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Archives Mensuelles: mai 2010

Célébrons avec Alice!

Ça fait déjà 1 an que ce site est en ligne! Merci à toutes et tous pour vos nombreuses visites, commentaires et cadeaux en argent (oui, oui, il y a, entre autres, Pierre-Luc Lafrance qui m’a envoyé un chèque de 100000$ vu qu’il adorait mon blogue et voulait m’apporter du soutien moral).

Nous en sommes à 10487 visites et pour célébrer ça en bonne et due forme, je partage avec vous ma première nouvelle qui n’est pas dans les genres de l’imaginaire. Je voulais me donner un petit défi de juste écrire une nouvelle. Je vous l’avoue : c’est mon premier jet alors il doit rester pas mal d’erreurs, d’incohérences… et si vous trouvez des trucs qui ne fonctionnent pas, n’hésitez pas à me le mentionner  (fond, forme, etc, soit ici même sur le blogue ou par courriel) : ça m’aidera à a) retravailler, b) foutre le tout à la poubelle, c) attendre le prochain chèque de Pierre-Luc Lafrance.

On m’a conseillé de sortir de ma zone de confort (épouvante/fantastique), alors c’est un premier essai! 🙂

Et merci pour votre intérêt envers mon blogue!

***

La prochaine Alice

Par Jonathan Reynolds

Quelle est la première chose que vous regardez quand vous êtes devant une femme? Si vous êtes poli ou galant, vous allez répondre : les yeux. Si vous êtes franc, ce sera les seins ou les fesses. Mais si vous êtes comme moi… Moi, ce sont les pieds. Surtout s’ils sont nus ou légèrement chaussés.

Je ne tombe pas amoureux d’une personne, mais de ses pieds.

N’avez-vous jamais ressenti l’envie de vous rapprocher de ces talons rosés, de ces délicates plantes et enfin de ces coquins orteils sur ce que certains considèrent comme le deuxième corps d’une femme?

Moi oui et depuis longtemps. Je ne me souviens pas exactement comment ça a commencé. Et je ne veux pas en comprendre l’origine, au fond. Pour moi, c’est naturel.

C’est normal.

Je ne comprends pas pourquoi plusieurs personnes croient que nous sommes dangereux, les fétichistes. Parce qu’il s’agit d’une perversion? Quelle drôle d’idée! Parce que l’attirance n’est pas simplement reliée à la pénétration (et inconsciemment à la reproduction de l’espèce)? Peut-être. En tout cas, je vous rassure tout de suite, pour ma part, je ne ferais pas de mal à une mouche.

Je suis même un grand timide, le genre que presque personne ne remarque dans une foule. Comme là, présentement, je représente l’anonyme, entouré d’inconnus à un vernissage de photographies. De belles photographies, en noir et blanc. De subtils fragments de sensualité féminine. Des gros plans sur des mains et des doigts, pris sous différents angles. J’adore quand un artiste isole ainsi certaines parties du corps humain. Ça vient me chercher dans mes propres attirances. Vraiment, j’avoue que l’exposition m’impressionne beaucoup mais avec qui je peux partager ça? Personne. À quelques mètres de moi, la photographe, la délicieuse Nelly, lève sa coupe de vin dans les airs. La masse comprend aussitôt et les conversations s’éteignent. Moi, j’étais déjà silencieux. Et ça faisait déjà un bout de temps que mon attention était sur elle. La première chose que j’ai vue, chez elle, ce sont ses souliers de cuir noir. Passant probablement inaperçus pour la plupart des gens présents, moi, ils ont immédiatement attiré mes yeux. Un cuir luisant mais pas prétentieux ni bourgeois, juste bien entretenu, bien ciré. Et le plus envoûtant, pour moi, est de deviner que ses pieds sont nus à l’intérieur.

La peau sur le cuir.

Elle ne semble pas porter de bas, à moins qu’ils soient vraiment très courts, puisque je peux admirer ses chevilles, parmi les plus délicates que j’ai pu voir chez une femme. Et que dire d’elle, justement?  Frêle, au moins trois têtes de moins que moi, elle porte une robe rouge, mais pas d’un de ces rouges criards, non, un rouge correct, qui demeure dans la subtilité, loin de l’accrocheur, de l’aguicheur. Une artiste qui a du goût, pour sûr.

—  Je voudrais tous… oui, vous tous, euh… vous remercier d’être ici ce soir, commence-t-elle d’une petite voix, un peu tremblotante.

Aussitôt, mon cœur s’emballe. Elle semble aussi mal à l’aise en public que moi. Je ne peux m’empêcher de rougir. Je m’accroche à ses lèvres, attentif à ses prochaines paroles.

