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Célébrons avec Alice!

31 Mai

Ça fait déjà 1 an que ce site est en ligne! Merci à toutes et tous pour vos nombreuses visites, commentaires et cadeaux en argent (oui, oui, il y a, entre autres, Pierre-Luc Lafrance qui m’a envoyé un chèque de 100000$ vu qu’il adorait mon blogue et voulait m’apporter du soutien moral).

Nous en sommes à 10487 visites et pour célébrer ça en bonne et due forme, je partage avec vous ma première nouvelle qui n’est pas dans les genres de l’imaginaire. Je voulais me donner un petit défi de juste écrire une nouvelle. Je vous l’avoue : c’est mon premier jet alors il doit rester pas mal d’erreurs, d’incohérences… et si vous trouvez des trucs qui ne fonctionnent pas, n’hésitez pas à me le mentionner  (fond, forme, etc, soit ici même sur le blogue ou par courriel) : ça m’aidera à a) retravailler, b) foutre le tout à la poubelle, c) attendre le prochain chèque de Pierre-Luc Lafrance.

On m’a conseillé de sortir de ma zone de confort (épouvante/fantastique), alors c’est un premier essai! 🙂

Et merci pour votre intérêt envers mon blogue!

***

La prochaine Alice

Par Jonathan Reynolds

Quelle est la première chose que vous regardez quand vous êtes devant une femme? Si vous êtes poli ou galant, vous allez répondre : les yeux. Si vous êtes franc, ce sera les seins ou les fesses. Mais si vous êtes comme moi… Moi, ce sont les pieds. Surtout s’ils sont nus ou légèrement chaussés.

Je ne tombe pas amoureux d’une personne, mais de ses pieds.

N’avez-vous jamais ressenti l’envie de vous rapprocher de ces talons rosés, de ces délicates plantes et enfin de ces coquins orteils sur ce que certains considèrent comme le deuxième corps d’une femme?

Moi oui et depuis longtemps. Je ne me souviens pas exactement comment ça a commencé. Et je ne veux pas en comprendre l’origine, au fond. Pour moi, c’est naturel.

C’est normal.

Je ne comprends pas pourquoi plusieurs personnes croient que nous sommes dangereux, les fétichistes. Parce qu’il s’agit d’une perversion? Quelle drôle d’idée! Parce que l’attirance n’est pas simplement reliée à la pénétration (et inconsciemment à la reproduction de l’espèce)? Peut-être. En tout cas, je vous rassure tout de suite, pour ma part, je ne ferais pas de mal à une mouche.

Je suis même un grand timide, le genre que presque personne ne remarque dans une foule. Comme là, présentement, je représente l’anonyme, entouré d’inconnus à un vernissage de photographies. De belles photographies, en noir et blanc. De subtils fragments de sensualité féminine. Des gros plans sur des mains et des doigts, pris sous différents angles. J’adore quand un artiste isole ainsi certaines parties du corps humain. Ça vient me chercher dans mes propres attirances. Vraiment, j’avoue que l’exposition m’impressionne beaucoup mais avec qui je peux partager ça? Personne. À quelques mètres de moi, la photographe, la délicieuse Nelly, lève sa coupe de vin dans les airs. La masse comprend aussitôt et les conversations s’éteignent. Moi, j’étais déjà silencieux. Et ça faisait déjà un bout de temps que mon attention était sur elle. La première chose que j’ai vue, chez elle, ce sont ses souliers de cuir noir. Passant probablement inaperçus pour la plupart des gens présents, moi, ils ont immédiatement attiré mes yeux. Un cuir luisant mais pas prétentieux ni bourgeois, juste bien entretenu, bien ciré. Et le plus envoûtant, pour moi, est de deviner que ses pieds sont nus à l’intérieur.

La peau sur le cuir.

