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Archives Mensuelles: juillet 2010

B(5)

Épisode 5

Parce que du Coq Rôti, c’est plus rassurant que des films de VVS

J’engloutie une bonne bouchée de poulet. Ce goût empli de souvenirs, de mes excursions à vélo avec mon frère, de certaines fêtes de famille plaisantes. Ce goût, c’est l’irremplaçable Coq Rôti au centre-ville de Sherbrooke. Le meilleur poulet du monde. Je le savoure. C’est la dernière fois que j’en mange. Et ça me fait oublier pendant quelques temps les trois derniers endroits visités : vides de toutes VHS! Saignées à blanc, comme des porcs. À chaque fois, on nous répondait : Désolé, une gang est passée avant vous… Mais regardez, il reste quelques films de la compagnie VVS…

Ils veulent rire de nous ou quoi? Nous sommes sérieux, pas des collectionneurs du dimanche qui prennent leurs items sans les connaître et qui sont déçus. La compagnie VVS est le côté sombre des films de série B. Ce n’est ni bon, ni drôle, ni surprenant… Aucune imagination, juste la prétention, contrairement aux vrais passionnés qui s’efforcent d’offrir aux gens les petites perles rares et méconnues. Grâce aux passionnés, la culture des films de série B ne mourra jamais. Mais à cause de certaines compagnies comme VVS, les monsieurs et madames tout le monde en ont une mauvaise image puisque c’est souvent ce qui envahit les chaînes de club vidéo de nos jours.

Une autre bouchée de mon savoureux dîner enterre mes frustrations.

Je veux profiter de ce dernier repas avec mes amis.

—    Cet après-midi, on va être plus chanceux, que je lance, l’air positif.

—    C’est bizarre, vous ne trouvez pas? Quelqu’un nous en veut ou quoi? demande PM.

—    Aucune idée. Mais je le sens, on va tomber sur le jack pot.

—    L’année passée, je ne sais pas si vous vous en rappelez, j’avais réussi à trouver Les suceurs de sang, Le frigo, et même des Val Lewton, lance Larry Cohen.

—    Et moi, j’avais réussi à dégoter la version française de Driller Killer. J’étais vraiment content.

J’entends des rires un peu plus loin. Je ne sais pas pourquoi, ils me dérangent. Ce n’est pas tant les rires que les voix. Je les reconnais… On dirait que…

—    Attendez un peu…, que je dis avant de me lever.

Je connais ces gars. Ils ne sont pas très loin de nous. Probablement de l’autre côté de cette clôture de bois. Je m’en approche pour mieux les entendre.

—    Tarantino, c’est un génie, c’est lui a inventé les films gore.

—    Oui, il a inventé le mot GrindHouse… Dire qu’il y a un tas de gens pas cultivé qui ne savent pas ça.

—    Heureusement que nous, on l’est. Ce n’est pas comme ces épais en cavale!

Et ils recommencent à rire. Ils parlent de nous, ils rient de nous. Je le sens. Et en plus, ils se prétendent cultivés! Ils ne savent même pas que le terme GrindHouse existe depuis longtemps… Et ce n’est pas surprenant si ce sont bien ceux à qui je pense. Si je monte sur ce gros bloc de ciment, je serais capable de regarder de l’autre côté de la clôture.

Bonne idée.

Je peux maintenant les voir, les identifier. Ils sont trois. Et je les connais bien. Deux employés de chez DVDBuster (Carl et Richard : avant que je m’aperçoive qu’ils travaillent là-bas, ils prétendaient être de bons clients chez Nocturne club vidéo culte… Ils venaient espionner la compétition, en fait) et le fils du propriétaire d’une succursale (Je ne me souviens plus de son nom mais c’est un gosse de riche). C’est bien ce que je pensais : ça ne demande pas beaucoup de culture pour travailler dans une grande chaîne… Je me soulève sur mes mains pour me surélever et m’assurer qu’ils me voient.

—    C’est nous, les épais en cavale? que je leur demande d’un ton exagérément arrogant.

Ils arrêtent de parler, l’air surpris. Carl se relève et fouille son environnement immédiat du regard.

—    Je suis ici! que je les interpelle, tout souriant.

—    Ah! Quelle coïncidence! lance celui-dont-je-ne-me-rappelle-plus-du-nom. Quand on parle du loup…

—    Et bien, le loup vous a entendu et se demande pourquoi vous parlez de lui et de sa meute…

Richard semble un peu mal-à-l’aise d’avoir été pris la main dans le sac. Les deux autres, de leur côté, affichent toujours un air très sûr d’eux.

—    Parce que vous êtes des perdants, me nargue le sans-nom.