— Euh… Je suis désolé… Je ne suis pas tellement douée pour ce genre de choses… Alors, euh…

Elle se tait. Je constate que son regard se promène sur le sol, comme si elle ne voulait pas affronter les gens en pleine face. J’entends des toussotements s’élever dans la salle. Il y a toujours un malaise qui s’installe dans des moments de silence. Mais moi, j’y suis habitué. Je suis toujours habité d’un certain malaise en présence des gens, comme s’ils pouvaient m’envahir en s’approchant de moi. Je sais, c’est stupide. Mais ce soir, j’aimerais… J’aimerais pouvoir l’aider, elle.

Comme si elle avait entendu ma pensée, son regard se relève vers moi et se colle au mien. Tout mon corps se paralyse et se couvre de sueur. J’ai les battements cardiaques dans la gorge. Si je n’étais pas aussi gêné, je… Je m’approcherais d’elle, je la serrerais dans mes bras, et je la rassurerais, je lui chuchoterais à l’oreille que tout va bien aller, que ce n’est rien, qu’elle va y survivre…

Je n’en fais rien. Et ses yeux se détachent de moi. Ils m’abandonnent.

—    Je suis désolée, lance-t-elle en commençant à marcher vers la sortie de la salle.

En sortant du centre Méduse, elle claque la porte et disparaît dans la noirceur de l’extérieur. Je me mords la lèvre. Quelle humiliation! Elle n’osera jamais revenir! Un homme habillé d’habits chics emprunte cette même sortie sans un mot.

Et un grand barbu aux lunettes carrées, son agent sans doute, se racle à gorge avant de s’adresser à la trentaine de personnes présentes :

—    Veuillez l’excusez, vous devez comprendre qu’elle se trouve dans une période pas évidente de sa vie…

Et là, ça me frappe. Une période pas évidente. Je réalise que ma vie au complet a été une période pas évidente.

Je sors à mon tour de Méduse. L’air frais de septembre m’aérera les pensées et, avec un peu de chance, elle chassera les plus noires.

Ma vie n’est pas un échec. Je ne dois pas laisser la dépression reprendre le dessus. Sinon, je ne m’en sortirais plus. Je ne suis plus entouré des quelques amis que je pouvais avoir lorsque j’habitais en Estrie. Maintenant à Québec, et seul, je dois me débrouiller pour ne pas rechuter. Parce que là, il n’y aura plus personne pour m’attraper avant que je m’atteigne le fond. Non, tout va bien. Ce n’est qu’un petit malaise passager. Je n’aurais pas dû venir assister à ce vernissage. Mais en même temps, je me conditionne peu à peu à me tenir en société, parmi les gens. Une autre occasion de manqué, on dirait. Je me reprendrai. Et puis, Nelly partie, il n’y a plus grand-chose qui m’intéresse à l’intérieur. Oui, ses œuvres sont magnifiques mais je la préfère, elle. Surtout depuis que j’ai lu un petit article qui me l’a fait découvrir dans l’hebdomadaire VOIR. Une photo en noir et blanc la montrait accroupie, pieds nus, et feignant de prendre une photo, son appareil pointé vers nous.

Vers moi.

Je prends le temps de respirer un bon coup. Ça me fait du bien. Devant moi, la côte d’Abraham et au-delà la colline rocheuse au-dessus de laquelle le quartier Montcalm, la Haute-Ville. Je n’y habite pas. J’habite en Basse-Ville, ça coûte moins cher et ce n’est pas avec les quelques critiques que j’écris pour la revue Solaris que je pourrais me payer un loyer plus confortable… Bon, c’est vrai que je lave aussi de la vaisselle pour un petit restaurant asiatique de St-Rock mais ça, je ne le mentionne pas souvent. Ma vie n’est pas si mal, je me fais quelques contacts dans le milieu littéraire de la ville, et c’est pour ça que j’y suis venu, justement. Et j’avance à coup d’une centaine de mots par jour un roman un peu bizarre, à propos d’un fétichiste. De l’auto-fiction? Peut-être. En tout cas, c’est assez personnel. Ça doit être pour ça que ça ne sort pas très rapidement, chaque mot, chaque phrase vient fouiller dans mes zones d’ombre.

Un cri me fait sursauter.

—    Laisse-moi tranquille!

—    Mais Nelly…

—    Comment il faut que je te le dise? Crisse-moi patience!

Un soupir puis l’inconnu aux habits chics qui avait suivi Nelly à sa sortie, apparaît dans la lumière du lampadaire. Il ne me regarde pas. Est-ce que ça me surprend? Non. Pourquoi serait-il différent des autres?

J’entends des pleurs dans les ténèbres. Je ne devrais peut-être pas, mais je plonge à mon tour dans la noirceur. Elle veut rester seule mais c’est plus fort que moi. Je distingue une silhouette adossée à un mur plus pâle. C’est elle, qui pleure en silence.