Elle ne semble pas porter de bas, à moins qu’ils soient vraiment très courts, puisque je peux admirer ses chevilles, parmi les plus délicates que j’ai pu voir chez une femme. Et que dire d’elle, justement?  Frêle, au moins trois têtes de moins que moi, elle porte une robe rouge, mais pas d’un de ces rouges criards, non, un rouge correct, qui demeure dans la subtilité, loin de l’accrocheur, de l’aguicheur. Une artiste qui a du goût, pour sûr.

—  Je voudrais tous… oui, vous tous, euh… vous remercier d’être ici ce soir, commence-t-elle d’une petite voix, un peu tremblotante.

Aussitôt, mon cœur s’emballe. Elle semble aussi mal à l’aise en public que moi. Je ne peux m’empêcher de rougir. Je m’accroche à ses lèvres, attentif à ses prochaines paroles.

— Euh… Je suis désolé… Je ne suis pas tellement douée pour ce genre de choses… Alors, euh…

Elle se tait. Je constate que son regard se promène sur le sol, comme si elle ne voulait pas affronter les gens en pleine face. J’entends des toussotements s’élever dans la salle. Il y a toujours un malaise qui s’installe dans des moments de silence. Mais moi, j’y suis habitué. Je suis toujours habité d’un certain malaise en présence des gens, comme s’ils pouvaient m’envahir en s’approchant de moi. Je sais, c’est stupide. Mais ce soir, j’aimerais… J’aimerais pouvoir l’aider, elle.

Comme si elle avait entendu ma pensée, son regard se relève vers moi et se colle au mien. Tout mon corps se paralyse et se couvre de sueur. J’ai les battements cardiaques dans la gorge. Si je n’étais pas aussi gêné, je… Je m’approcherais d’elle, je la serrerais dans mes bras, et je la rassurerais, je lui chuchoterais à l’oreille que tout va bien aller, que ce n’est rien, qu’elle va y survivre…

Je n’en fais rien. Et ses yeux se détachent de moi. Ils m’abandonnent.

—    Je suis désolée, lance-t-elle en commençant à marcher vers la sortie de la salle.

En sortant du centre Méduse, elle claque la porte et disparaît dans la noirceur de l’extérieur. Je me mords la lèvre. Quelle humiliation! Elle n’osera jamais revenir! Un homme habillé d’habits chics emprunte cette même sortie sans un mot.

Et un grand barbu aux lunettes carrées, son agent sans doute, se racle à gorge avant de s’adresser à la trentaine de personnes présentes :

—    Veuillez l’excusez, vous devez comprendre qu’elle se trouve dans une période pas évidente de sa vie…

Et là, ça me frappe. Une période pas évidente. Je réalise que ma vie au complet a été une période pas évidente.

Je sors à mon tour de Méduse. L’air frais de septembre m’aérera les pensées et, avec un peu de chance, elle chassera les plus noires.

Ma vie n’est pas un échec. Je ne dois pas laisser la dépression reprendre le dessus. Sinon, je ne m’en sortirais plus. Je ne suis plus entouré des quelques amis que je pouvais avoir lorsque j’habitais en Estrie. Maintenant à Québec, et seul, je dois me débrouiller pour ne pas rechuter. Parce que là, il n’y aura plus personne pour m’attraper avant que je m’atteigne le fond. Non, tout va bien. Ce n’est qu’un petit malaise passager. Je n’aurais pas dû venir assister à ce vernissage. Mais en même temps, je me conditionne peu à peu à me tenir en société, parmi les gens. Une autre occasion de manqué, on dirait. Je me reprendrai. Et puis, Nelly partie, il n’y a plus grand-chose qui m’intéresse à l’intérieur. Oui, ses œuvres sont magnifiques mais je la préfère, elle. Surtout depuis que j’ai lu un petit article qui me l’a fait découvrir dans l’hebdomadaire VOIR. Une photo en noir et blanc la montrait accroupie, pieds nus, et feignant de prendre une photo, son appareil pointé vers nous.

Vers moi.