Je feins un rire. En fait, ça ne m’affecte presque pas, s’il croit qu’une pareille insulte parvient à transpercer mon armure de Roger Corman…

—    Nous, des perdants?

—    Oui. Toi et tes petits amis : des collectionneurs de cassettes! Il faut vraiment être pathétique… Allo! Nous sommes rendus aux Blu-Ray maintenant!

—    Au moins, on sait, nous, que Tarantino n’a pas inventé le gore, pas plus que le GrindHouse… Il n’a pas inventé grand-chose. Il fait juste remettre du vieux au goût du jour. Des genres d’hommages… Quand on se prend pour des gens cultivés, ça vaut la peine de s’informer avant de dire n’importe quoi.

J’adore l’effet que je viens de créer sur leur visage. Les trois me fixent à la fois honteux et en colère. Celui-qui-ne-doit-pas-être-nommé est le premier à oser me répondre :

—    Tu te crois cultivé, toi? Mettons que c’est vrai… Ta soi-disant culture n’a pas empêché ton petit club vidéo minable de fermer.

Cette fois-ci, la lame traverse mon armure, son poison m’atteint et me blesse aux sentiments. Là où ça fait mal.

Là où il ne faut pas s’aventurer.

—    Des vieux films que personne ne connaît, qui a besoin ça de nos jours? Ce n’était pas un club vidéo, c’était un étalage de tes cochonneries.

Je sens tout l’intérieur de mon corps se comprimer comme si j’allais imploser. Mes dents se serrent, je dois être tout rouge en ce moment. J’ai le goût de sauter par-dessus la clôture, d’aller lui casser la gueule, de le tuer.

Au lieu de ça, je tombe en me fracassant le menton sur le rebord de la clôture. Je les entends rire et l’un d’eux crie :

—    Si c’est ça avoir de la culture, j’aime mieux ne pas en avoir!

Si je pouvais défoncer le mur de bois qui se dresse devant moi, j’irais les décapiter tous les trois. De mes mains nues. Et ensuite, je boirais leur sang en criant!

—    Bon, on y va, nous avons une tonne d’autres marchés aux puces à visiter, lance Richard.

Ce sont eux. Ce sont ces salauds qui nous volent nos VHS! Mais pourquoi? Selon ce qu’ils disent, ils n’aiment même pas ça! Les sales chiens! Je tremble de rage. Malgré ma douleur au menton, je me relève et me juche à nouveau sur la clôture.

Je les vois en train de réintégrer leur voiture, une Porsche rouge bien luisante.

—    Vous voulez la guerre? Vous allez l’avoir!

—    De quoi tu parles? me demande Carl.

—    Laisse tomber, il est trop pathétique, ce gars-là, lui répond le riche-innommable.

—    Nous sommes les Guerriers des Séries B! que je clame. Et nous allons vous avoir!

Tous trois éclatent de rire. Le nom-oublié me crache un dernier « Pathétique! » au visage avant de s’asseoir au volant de sa voiture de bourgeois merdique.

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Rendez-vous le 3 août pour l’épisode 6!

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Publié par le juillet 31, 2010 dans Uncategorized

 

B(4)

Épisode 4

Parce qu’on n’aime pas Britney Spears et les blagues de rappeurs

Je dois interrompre la pièce Save Our Souls de Motley Crüe, mais c’est pour la bonne cause : on arrive à notre première destination de la journée, dans le stationnement du centre d’achat Galeries Quatre Saisons dans l’est de Sherbrooke. Si je me fie à l’an passé, de la centaine de tables qui s’offrent à nous, une seule compte vraiment : celle d’un dénommé Roger Pouliot (comment l’oublier avec un nom aussi poétique?).

Nos regards parcourent en quelques secondes l’ensemble des marchands. Je repère Pouliot grâce à sa chemise rouge, celle qu’il porte à chacune de nos visites (l’ai-je déjà vu avec d’autres vêtements? Je ne crois pas.). Par politesse pour les autres exposants, on fait semblant, le temps d’une minute ou deux, d’être un peu intéressé par les platitudes qu’ils offrent (vieux outils rouillés, journaux âgés d’une bonne dizaine d’années, collections de sous noirs). Et enfin, on arrive devant LA table.

Je retiens mon souffle un court instant, fermant mes yeux, savourant le moment, ce même moment que je parviens à faire revivre quelques fois : quand j’étais âgé de treize ans et que j’avais découvert au marché aux puces de Bromptonville les VHS de L’opéra de la terreur, Massacre à la tronçonneuse et Re-Animator. Trois de mes films préférés d’un seul coup. L’adrénaline que j’ai pu ressentir alors, je réussis à en savourer un fragment à chaque fois que je m’apprête à fouiller parmi une nouvelle sélection… Je ne sais jamais sur quoi je vais tomber.