Je ne lui demande pas si ça va. Question inutile. Je ne trouve rien à dire. Je reste donc muet.

—    De quoi j’ai l’air?

—    Je ne sais pas. Il fait noir

Les pleurs cessent. Se demande-t-elle si je me moque d’elle? Ce n’est pas le cas. Se moque-t-on d’une déesse?

—    Je te le dis : c’est la dernière fois que je fais une exposition!

J’hoche la tête comme si elle pouvait me voir. C’est l’habitude, j’imagine.

—    Je me demande pourquoi j’ai suivi leurs conseils. Je n’ai pas besoin de faire des expos, j’ai plein de contrats, je n’ai pas en plus besoin de tout ce stress-là. De toute façon, à chaque fois, c’est la merde. Mais c’est eux, mes maudits agents, ils veulent que je me fasse plus de contacts, toujours plus! Je suis tellement tannée…

Je ne réponds rien. Je me contente de demeurer à ses côtés, de continuer à l’écouter. Je ne sais pas si ça lui fait du bien à elle mais pour moi, c’est le pied! Une vague de picotements envahit mon corps, comme si j’étais sous l’effet d’une substance quelconque. Mes pulsations cardiaques s’accélèrent à un point où je pourrais craindre la crise cardiaque! Mais non, je ne suis pas en danger. Même si ça semblait plutôt mal parti, c’est en train de devenir la plus belle soirée depuis longtemps, sans doute depuis mon arrivée à Québec. Pour une fois, je suis important pour quelqu’un.

Je suis là, pour elle.

—    Tu me trouves pas trop emmerdante, de te parler de mes affaires comme ça? me demande Nelly.

—    Pas du tout, j’aime ça.

Je constate qu’elle lève un sourcil.

—    Je veux dire : ça me fait plaisir…, que je me reprends.

—    Tu veux qu’on aille ailleurs?

—    Ok.

Elle se relève, prend ma main et m’entraîne à travers le Jardin St-Rock, la rue Charest puis enfin la St-Joseph. Je n’y crois pas. Qu’est-ce que je dégage pour qu’elle me fasse confiance à ce point, qu’elle se sente bien avec moi aussi rapidement? Je ne sais pas. Mais je suis là, avec la plus belle fille du monde, main dans la main, comme deux amis, deux amants, deux complices de longues dates.

Il n’y a rien à comprendre mais c’est correct pour moi. C’est plus que correct, c’est parfait.

Peut-être qu’elle a juste besoin de changer de vie pour un instant, peu importe avec qui. Oui, c’est sans doute ça. Mais je n’y pense pas trop et je continue de croire que je suis important là, en ce moment. Dans le fond, je ne demande pas mieux que d’être son n’importe qui.

Ses chaussures ne produisent aucun son au contact du sol. Silencieuses, comme les pattes feutrées d’une chatte.

Nous entrons au Pub du Cartier.

Un homme aux habits élégants nous accueille.

—    Pour deux?

—    Oui.

Ma réponse, courte, me fait frissonner. C’est la première fois depuis longtemps que je ne suis pas seul.

—    Suivez-moi.

C’est enfin à mon tour de vivre quelque chose, de ne pas figurer dans l’existence des autres, dans leur soirée.

C’est enfin ma soirée.

Notre.

Elle s’assoit en face de moi, le bout de son soulier dépassant du dessous de la table. Nous nous commandons chacun une bière.

—    C’est beau ici.

J’acquiesce.

—    C’est la première fois que je viens.

—    Moi aussi. T’es de Québec?

—    Non, de Sherbrooke. Et toi?

—    De Montréal. (Après un court silence.) C’est beau Québec. Et ça n’a pas l’air aussi tranquille qu’on le dit.

—    Ça bouge quand même beaucoup…

Elle me regarde un moment (pendant lequel nos bières atterrissent sur notre table) puis sourit.

—    C’est quoi ton nom?

—    Jacob.

—    Tu n’as pas l’air d’un gars qui sort beaucoup…

—    C’est vrai, que j’avoue. Je ne suis pas à l’aise quand il y a trop de monde.

Elle cesse de sourire. Est-ce que j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas? Je prends une gorgée. Il fallait bien que mon conte de fée s’arrête.

Son visage se rapproche du mien.

—    Je… Je me sens bien avec toi, murmure-t-elle, la timidité aux joues.

Je m’étouffe avec ma bière. Heureusement, c’est elle qui continue de parler :

—    Moi non plus, je n’aime pas ça quand il y a trop de monde. Ça m’étouffe. Dans une foule, il y a toujours trop de bruits, trop de conversations… En plus, je ne sais pas pourquoi, je tombe toujours sur des gens bizarres…

—      Ah?