Je prends le temps de respirer un bon coup. Ça me fait du bien. Devant moi, la côte d’Abraham et au-delà la colline rocheuse au-dessus de laquelle le quartier Montcalm, la Haute-Ville. Je n’y habite pas. J’habite en Basse-Ville, ça coûte moins cher et ce n’est pas avec les quelques critiques que j’écris pour la revue Solaris que je pourrais me payer un loyer plus confortable… Bon, c’est vrai que je lave aussi de la vaisselle pour un petit restaurant asiatique de St-Rock mais ça, je ne le mentionne pas souvent. Ma vie n’est pas si mal, je me fais quelques contacts dans le milieu littéraire de la ville, et c’est pour ça que j’y suis venu, justement. Et j’avance à coup d’une centaine de mots par jour un roman un peu bizarre, à propos d’un fétichiste. De l’auto-fiction? Peut-être. En tout cas, c’est assez personnel. Ça doit être pour ça que ça ne sort pas très rapidement, chaque mot, chaque phrase vient fouiller dans mes zones d’ombre.

Un cri me fait sursauter.

—    Laisse-moi tranquille!

—    Mais Nelly…

—    Comment il faut que je te le dise? Crisse-moi patience!

Un soupir puis l’inconnu aux habits chics qui avait suivi Nelly à sa sortie, apparaît dans la lumière du lampadaire. Il ne me regarde pas. Est-ce que ça me surprend? Non. Pourquoi serait-il différent des autres?

J’entends des pleurs dans les ténèbres. Je ne devrais peut-être pas, mais je plonge à mon tour dans la noirceur. Elle veut rester seule mais c’est plus fort que moi. Je distingue une silhouette adossée à un mur plus pâle. C’est elle, qui pleure en silence.

Je ne lui demande pas si ça va. Question inutile. Je ne trouve rien à dire. Je reste donc muet.

—    De quoi j’ai l’air?

—    Je ne sais pas. Il fait noir

Les pleurs cessent. Se demande-t-elle si je me moque d’elle? Ce n’est pas le cas. Se moque-t-on d’une déesse?

—    Je te le dis : c’est la dernière fois que je fais une exposition!

J’hoche la tête comme si elle pouvait me voir. C’est l’habitude, j’imagine.

—    Je me demande pourquoi j’ai suivi leurs conseils. Je n’ai pas besoin de faire des expos, j’ai plein de contrats, je n’ai pas en plus besoin de tout ce stress-là. De toute façon, à chaque fois, c’est la merde. Mais c’est eux, mes maudits agents, ils veulent que je me fasse plus de contacts, toujours plus! Je suis tellement tannée…

Je ne réponds rien. Je me contente de demeurer à ses côtés, de continuer à l’écouter. Je ne sais pas si ça lui fait du bien à elle mais pour moi, c’est le pied! Une vague de picotements envahit mon corps, comme si j’étais sous l’effet d’une substance quelconque. Mes pulsations cardiaques s’accélèrent à un point où je pourrais craindre la crise cardiaque! Mais non, je ne suis pas en danger. Même si ça semblait plutôt mal parti, c’est en train de devenir la plus belle soirée depuis longtemps, sans doute depuis mon arrivée à Québec. Pour une fois, je suis important pour quelqu’un.

Je suis là, pour elle.

—    Tu me trouves pas trop emmerdante, de te parler de mes affaires comme ça? me demande Nelly.

—    Pas du tout, j’aime ça.

Je constate qu’elle lève un sourcil.

—    Je veux dire : ça me fait plaisir…, que je me reprends.

—    Tu veux qu’on aille ailleurs?

—    Ok.

Elle se relève, prend ma main et m’entraîne à travers le Jardin St-Rock, la rue Charest puis enfin la St-Joseph. Je n’y crois pas. Qu’est-ce que je dégage pour qu’elle me fasse confiance à ce point, qu’elle se sente bien avec moi aussi rapidement? Je ne sais pas. Mais je suis là, avec la plus belle fille du monde, main dans la main, comme deux amis, deux amants, deux complices de longues dates.

