup d’œil à sa montre.  «Merde…»  Lorsqu’elle relève les yeux, elle croise ceux de Carl Strode.  Le beau Carl.  Si sûr de lui.  Joueur de football dans l’équipe Les Druides d’Innstown, sa silhouette est forte, musclée.  Comme toujours, il porte son blouson de l’équipe.  Elle ne l’a jamais vu sans.  Il soutient son regard.  Elle cesse de respirer.  Son cœur s’arrête.  Elle baisse la tête.  Comme toujours.  Comment pourrait-elle l’intéresser ?  Après tout, il est si branché…  Si intéressant…  Un douloureux pincement au cœur la ramène à la réalité.  «Arrête, Aude.  Tu te fais mal.  Tu t’en es déjà assez fait comme ça.»  La frustration monte, menace de se manifester en larmes.  Aude se dépêche de quitter l’endroit.  Son cœur recommence à battre, trop vite.  Carl.  Le beau Carl.  Lorsque ses yeux si clairs se sont posés sur elle, il semblait si attentionné, si…

Un bruit la tire de ses pensées.  Elle jette un œil autour d’elle.  Elle reconnaît des visages familiers au travers d’une vitrine de restaurant.  Plus près d’elle, sur la surface vitrée, elle croise son propre reflet.  Elle remarque à quel point sa mine est affreuse.  Comme si elle revenait d’un enterrement.  «Ressaisis-toi.  Tu n’es plus seule.»  Mais aux ténèbres qui s’avancent sournoisement vers ses pieds, elle murmure :

C’est impossible de t’oublier. »

Pour plus d’informations sur « Nocturne », publié en 2005, voici le lien vers la maison d’édition Les Six Brumes : http://www.6brumes.com

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2 Commentaires

Publié par le septembre 16, 2009 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Automnal

  1. Frédéric Raymond

    septembre 16, 2009 at 7:11

    C’est certain que j’essaie surtout de lire de l’horreur en octobre, même si c’est aussi vrai pour le reste de l’année, mais la tradition que j’observe tous les ans depuis une dizaine d’années est plutôt musicale. Le 1er octobre j’écoute le disque October Rust the Type O Negative alors que le 31 octobre c’est la chanson Black #1, sur leur album Bloody Kisses, qui me met dans l’ambiance pour Halloween. Sinon, côté littérature, je crois que ce sera justement Nocturne qui sera ma lecture la plus automnale…

     
    • aveugle

      septembre 16, 2009 at 8:09

      Super! Ça tombe bien : j’ai écrit Nocturne en écoutant October Rust de Type O Negative, pendant tout le temps de l’écriture ou presque, pour me mettre dans l’ambiance automnale… J’adore ce groupe et Bloody Kisses aussi est génial! 🙂

       

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