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Ma fille

12 Juin

Quand elle est venue au monde, j’avais les larmes aux yeux. Aujourd’hui encore, quand je la regarde, je suis tout ému.

Au début, elle a fait quelques pas hésitants avant de trembler de tous ses membres. Mais jamais elle n’a tombé, jamais elle n’a eu peur d’avancer. Si elle tremblait, ce n’était pas de peur mais parce qu’elle n’était pas habituée à avancer dans le noir, dans l’inconnu.

Elle grandit vite, elle a déjà neuf ans et quelques mois.

Je parle ici de cette maison d’édition qui m’est chère, Les Six Brumes. Ce petit bébé que Marki St-Germain et moi avons mis au monde en 2001. Malgré les rumeurs qui courent que nous avons créé cette maison suite à des refus chez d’autres éditeurs, ce n’est pas vrai, je démens ici cette affirmation. Nous l’avons fait pour créer une relève dans le milieu, de nouvelles plumes dans les genres de l’imaginaire. Pour moi, ce n’est pas qu’un beau projet parmi tant d’autres, pour moi, c’est une amie à qui j’ai appris à marcher, à s’exprimer, à rêver, de façon peut-être maladroite mais avec passion et du mieux que j’ai pu, au fond, comme n’importe quel papa. Il n’y a pas de mode d’emploi qui vient avec l’enfant.

Mais je dois avouer que c’est surtout elle qui m’a enseigné beaucoup de choses sur la vie, sur la société, sur le monde des littératures de l’imaginaire. À travers elle, j’ai grandi, je me suis trouvé, j’ai développé des passions, des amitiés. Grâce à elle, je suis toujours en vie, elle m’a donné une lueur d’espoir dans des périodes plus sombres, une flamme qui murmure : ne lâche pas, ce que tu fais là a un sens, pour plus de gens que ton petit toi-même.

Ma fille, notre fille, a lancé plusieurs projets, plusieurs portes vers l’ailleurs :

Première période : avant les salons du livre

L’aurore : Ce premier livre, ce collectif certes un peu maladroit mais tellement plein de passion, d’imaginaire, de nouvelles plumes voulant être lues! Parmi les treize nouvelles, une de mes préférées restera sans doute celle d’Eve Patenaude (ancienne collègue du Cégep) qui publie maintenant à la Courte Échelle.

Ombres : Mon premier petit bébé, je n’étais pas supposé le sortir, c’était supposé être Marki St-Germain qui publie son roman de fantasy mais finalement, il ne l’a jamais mené à terme… dommage.

Mach Avel (de Simon St-Onge) : L’inclassable roman de « fantay » (et oui, plusieurs l’ont remarqué : il y a une erreur qui s’est glissé dans les premières pages du livre), roman qui n’a pas plus à tout le monde mais qui a trouvé son public chez les gens qui adore les critiques sociales, la politique et les références littéraires subtiles.

Les Suppliciés (de Claude Messier) : Ce roman va toujours me faire un petit pincement au cœur, ce projet auquel j’ai servi de scribe pour Claude, auteur handicapé physique cloué à son lit d’hôpital depuis la naissance. Malgré sa maladie dégénérative, la dystonique musculaire, il se sera battu jusqu’à la fin pour les siens. Il aura profité de sa vie au maximum : sauts en parachute, plongées sous-marines, écriture, tournages de films, etc. Avant de mourir, il voulait réaliser son dernier rêve : écrire un roman policier. Il avait l’imaginaire, j’avais les mains. La maladie l’a emporté jeune, peu après le lancement de son roman, peu après la réalisation de son ultime rêve.

Équinoxe : Ce deuxième collectif, faisant suite à L’aurore, apportait un vent de fraîcheur dans les brumes, une luminosité bienvenue après la lourdeur de Mach Avel et des Suppliciés. Une tournée de lancements dans plusieurs villes a suivit sa naissance. Dans ses pages, vingt plumes s’affirment, font rêver. Parmi eux, Pierre-Luc Lafrance, Mathieu Fortin, Caroline Lacroix, Simon Charles… Des noms que l’on croise encore aujourd’hui sur des livres, dans des revues, des fanzines… Équinoxe a été la fin d’une période aux Six Brumes et le début d’une nouvelle ère. Ça a été le point culminant, le projet ultime de la vieille équipe, la première (avec Jimmy Plamondon comme graphiste et Andréane Beloin à la correction). C’est grâce à ce collectif qu’on a rencontré, entre autres, Dominic Bellavance, Adeline Lamarre, Guillaume Marchand…

Deuxième période : à l’attaque des salons du livre

Nocturne : Mon deuxième petit bébé, une histoire que j’avais en tête depuis longtemps. Lancements, événements, fanzine, festivals portant tous le nom Nocturne ont vus le jour à cette période, autour de ce roman, à Sherbrooke.

La série Alégracia (de Dominic Bellavance) : En quatre tome, la jeune héroïne nous aura fait vivre beaucoup d’aventures, bien des surprises et une visibilité bienvenue! Avec Dominic, nous avons vu exactement ce que nous attendions d’un auteur : dynamique, social, débrouillard. Il a mis la barre très haute pour les prochains. Malgré tous les aspects positifs, nous avons vu que les séries ne sont pas faites pour Les Six Brumes : trop compliquées à gérer pour une petite maison d’édition comme nous.