Il n’y a rien à comprendre mais c’est correct pour moi. C’est plus que correct, c’est parfait.

Peut-être qu’elle a juste besoin de changer de vie pour un instant, peu importe avec qui. Oui, c’est sans doute ça. Mais je n’y pense pas trop et je continue de croire que je suis important là, en ce moment. Dans le fond, je ne demande pas mieux que d’être son n’importe qui.

Ses chaussures ne produisent aucun son au contact du sol. Silencieuses, comme les pattes feutrées d’une chatte.

Nous entrons au Pub du Cartier.

Un homme aux habits élégants nous accueille.

—    Pour deux?

—    Oui.

Ma réponse, courte, me fait frissonner. C’est la première fois depuis longtemps que je ne suis pas seul.

—    Suivez-moi.

C’est enfin à mon tour de vivre quelque chose, de ne pas figurer dans l’existence des autres, dans leur soirée.

C’est enfin ma soirée.

Notre.

Elle s’assoit en face de moi, le bout de son soulier dépassant du dessous de la table. Nous nous commandons chacun une bière.

—    C’est beau ici.

J’acquiesce.

—    C’est la première fois que je viens.

—    Moi aussi. T’es de Québec?

—    Non, de Sherbrooke. Et toi?

—    De Montréal. (Après un court silence.) C’est beau Québec. Et ça n’a pas l’air aussi tranquille qu’on le dit.

—    Ça bouge quand même beaucoup…

Elle me regarde un moment (pendant lequel nos bières atterrissent sur notre table) puis sourit.

—    C’est quoi ton nom?

—    Jacob.

—    Tu n’as pas l’air d’un gars qui sort beaucoup…

—    C’est vrai, que j’avoue. Je ne suis pas à l’aise quand il y a trop de monde.

Elle cesse de sourire. Est-ce que j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas? Je prends une gorgée. Il fallait bien que mon conte de fée s’arrête.

Son visage se rapproche du mien.

—    Je… Je me sens bien avec toi, murmure-t-elle, la timidité aux joues.

Je m’étouffe avec ma bière. Heureusement, c’est elle qui continue de parler :

—    Moi non plus, je n’aime pas ça quand il y a trop de monde. Ça m’étouffe. Dans une foule, il y a toujours trop de bruits, trop de conversations… En plus, je ne sais pas pourquoi, je tombe toujours sur des gens bizarres…

—      Ah?

—    L’autre soir, j’étais avec une amie aux Foufounes Électriques. C’était sa fête. Ça se passait bien. Mais là, il y a un maudit malade qui n’arrêtait pas de me reluquer les pieds.

Mon cœur s’arrête et ça fait mal.

—    Je lui ai demandé c’était quoi son problème. Il avait l’air vraiment saoul, il m’a dit qu’il me les sentirait, là, tout de suite. Je lui ai dit…

Je ne l’entends plus. Je ne vois que ses lèvres qui s’agitent devant moi mais aucun mot n’en sort. Sans le savoir, elle vient de me cataloguer, de me réduire à un maudit malade. C’est drôle de la bouche d’une artiste… Je me sens décalé tout à coup. Encore plus isolé que d’habitude. Seul devant cette étrangère. Qu’est-ce que je fais ici, avec elle? Je me fais juger. Et quel est votre verdict, votre honneur?

—    Je suis contente que tu sois normal.

Normal. Je ne lui réponds rien. Qu’est-ce que je pourrais bien dire? Ah, c’est vrai. Tout à coup, je ne me sens plus dans le rôle principal de la scène, je ne suis que le freak de service. Celui que les spectateurs se souviendront mais pas pour les bonnes raisons. J’ai le cœur qui se remet à débattre, j’ai la bile qui me monte à la gorge. Ne plus faire confiance. Pourquoi je me suis laissé entraîné aussi facilement? Je croyais que…

Je croyais.