—    L’autre soir, j’étais avec une amie aux Foufounes Électriques. C’était sa fête. Ça se passait bien. Mais là, il y a un maudit malade qui n’arrêtait pas de me reluquer les pieds.

Mon cœur s’arrête et ça fait mal.

—    Je lui ai demandé c’était quoi son problème. Il avait l’air vraiment saoul, il m’a dit qu’il me les sentirait, là, tout de suite. Je lui ai dit…

Je ne l’entends plus. Je ne vois que ses lèvres qui s’agitent devant moi mais aucun mot n’en sort. Sans le savoir, elle vient de me cataloguer, de me réduire à un maudit malade. C’est drôle de la bouche d’une artiste… Je me sens décalé tout à coup. Encore plus isolé que d’habitude. Seul devant cette étrangère. Qu’est-ce que je fais ici, avec elle? Je me fais juger. Et quel est votre verdict, votre honneur?

—    Je suis contente que tu sois normal.

Normal. Je ne lui réponds rien. Qu’est-ce que je pourrais bien dire? Ah, c’est vrai. Tout à coup, je ne me sens plus dans le rôle principal de la scène, je ne suis que le freak de service. Celui que les spectateurs se souviendront mais pas pour les bonnes raisons. J’ai le cœur qui se remet à débattre, j’ai la bile qui me monte à la gorge. Ne plus faire confiance. Pourquoi je me suis laissé entraîné aussi facilement? Je croyais que…

Je croyais.

—    Ça va? T’as l’air…

Je vomis. Sur Nelly. Sur ses souliers noir.

* * *

Je me réveille, la bouche pâteuse. Comme si j’avais bu, mais je n’ai pris que quelques gorgées de ma bière, hier soir. Je me suis saoulé à l’échec, encore une fois.

Aujourd’hui, je vais tenter de remettre de l’ordre dans mon appartement, dans ma vie. Mais avant, je prends un bon bol de céréales sucrées, rien de mieux pour démarrer la journée du bon pied. Ensuite, je me douche, m’habille et m’assoie devant l’Internet.

Recherche : Nelly, photographe.

Je ne peux m’en empêcher, il faut que je lui envoie un mot d’excuses. Je me sentirai mal pour le restant de mes jours sinon… Moi, j’ai été humilié mais ce n’était pas sa faute. Mais elle… En plus d’avoir ruiné ses chaussures, j’ai détruis complètement sa soirée. Je trouve en quelques secondes son site Internet. Nelly Lavoie. C’est bien elle. Je ne regarde que quelques secondes la photographie de son visage sur la page d’accueil. Belle. Pourquoi me faire souffrir inutilement?

Je clique aussitôt sur l’icône contactez-moi.

« Nelly, je suis désolé pour hier soir… Je suis désolé d’avoir vomi sur toi. Vraiment. »

Pas de signature.

Envoyer.

Et si je visitais un site Internet fétichiste pour me consoler? Non. Je ne dois pas revenir dans cette impasse. Un peu de lecture? Je ne serai pas capable de me concentrer. Du ménage. Bonne idée. Mon appartement en a besoin et ma tête aussi.

Je ramasse les papiers qui dorment sur le plancher. Mon linge qui s’accumule sur mon lit. J’ouvre mon placard. J’aperçois tout de suite la boite, là, au coin de mon regard. Je fige quelques secondes.

Alice.

Ma première maîtresse. Mon unique souvenir d’elle repose dans cette boite. Un escarpin de cuir noir qui n’a plus que le soupçon de son odeur. Complètement évaporé, comme elle. Pourquoi je ne le jette pas?

Parce qu’elle me rappelle la première personne à m’avoir considéré comme un être humain normal, non pas comme un freak.

Son petit sourire quand elle s’est rendue compte de mon attirance, son air coquin quand elle m’offrait ses pieds à masser, ses soupirs quand je lui embrassais les orteils.

Même si ça n’avait jamais été vraiment sérieux entre nous, je vais toujours me rappeler d’Alice. Avant elle, tout ce que je connaissais, c’était le rejet, le dégoût des autres. Mais elle, elle m’a fait sentir normal.

Pourquoi est-ce si dur de retrouver une Alice sur mon chemin?

C’est peut-être moi qui ne suis pas adapté à la vie en société. Je n’aime pas me mêler aux autres alors comment rencontrer une personne compatible? C’est sûr quelques filles fétichistes errent parmi la population de la ville de Québec. Mais encore faut-il que je les découvre et qu’elles me découvrent.

En attendant, il y a hier soir. En attendant, il y a les promesses, les déceptions.