J’ouvre les yeux. Des films hollywoodiens. Des vidéocassettes de Britney Spears en spectacle. Des comédies mettant en vedettes des rappeurs insignifiants. Où sont les perles? Je sens une amère déception poindre à l’horizon. Je me calme. Roger ne doit pas avoir eu le temps de tout exposer sur sa table.

Je me racle la gorge.

—    Où sont tes films d’horreur?

—    Je n’en ai plus.

—    Quoi? Plus aucun film d’horreur? Comment ça?

—    Une autre gang est passée avant vous. Il y a une dizaine de minutes à peu près. Désolé les gars, fallait arriver plus tôt.

—    Plus tôt, plus tôt… Il n’est même pas dix heures encore! fait remarquer PM.

—    Faut croire qu’il y en a des plus lève-tôt que vous autres.

—    Et qu’est-ce que t’avais dans ton lot? que je demande.

—    J’avais du Russ Meyer, quelques H.G. Lewis aussi et un ou deux Troma. Tout en français.

Je ravale une frustration naissante avant de déclarer :

—    Non, ça ne se peut pas! C’est rare ses cassettes là. Où les as-tu trouvé?

—    En faisant moi-même le tour des marchés aux puces, des club vidéo…

—    En Estrie?

—    Non. Partout au Québec. Moi, je ne vais pas dans le Sud ou en Europe, quand je prends mes vacances. Je fais le tour de mon beau Québec, à la recherche de perles rares. Les propriétaires me connaissent pas mal tous et ils me gardent certains trucs en dessous du comptoir. Ils savent que je passe au moins deux fois par années.

—    Génial! s’exclame Larry Cohen. Je n’y avais jamais pensé avant. Mais c’est le genre de trucs que je dois faire moi aussi.

—    On pourrait faire ça l’année prochaine, propose PM.

Je déglutis, sachant que l’année prochaine, je ne serai sans doute plus là à cause de ce que je ferai demain.

Demain, je serai soit en prison, soit mort.

Je souris tout de même.

—    Ça va être génial, que je prétends.

—    Les gars, il y a des cas plus tristes que vous. Regardez celui qui arrive là. Il va revenir à chaque jour et va dépenser tout son argent de poche dans mes cassettes.

—    Qu’est-ce qu’il y a de triste là-dedans?

—    C’est que le gars n’aime même pas les films en soi.

—    Je ne comprends pas. Pourquoi il les achète? que je demande, intrigué.

—    Il m’a raconté l’année passée qu’il collectionne les cassettes parce que c’est son seul moyen de parler de quelque chose avec son père, qui lui est un vrai collectionneur. Sa fiancée l’a laissé, car elle commençait à le trouver fou… Il a plus de cinq milles cassettes qui envahissent complètement une pièce de leur petit trois et demi. Et il ne les écoute même pas. C’est juste pour tenter de partager la passion de son père. Pour qu’il s’intéresse enfin à lui.

—    C’est triste ton histoire…, concède PM.

—    Au fil des années, il a dû m’acheter au moins cinq copies du film Corps à vidange. Le genre de personnes que tu croises seulement dans les marchés aux puces, qui n’existe pas ailleurs, on dirait. Bon, attention, il arrive.

—    Et si on allait ailleurs? suggère Larry Cohen.

—    Bonne idée. Et là, on ne se fera pas doubler comme ici! que je dis d’un ton contenant mal ma déception.

—    Ce n’est pas grave, voyons, dit PM en me tapotant l’épaule. La journée vient juste de commencer.

J’acquiesce.

—    Est-ce qu’il te reste une copie de Corps à vidange? demande l’étranger dans notre dos.

—    Non, que j’entends Roger lui répondre. Il ne me reste que des films plus récents.

Je regarde mes amis et le sourire aux lèvres, je déclare :

Les gars, les prochains marchés aux puces sont à nous! Et gare à ceux qui se mettront sur notre chemin.

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Rendez-vous le 31 juillet pour l’épisode 5!

 
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Publié par le juillet 28, 2010 dans Uncategorized

 

B(3)

Épisode 3

Parce que quand Hulk Hogan se prend pour un acteur, il chante pour Larry Cohen.

—    On prend quelle voiture? me demande Larry Cohen.

—    La mienne, que je réponds, je l’ai préparé spécialement pour aujourd’hui. Venez voir le capot!

Sur ma Pontiac jaune, j’ai fait peindre l’image de mon film préféré, A Nightmare on Elm Street. Et la reproduction est parfaite. Elle est comme l’illustration dans le temps de la VHS, et non pas comme la réédition sur DVD sur laquelle figure une infographie avec les acteurs, sans âme… Pathétique!

—    Wow! Ça a dû te coûter un bras! suppose PM.