—    Ça va? T’as l’air…

Je vomis. Sur Nelly. Sur ses souliers noir.

* * *

Je me réveille, la bouche pâteuse. Comme si j’avais bu, mais je n’ai pris que quelques gorgées de ma bière, hier soir. Je me suis saoulé à l’échec, encore une fois.

Aujourd’hui, je vais tenter de remettre de l’ordre dans mon appartement, dans ma vie. Mais avant, je prends un bon bol de céréales sucrées, rien de mieux pour démarrer la journée du bon pied. Ensuite, je me douche, m’habille et m’assoie devant l’Internet.

Recherche : Nelly, photographe.

Je ne peux m’en empêcher, il faut que je lui envoie un mot d’excuses. Je me sentirai mal pour le restant de mes jours sinon… Moi, j’ai été humilié mais ce n’était pas sa faute. Mais elle… En plus d’avoir ruiné ses chaussures, j’ai détruis complètement sa soirée. Je trouve en quelques secondes son site Internet. Nelly Lavoie. C’est bien elle. Je ne regarde que quelques secondes la photographie de son visage sur la page d’accueil. Belle. Pourquoi me faire souffrir inutilement?

Je clique aussitôt sur l’icône contactez-moi.

« Nelly, je suis désolé pour hier soir… Je suis désolé d’avoir vomi sur toi. Vraiment. »

Pas de signature.

Envoyer.

Et si je visitais un site Internet fétichiste pour me consoler? Non. Je ne dois pas revenir dans cette impasse. Un peu de lecture? Je ne serai pas capable de me concentrer. Du ménage. Bonne idée. Mon appartement en a besoin et ma tête aussi.

Je ramasse les papiers qui dorment sur le plancher. Mon linge qui s’accumule sur mon lit. J’ouvre mon placard. J’aperçois tout de suite la boite, là, au coin de mon regard. Je fige quelques secondes.

Alice.

Ma première maîtresse. Mon unique souvenir d’elle repose dans cette boite. Un escarpin de cuir noir qui n’a plus que le soupçon de son odeur. Complètement évaporé, comme elle. Pourquoi je ne le jette pas?

Parce qu’elle me rappelle la première personne à m’avoir considéré comme un être humain normal, non pas comme un freak.

Son petit sourire quand elle s’est rendue compte de mon attirance, son air coquin quand elle m’offrait ses pieds à masser, ses soupirs quand je lui embrassais les orteils.

Même si ça n’avait jamais été vraiment sérieux entre nous, je vais toujours me rappeler d’Alice. Avant elle, tout ce que je connaissais, c’était le rejet, le dégoût des autres. Mais elle, elle m’a fait sentir normal.

Pourquoi est-ce si dur de retrouver une Alice sur mon chemin?

C’est peut-être moi qui ne suis pas adapté à la vie en société. Je n’aime pas me mêler aux autres alors comment rencontrer une personne compatible? C’est sûr quelques filles fétichistes errent parmi la population de la ville de Québec. Mais encore faut-il que je les découvre et qu’elles me découvrent.

En attendant, il y a hier soir. En attendant, il y a les promesses, les déceptions.

Je devrais pourtant y être habitué. Avec le temps.

Même quand j’étais petit, je me sentais différent.

J’étais déjà venu avec mes parents à Québec, pour rendre visite à de la famille. J’étais allé me promener dans le quartier tout près et j’avais joué dans un parc. Deux fillettes inconnues étaient venues me rejoindre. J’étais fasciné par les pieds nus de l’une d’elles. Je ne sais pas si elle l’avait remarqué mais son amie m’avait dit après un moment :

—    Elle voudrait savoir si tu veux être son chum.

—     Non!

Je suis parti. Par gêne? Sûrement. Je ne cessais de me répéter : « Je ne peux pas avoir de blonde. Je suis différent, je suis un extraterrestre. »

Titre du courriel : Confuse. Expéditeur : Nelly Lavoie.