Je devrais pourtant y être habitué. Avec le temps.

Même quand j’étais petit, je me sentais différent.

J’étais déjà venu avec mes parents à Québec, pour rendre visite à de la famille. J’étais allé me promener dans le quartier tout près et j’avais joué dans un parc. Deux fillettes inconnues étaient venues me rejoindre. J’étais fasciné par les pieds nus de l’une d’elles. Je ne sais pas si elle l’avait remarqué mais son amie m’avait dit après un moment :

—    Elle voudrait savoir si tu veux être son chum.

—     Non!

Je suis parti. Par gêne? Sûrement. Je ne cessais de me répéter : « Je ne peux pas avoir de blonde. Je suis différent, je suis un extraterrestre. »

Titre du courriel : Confuse. Expéditeur : Nelly Lavoie.

Je retiens mon souffle une seconde, puis j’ouvre le courriel.

« Lorsque j’ai lu ton message, j’ai tout de suite su que c’était toi. Pour le vomi, c’est pardonné. Je ne comprends pas pourquoi tu t’es enfui. Je croyais que tu courais vers les toilettes. J’ai compris que tu ne reviendrais pas. Je suis confuse. Si j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas, j’en suis désolée.

Je passais une bonne soirée mais peut-être que ce n’était pas le cas de ton côté,

Nelly »

Mon cœur s’enflamme. Non! Pas déjà… Pourquoi à la moindre manifestation de l’autre, je saute dans le piège? Je dois me calmer. Je dois m’habituer à doser mes émotions face à l’autre. Marcher, plutôt que courir, sinon j’en viens qu’à piétiner sur place. Mais je n’y peux rien, c’est de l’espoir que je ressens.

L’espoir. Celui qui peut faire mal. Mais aussi celui qui peut faire revivre.

Peut-être que Nelly est ma prochaine Alice?

Je lui réponds tout de suite.

« Moi aussi j’ai passé une bonne soirée mais j’ai eu mal au cœur tout à coup. Si ça te dit, j’aimerais me reprendre. Je me sens vraiment mal d’avoir ruiné la soirée. Si tu ne veux plus me revoir, je comprendrai. Jacob. »

Quelques secondes.

Sa réponse :

« Bien sûr que j’aimerais te revoir. Je ne suis plus à Québec, par contre. Je suis de retour à Montréal. Est-ce que ça te tente toujours? Nelly. XX »

Est-ce que ça me tente toujours? OUI! Surtout avec les deux petits XX à la fin du courriel. Je n’en reviens pas. Moi qui croyait que… Non! Stop! Je vais souffrir encore une fois. Elle n’aime pas les freaks. C’est elle-même qui l’a dit. Et, pour elle, j’en suis un. Je suis un freak parce que j’aime les pieds. Méchante ouverture d’esprit! Je dois mettre ça au clair avec elle avant de m’embarquer dans quoique ce soit.

« Je dois te dire quelque chose. Ce n’est pas facile pour moi. Tu me plais. Surtout tes pieds. Mais je ne suis pas un malade. Quand tu m’as raconté ta soirée avec le freak, je me suis senti visé. C’est pour ça que je me senti mal. Si pour toi, je suis un autre freak, dis-le maintenant. Jacob. »

J’hésite à l’envoyer. Une profonde inspiration. Je retiens l’air dans mes poumons jusqu’à ce que ça me fasse mal et j’expire.

J’envoie.

À peine une minute plus tard, je reçois sa réponse :

« Merde… Je me sens mal. Je m’excuse de t’avoir blessé. J’ai souvent une grande gueule, je devrais apprendre à la fermer, des fois. Je suis plutôt mal placée pour juger qui que ce soit. Tu aimes les pieds, mes pieds. Moi, ce que j’aime, et tu as pu le deviner en regardant mon exposition, ce sont les mains de femmes. Je ne sais pas pourquoi, elles me font craquer. Les tiennes sont vraiment douces, sexy. C’est la première fois que ça m’arrive avec un homme. Est-ce que tu voudrais devenir mon modèle masculin, mon premier? »

Pour la première fois depuis longtemps, je contemple mes mains. Je souris.

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Publié par le mai 31, 2010 dans Uncategorized

 

J’ai survécu!

Vendredi passé, le 28 mai, j’ai rencontré la mort en personne. Oui, oui, la Grande Faucheuse! Certains préfèrent l’appeler : L’Empereur Ghoule.

Et vous savez quoi? J’ai survécu! Il ne m’a pas emmené avec lui dans l’au-delà, et au moment où j’écris ces quelques lignes, je ne suis pas prisonnier dans ses landes ténébreuses, non, car je l’ai affronté et j’ai toujours mon âme, bien à moi.