Résonances : Ce collectif regroupant uniquement des auteurs de la MRC de Drummond a été très bien accueillis et pas seulement au Centre du Québec! Est-ce parce que le parrain du projet n’était nul autre que le maître Patrick Senécal (avec une nouvelle inédite et très personnelle)? Sans doute, mais il ne faut pas oublier que tous les auteurs de ce projet y ont mis corps et âme pour souligner leur fierté d’habiter leur village, leur ville, leur région.

Silencieuses : Mon ultime petit bébé aux Six Brumes (Non mais! Ça va faire de prendre la place aux autres, comme ça!) J’en ai profité pour laisser la place à tous les artistes visuels avec qui j’avais travaillé par le passé pour illustrer chacune des nouvelles de ce recueil. Le silence tomba ensuite sur cette deuxième période des brumes.

Troisième période : Nova, vers l’infini et plus loin encore!

La collection Nova, dirigée par Guillaume Houle, est venue de l’idée que certains manuscrits étaient trop courts pour sortir sous la forme de roman dans la collection principale et nous n’avions pas nécessairement le goût d’investir du temps dans un autre recueil de nouvelles. C’est en quelque sorte un laboratoire pour Les Six Brumes, une collection où on expérimente graphiquement parlant de livre en livre. Dès le début, ces petits bouquins tout noir ont été bien accueillis par le milieu, par les lecteurs. Souvent même davantage que les livres de la collection principale. Le premier titre, L’ancienne famille, de Michel J. Lévesque (Arielle Queen, Soixante-Six, etc) a bien débuté la marche avec de la fantasy hors de l’ordinaire. Ensuite, vint une petite excursion de l’autre côté de l’océan avec Erzébeth Bathory : comtesse sanglante, de l’européenne Sophie Dabat. Pour continuer, il nous fallait quelque chose d’encore plus solide… Le loup du sanatorium, de Mathieu Fortin, titre qui a beaucoup fait parler de lui. Marki St-Germain m’avait demandé de lui fournir quelque chose pour cette collection… Alors, j’ai retravaillé quelque chose que je préparais pour soumettre à des éditeurs de littérature ado et c’est devenu la quatrième publication : La légende de McNeil. Beaucoup de lectrices et de lecteurs de la série Alégracia voulaient en savoir plus, toujours plus, alors Dominic Bellavance a pondu l’excellent Sintara et le Scarabée de Mechaeom. Pour couronner le tout, il nous fallait quelque chose de différent, quelque chose que nous n’avions pas encore touché : de la science-fiction avec l’unique Aquilon, de Carl Rocheleau, ancien collègue d’université.

Et comme récompense pour sa fin d’année, notre fille s’est mérité le plus beau cadeau qui soit : être reconnue, être enfin agréé. Après neuf ans et quelques brins d’éternité d’existence, elle connaît un nouvel essor, elle sourit de nouveau.

Des quelques pas maladroits du début, il n’en reste que le souvenir car maintenant Les Six Brumes avance avec une assurance certaine sur un chemin à la fois empreint d’une imagination encore plus fertile et d’un réalisme plus solide pour accomplir davantage de choses concrètes.

Elle est chanceuse, elle a toujours été entourée de gens dévoués et attentifs pour la soutenir, pour l’amener un peu plus loin, pour qu’elle s’épanouisse. Je ne peux pas nommer les noms de celles et ceux qui ont été dans sa vie de près ou de loin, quelques instants ou des années entières car j’en oublierais et je m’en voudrais. Le fait est qu’il y a eu beaucoup, beaucoup de passionné(e)s qui ont fait un bout de chemin avec elle. Vous savez qui vous êtes, elle vous remercie. Grâce à eux, grâce à vous, elle a évoluée, et elle continue de le faire de jour en jour.

Dès l’automne prochain, de nouveaux titres sortiront des brumes, comme il est annoncé sur le site officiel de la maison d’édition (www.sixbrumes.com). Tout d’abord, dans la collection principale, le mystérieux Morphoses de Mathieu Fortin (Le loup du sanatorium, Le Protocole Reston, Entités, etc). Et ensuite, dans la collection Nova, le terrible Kinderesser de Marie Laporte (éditrice du fanzine Nocturne).

Et vous, aimeriez-vous rencontrer ma fille? Ça viendra, les brumes ne sont jamais bien loin. Et peut-être que vous aussi, vous vous sentirez tout ému lorsqu’elle vous sourira, de ce petit sourire un peu maladroit mais vrai.

http://www.6brumes.com

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2 Commentaires

Publié par le juin 12, 2010 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Ma fille

  1. Isabelle Lauzon

    juin 13, 2010 at 10:59

    Quel formidable billet! J’ai adoré ta rétrospective, elle m’en a appris beaucoup sur l’évolution des Six Brumes. Je souhaite longue vie à ta « fille » (MDR! Tu m’as bien eu au début de ton billet! Hein? Quoi? Une fille de 9 ans??? Hihi!)

     
  2. aveugle

    juin 13, 2010 at 12:46

    Merci beaucoup Isabelle! héhé, content de t’avoir bien eu avec le début! 😉

     

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