Je retiens mon souffle une seconde, puis j’ouvre le courriel.

« Lorsque j’ai lu ton message, j’ai tout de suite su que c’était toi. Pour le vomi, c’est pardonné. Je ne comprends pas pourquoi tu t’es enfui. Je croyais que tu courais vers les toilettes. J’ai compris que tu ne reviendrais pas. Je suis confuse. Si j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas, j’en suis désolée.

Je passais une bonne soirée mais peut-être que ce n’était pas le cas de ton côté,

Nelly »

Mon cœur s’enflamme. Non! Pas déjà… Pourquoi à la moindre manifestation de l’autre, je saute dans le piège? Je dois me calmer. Je dois m’habituer à doser mes émotions face à l’autre. Marcher, plutôt que courir, sinon j’en viens qu’à piétiner sur place. Mais je n’y peux rien, c’est de l’espoir que je ressens.

L’espoir. Celui qui peut faire mal. Mais aussi celui qui peut faire revivre.

Peut-être que Nelly est ma prochaine Alice?

Je lui réponds tout de suite.

« Moi aussi j’ai passé une bonne soirée mais j’ai eu mal au cœur tout à coup. Si ça te dit, j’aimerais me reprendre. Je me sens vraiment mal d’avoir ruiné la soirée. Si tu ne veux plus me revoir, je comprendrai. Jacob. »

Quelques secondes.

Sa réponse :

« Bien sûr que j’aimerais te revoir. Je ne suis plus à Québec, par contre. Je suis de retour à Montréal. Est-ce que ça te tente toujours? Nelly. XX »

Est-ce que ça me tente toujours? OUI! Surtout avec les deux petits XX à la fin du courriel. Je n’en reviens pas. Moi qui croyait que… Non! Stop! Je vais souffrir encore une fois. Elle n’aime pas les freaks. C’est elle-même qui l’a dit. Et, pour elle, j’en suis un. Je suis un freak parce que j’aime les pieds. Méchante ouverture d’esprit! Je dois mettre ça au clair avec elle avant de m’embarquer dans quoique ce soit.

« Je dois te dire quelque chose. Ce n’est pas facile pour moi. Tu me plais. Surtout tes pieds. Mais je ne suis pas un malade. Quand tu m’as raconté ta soirée avec le freak, je me suis senti visé. C’est pour ça que je me senti mal. Si pour toi, je suis un autre freak, dis-le maintenant. Jacob. »

J’hésite à l’envoyer. Une profonde inspiration. Je retiens l’air dans mes poumons jusqu’à ce que ça me fasse mal et j’expire.

J’envoie.

À peine une minute plus tard, je reçois sa réponse :

« Merde… Je me sens mal. Je m’excuse de t’avoir blessé. J’ai souvent une grande gueule, je devrais apprendre à la fermer, des fois. Je suis plutôt mal placée pour juger qui que ce soit. Tu aimes les pieds, mes pieds. Moi, ce que j’aime, et tu as pu le deviner en regardant mon exposition, ce sont les mains de femmes. Je ne sais pas pourquoi, elles me font craquer. Les tiennes sont vraiment douces, sexy. C’est la première fois que ça m’arrive avec un homme. Est-ce que tu voudrais devenir mon modèle masculin, mon premier? »

Pour la première fois depuis longtemps, je contemple mes mains. Je souris.

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12 Commentaires

Publié par le mai 31, 2010 dans Uncategorized

 

12 réponses à “Célébrons avec Alice!

  1. Gen

    mai 31, 2010 at 6:48

    Intéressant comme histoire 🙂

    Par contre, si tu avais à la retoucher, je crois que tu pourrais jouer davantage avec les champs lexicaux, pour qu’on sente bien l’importance que le personnage accorde aux pieds.