Le matin, je suis descendu à Sherbrooke avec Allo-Stop, pour manger dans un petit resto du coin, visiter quelques commerces locaux et aller marcher autour du Lac des Nations, au centre-ville. C’était vraiment beau, et à chaque fois que je retourne dans ce coin, dans mon coin natal, je ressens ce petit frisson de fierté qui m’envahit, en me disant qu’un jour, je vais y retourner.

J’étais assis sur le bord de l’eau, en train de lire à voix hautes mes nouvelles, pour me pratiquer en vue des lectures publiques que j’allais faire le soir même et tout est devenu clair, soudain : il ne s’agissait pas seulement de lire des histoires devant des gens, mais de les lire devant l’Empereur Ghoule, cet être mystérieux qui hante quelques publications depuis des années, dont l’Aurore, Équinoxe, le fanzine Nocturne, la revue Zinc, … Et pour la première fois, j’allais le rencontrer en personne. S’agit-il d’un humain, d’un vivant… ou d’autre chose? Comme je l’ai écrit plus avant certains prétendent qu’il est la Mort. Je me suis dit que si je réussissais à l’impressionner avec mes nouvelles, avec les lectures que j’allais faire, il me laisserait la vie sauve.

Et c’est ce qui est arrivé!

Deux lieux, au centre-ville de Sherbrooke.

1) ArtFocus http://www.artfocus.tv/blog/

Endroit très sympathique pour promouvoir les artistes et la culture de la région. Il s’agissait du 5 à 7 des Six Brumes. Là, devant une trentaine de personne, j’ai lu deux nouvelles de mon recueil « Silencieuses » : Oubliée et Là où meurent les rails. D’autres personnes ont lu des textes, tous très intéressants. Et Guillaume Houle m’a fait une surprise, il a lu la première nouvelle de mon recueil « Silencieuses » : Deux solitudes. C’était assez intense. Nous sentions tous l’ombre de la Faucheuse, la présence de l’Empereur Ghoule, tapi quelque part dans les ombres de la place…

2) Sang % Gothic (boutique spécialisée dans la culture gothique, endroit d’exposition, de spectacles, de rencontres…)

Là, l’Empereur Ghoule nous attendait, en personne, muni de sa faux rouillée mais encore tranchante, encapuchonné, mystérieux. Il s’est adressé à la foule avec ce qui ressemblait à des grognements bestiaux, des murmures à donner froid dans le dos… Quelques personnes ont osé l’affronter en lisant leur texte, tous très intéressants, et quand est venu mon tour de venir lui voler le micro, j’ai tenté le tout pour le tout : j’ai lu la seule nouvelle que j’avais écrite qui lui est dédié : « Le Grand Brûlé » publiée dans le fanzine Nocturne, le no.9. Je m’en suis bien tiré, malgré le regard brûlant de l’Empereur, que je pouvais deviner dans la noirceur de sa capuche… Nos oreilles ont également été violées par d’autres monstruosités que des lectures… le groupe Manslaughter Project, venu de Québec a joué sept pièces à couper le souffle (dont une reprise de Arch Enemy et une de Pantera).

Oui, je peux l’affirmer : j’ai survécu à cette soirée dans le cadre du Festival du Texte Court de Sherbrooke… mais surtout au terrible Empereur Ghoule!

 
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Publié par le mai 30, 2010 dans Uncategorized

 

Prenez « Twilight » et jetez le à la poubelle!

Parce qu’il y a des séries bien meilleures que celle-là qui existent sur le marché!

Entre autres, j’ai lu dernièrement le premier tome de la série québécoise «Les enfants Dracula» et c’est très bon.

L’auteur, Yanik Comeau, m’a agréablement surpris par l’utilisation subtile de la créature du vampire. Plusieurs d’entre vous le savent peut-être déjà mais je ne suis vraiment pas un fan des vampires, ces créatures de la nuit sur-utilisées dans le genre et souvent simple prétexte pour de la romance bon marché… (et je n’étais pas fan même avant l’explosion de popularité de ces dernières années).

Contrairement à ce que j’appréhendais, l’intrigue ne se centre pas sur les super-pouvoirs et le super-charisme de Dracula, pas du tout! Même que le comte est mort, bel et bien mort! Le livre traite plutôt de ses trois descendants (Milos, Élizabeth et Sarah), trois adolescents qui sont loin de se douter que leur vie va chambouler vers une existence plus étrange, plus sombre, où leur destinée dépendra des sacrifices qu’ils feront… ou non! Donc, heureusement pour moi : aucune scène de : ah! as-tu vu comme je suis puissant? Tu as peur, hein? 😉

Le style de Yanik est maîtrisé, coule comme du sang dans les veines et incite le lecteur à ne lâcher ce premier tome qu’à la toute fin… et, bien sûr, de continuer avec le deuxième!