    Et je prendrais un ou deux indices supplémentaires pour ce qui est de la fixation de Nelly 😉

     
  2. aveugle

    mai 31, 2010 at 6:55

    @Gen : Merci pour les commentaires, j’en prends bonne note! 🙂

     
  3. Pierre-Luc Lafrance

    mai 31, 2010 at 7:44

    Euh ! Tu as mis deux 0 de trop. Mais je suis assez fier d’être ton mécène. As-tu encore besoin de cash, je suis justement en train de faire des chèques.

     
  4. Gen

    mai 31, 2010 at 7:59

    Moi j’en veux, moi j’en veux! :p

     
  5. Frédéric Raymond

    mai 31, 2010 at 8:11

    @Gen Le danger, c’est ce que Pierre-Luc demande en échange des chèques… Ça pourrait te sembler anodin, mais ses motivations ont des ramifications que seuls les plus machiavéliques peuvent comprendre.

     
  6. aveugle

    mai 31, 2010 at 8:12

    @Pierre-Luc : Oups! C’est vrai, où avais-je la tête? Oui, un autre petit chèque ne serait pas de refus, cher mécène.
    @Gen : tu dois savoir que Pierre-Luc a des conditions assez particulières…

     
  7. aveugle

    mai 31, 2010 at 8:42

    @Frédéric : oui, c’est comme des rituels d’initiés…

     
  8. Guillaume P

    mai 31, 2010 at 10:54

    Salut Jo,

    Très intéressant comme texte. J’ai eu du mal à m’immerser au début. Peut-être parce qu’il manquait un contexte, un lieu, un cadre au personnage?

    En fait, j’ai réellement accroché quand le personnage a été mis en contexte – un lieu, le bar, une action, la fille et la foule.

    Il manquerait peut-être juste une phrase ou deux au début pour nous immerser dans le lieu avant de nous plonger dans les pensées du personnage.

    Merci d’avoir partagé une partie de ton intimité!

     
  9. Donald Plante

    juin 1, 2010 at 7:36

    Franchement, c’est pas mal du tout. Pour du amateur, j’ai lu bien pire que ça. Loin d’être un texte parfait, on reconnait bien ton style, même si tu t’es beaucoup amélioré depuis. Un point qui m’a plutôt accroché est qu’il faut écrire « St-Roch »! Mais bon, il est facile de faire cette erreur, surtout pour un amateur de musique rock. :p Je conclurai en disant qu’il ne faut jamais jeter ses textes, amateurs comme mauvais. Ils peuvent être réutilisés et il est toujours agréable de voir son progrès ou de faire découvrir ses débuts à autrui. Merci d’avoir partagé cette nouvelle.

     
  10. aveugle

    juin 1, 2010 at 11:22

    @Guillaume : Merci pour les commentaires, bonne idée ce que tu suggères.
    @Donald : Merci pour la précision 😉 Merci pour les commentaires.

     
  11. Frédéric Raymond

    juin 1, 2010 at 2:23

    J’ai bien aimé ta nouvelle. On se demande quelle part de l’histoire est vraie et quelle part est fiction. Il faut vraiment que tu lises le nouveau Beaulieu, le fétichiste en toi sera comblé. Sinon, j’aurais deux commentaires sur ton texte.

    1. Le texte commence par le narrateur qui s’adresse au lecteur. Ensuite, je n’ai pas relevé d’autres passages de ce genre (quoi que je n’ai lu qu’une fois). Ce serait bien si c’était constant tout le long du texte (que le narrateur s’adresse ou non au lecteur, mais que s’il le fait ça se retrouve dans tout le texte).

    2. La conclusion m’a laissé un peu sur ma faim. Pas que ce qui se passe ne boucle pas la boucle, mais j’ai eu l’impression que la fin était trop abrupte.

    Voilà! Merci d’avoir partagé ce texte. C’est toujours un plaisir de te lire.

     
  12. aveugle

    juin 1, 2010 at 2:26

    @Frédéric : Merci beaucoup pour les commentaires et pour la suggestion de lecture. 🙂

     

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