Selon moi, ce qui est le mieux réussi dans « Les enfants Dracula », ce sont les personnages. Les trois adolescents sont très bien dépeints, sentis et attachants. Je tire mon chapeau à l’auteur pour avoir créer des héritiers qu’on a le goût de suivre, qu’on se soucie de ce qu’ils vivent. Ici, ce ne sont pas du tout des personnages typés, génériques…  Et rien n’est gratuit, toutes les scènes apportent quelque chose à l’intrigue.

Maintenant que j’ai la morsure, je vais devoir continuer à être le témoin du terrible destin de Milos, Elizabeth et Sarah, ces « enfants Dracula »!

Pour en savoir plus : http://www.lesenfantsdracula.com

 
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Publié par le mai 25, 2010 dans Uncategorized

 

HORREUR À SHERBROOKE!

PROGRAMME DOUBLE!

HORREUR À SHERBROOKE!

En compagnie de Jonathan Reynolds et de l’Empereur Ghoule!

VENDREDI 28 MAI 2010

Programme 1 : 17h00-19h00

Lieu : ArtFocus

94 rue King Ouest, Sherbrooke

« Explorez les six brumes de l’imaginaire en compagnie de Guillaume Houle et Jonathan Reynolds.

Jonathan Reynolds, auteur de fantastique né à Sherbrooke et auteur de huit  romans et recueils publiés, interprétera quelques nouvelles de son recueil Silencieuses.

Des livres de la maison d’édition seront aussi offerts à prix réduit.

Un micro-ouvert est prévu: sortez vos textes de la brume pour en mettre plein la vue aux Six Brumes! »

Au programme :

17h10 : Accueil et lecture d’une nouvelle de Jonathan Reynolds
17h30 : Présentation des Six Brumes
17h50 : Micro-Ouvert / Audition : mets-en plein la vue aux Six Brumes!
18h35 : Lecture d’une 2e nouvelle de Jonathan Reynolds
18h55 : Clôture

Programme 2 : 22h00 – 00h00

Lieu : Sang % Gothik

9 rue Wellington sud, Sherbrooke

« Dans l’antre de l’Empereur Ghoule, rien ne s’espère, rien n’est sacré: tout se transforme. Et tout se transmet. Le temps d’une nuit, horreur, fantastique et science-fiction seront aux premières loges, au son des guitares électrifiantes du groupe Manslaughter Project. Habillez-vous de vos plus sombres atours et préparez-vous à la saignée.

Une activité organisée en collaboration avec les Six Brumes et Lucie Pinard, de la boutique Sang% Gothik. Avec les auteurs Myriam Benoit, Keven-Yann Boisvert, Marie Laporte, Michaël Moslonka et Jonathan Reynolds.

Oserez-vous soutenir le rythme et la cadence des suppôts de l’Enfer?

En résumé : textes, mode et rock’n’roll!!»

 
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Publié par le mai 21, 2010 dans Uncategorized

 

Notre BORÉAL 2010!

Parlez-moi d’une fin de semaine vite passée!

Le Congrès Boréal 2010 est déjà dernière nous, mais encore marqué dans mon esprit, et j’en suis sûr, dans la mémoire de tous les participantes et participants.

Une belle programmation assez variée pour intéresser tout un chacun (du plus ludique au plus intellectuel des amateurs des genres de l’imaginaire) du vendredi soir au dimanche.

Ce que j’aime le plus dans cette célébration annuelle de l’imaginaire, à laquelle je participe depuis 2003, c’est les conversations avec les gens du milieu et les nouveaux venus (car oui, il y a toujours des nouveaux visages). J’ai parlé avec tellement de gens que je risque d’en oublier (et je m’en excuse mais ma mémoire a une limite) : Jean-Louis Trudel, Éric Gauthier, Pierre-Luc Lafrance, Yanik Comeau, Frédérick Durand, Dave Côté, Frédérick Raymond, Joel Champetier, Daniel Sernine, François Bernard Tremblay, Valérie Bédard, Jean Pettigrew, Antoine Tanguay, Martine Desjardins, Francine Pelletier, Yves Ménard, Héloïse Côté, Pascale Raud, Manon, Dominic Bellavance, Carl Rocheleau, Guillaume Houle, Guillaume Voisine et la gang de Brins d’Éternité, Émilie C. Lévesque, Guillaume Marchard (coudonc!), Marie Laporte, Michael Moslonka, toute la gang de QUÉBEC SF, (je pourrais continuer la liste bien longtemps comme ça mais il est venus 135 personnes à ce qu’on m’a dit et j’ai au moins discuté avec le trois quart d’entre elles) sans oublier les deux plus célèbres Ermites (Richard et Pat).

Félicitations à toute l’équipe organisatrice de l’événement : pour moi, ça a été une RÉUSSITE sur tous les points! Le fait que ça se déroule dans la belle ville de Québec a apporté un vent rafraîchissant! BRAVO!!!

Je tire mon chapeau à Christian Sauvé pour, comme à chaque année, nous faire découvrir des dizaines et des dizaines de bandes annonces de films bons et moins bons et pas mal moins bons qui verront le jour en 2010. Une mention spéciale à la bande-annonce de Human Centipede : aussi niaiseuse que traumatisante!

Voici les tables rondes/événements auxquelles j’ai assistées :

– Bilan du Carnaval Boréal, Occuper sa fiction, Alire toujours et partout, la science-fiction et le fantastique à l’écran, l’invasion des zombies (à laquelle j’ai participé aux côté de Valérie Bédard, Philippe-Aubert Côté, Éric Gauthier et Ariane Gélinas), les fanéditeurs racontent (à laquelle j’ai participé aux côtés de Pierre-Luc Lafrance, Carl Rocheleau, François-Bernard Tremblay et Carmélie Jacob), les directeurs littéraires racontent, le lancement du livre de science-fiction l’Aquilon de Carl Rocheleau, présentation de courts-métrages par le festival Vitesse-Lumière, la nouvelle francophone dans nos genres, et finalement Éric Gauthier raconte!

Aussi, j’ai fait une lecture le samedi soir de deux de mes nouvelles (désolé pour ceux qui s’étaient déplacé pour une nouvelle inédite, j’étais persuadé que j’avais une heure d’allouée…) : «Oubliée »(publiée dans le recueil SILENCIEUSES et « Saison de lilas » (publiée dans le recueil Épitaphes).

Également, j’ai fait mon baptême d’impro! C’était très rigolo et excitant en même temps, être toujours sur le qui-vive pour ne pas mettre son équipe dans la merde! C’était vraiment génial! Notre équipe était formée de Dave Côté, Pascale Raud, Lily Faure et… désolé j’oublie le nom de l’autre participante… contre l’équipe du vil et redoutable Pierre-Luc Lafrance!

Un GROS BRAVO à Martine Desjardins et à son excellent roman «Maleficium » (Éditions Alto) pour avoir remporté le prestigieux Prix Jacques Brassard!

J’aurais pu continuer à écrire longtemps sur les bons moments du CONGRÈS BORÉAL 2010 mais il faut que je me garde de l’énergie pour le prochain : rendez-vous en 2011! Et pour celles et ceux qui ont peur de venir, oubliez votre gêne : si deux ermites sont venus, pourquoi pas vous?

Pour terminer, voici, tiré du site FRACTALE-FRAMBOISE la liste des Prix Boréal 2010 (votes du public) :

  • Meilleur livre: Laurent McAllister, Suprématie (Bragelonne, 2009)
  • Meilleure nouvelle: Alain Bergeron, « Ors Blanc », in Solaris n° 171
  • Meilleur production critique: Mario Tessier pour les Carnets du futurible, in Solaris.
  • Meilleure création artistiqueGabrielle Leblanc, Asile #1
  • Meilleur fanzine: Brins d’éternité
 
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Publié par le mai 17, 2010 dans Uncategorized

 

INNSTOWN LIVE!

Maniaques d’épouvante et de sensations fortes, êtes-vous prêts à une expérience unique, à revenir dans la sinistre région d’Innstown pour affronter une dernière fois les horreurs qui s’y cachent? Êtes-vous prêts à une heure de terreur, où les légendes silencieuses reprendront vie?

Dans le cadre du Congrès Boréal 2010, je ferai la lecture de quelques-unes de mes nouvelles, dont une inédite, pour insuffler dans vos esprits quelques cauchemars… Nuits blanches assurées!

Samedi 15 mai / En soirée*/ Salle de Bal B, Hôtel Universel, 2300 chemin Sainte-Foy

* Lors de la Grande Soirée Boréal (18h-24h) pendant laquelle il y aura également des lectures de l’auteure Michèle Laframboise, le lancement de l’anthologie The Aurora Awards : thirty years of Canadian Science-Fiction, des joutes d’improvisation, un concours de costumes, et plus encore!

Également, dans le cadre du Congrès Boréal, je participerai à quelques tables rondes ainsi qu’à une séance de dédicace. Pour une idée de la programmation, c’est ici : http://www.clubdesmonstres.com/boreal_2010_horaire.htm

Aussi, si vous voulez voter pour la présélection des Prix Boréal 2010, c’est ici : http://www.congresboreal.ca/fr/boreal/

 
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Publié par le mai 8, 2010 dans Uncategorized