—    Pour l’occasion, ça en vaut la peine. Et on est des passionnés, oui ou non?

Ils approuvent. On embarque.

Quand je fais rugir le moteur, la chanson Dream Warriors de Dokken débute. Fidèle à notre habitude annuelle, j’ai amené avec moi quelques cassettes sur lesquelles j’ai enregistré du bon vieux Hard Rock des années 80, et surtout les pièces qui jouent dans les films d’horreur.

—    Ça va être toute une récolte aujourd’hui, comme les autres années, dit Larry Cohen assis sur le siège passager.

—    C’est parce qu’on sait où dénicher les VHS, on perd pas notre temps avec le reste, que je lui réponds.

—    Quels films aimeriez-vous trouver aujourd’hui? nous demande PM.

Un silence s’empare de nous trois pendant un instant, un silence sérieux, un silence de réflexion. C’est LA question. C’est Larry Cohen qui parle en premier :

—    Tu veux dire : idéalement ou ce qui est probable qu’on trouve?

—    Peu importe. Disons, entre l’idéal et la réalité, précise PM. Moi, par exemple, j’aimerais trouver La grange des massacreurs.

J’hausse un sourcil, intrigué :

—    C’est quoi ça?

—    C’est un film que j’avais vu quand j’étais tout petit. Mon oncle louait souvent des films avec ses amis. Tout ce que je me rappelle, c’est que deux filles étaient prisonnières d’une grange et que des maniaques déformés les attendaient dehors…

—    Ça a l’air bon, affirme Larry Cohen en même temps qu’une deuxième chanson débute : The Man behind the Mask d’Alice Cooper.

—    J’aimerais ça voir ça moi aussi, mais est-ce que tu connais le titre original?

—    Non, je ne me souviens que du titre en français et de la scène que je vous dis. Et toi, Larry?

Ce dernier sourit avant de répondre :

—    Moi, c’est un film avec Hulk Hogan et d’autres lutteurs, dans le temps qu’ils n’étaient pas encore pour la WWF. Il me semble que le titre, c’est La taverne sanglante ou quelque chose du genre. Ça a joué une seule fois, quand j’étais tout petit, à TQS.

—    Hulk Hogan? que je lance, surpris.

—    Oui, oui. Ce que je me souviens, c’est que les lutteurs se battaient de plus en plus violemment dans un bar jusqu’à s’entretuer avec des tessons de bouteille et des pattes de chaises pointues.

—    Tu n’étais pas en train de dormir? suppose PM.

—    Non, je te jure! Et à un moment donné, Hulk Hogan se mettait à chanter du RAP en pointant la caméra : « J’adore ça lutter! »

Je rigole tellement c’est ridicule.

—    À TQS… Un peu avant Bleu Nuit, j’imagine?

—    Je me souviens pas de l’heure exacte mais je suis sûr de mon coup!

—    Pourquoi on en a jamais entendu parler?

Ma propre question me semble un peu stupide… Après tout, il existe des tas de films dont on ignore l’existence.

—    C’est parce qu’Hulk Hogan a trop honte, maintenant qu’il est connu, d’en parler! Non, mais tu imagines : une bataille dans un bar et lui qui chante du rap débile! J’a-dore-ça-lut-ter!

—    Ça va finir par ressortir sur YouTube, suppose PM.

On approuve. Il déniche toujours la bonne réplique pour qu’on soit tous d’accord sur un sujet. Mes deux amis se tournent vers moi.

—    Et toi, qu’est-ce que t’aimerais trouver comme film? me demande Larry Cohen.

—    Moi? Ce serait Rambo contre Commando.

Ils éclatent de rire.

—    Ça n’existe pas… C’est juste une légende urbaine. Le genre de trucs qu’on se parlait dans la cours d’école, au primaire!

—    Non, non. J’ai déjà entendu parler qu’il y aurait une version, pas avec Arnold et Silvester Stallone mais ça s’appelle comme ça et c’est fait avec un très petit budget. Ça aurait été tourné quelque part en Afrique…

—    En Afrique? Ils savent se servir d’une caméra là-bas?

—    Sûrement. En tout cas, si c’est pas l’Afrique, c’est un pays pauvre du genre.

—    L’Afrique, c’est pas un pays, c’est le continent.

—    Je sais mais vous comprenez ce que je veux dire. De toute façon, on se perd là : l’important, c’est que Rambo contre Commando est le film que j’aimerais trouver aujourd’hui.

Nous gardons le silence un moment. Nos trois films sont maintenant choisis. C’est un petit jeu auquel on s’adonne à chaque année et même si on sait qu’il est impossible de trouver ces VHS ici en Estrie, on le fait quand même. C’est amusant et c’est sacré. C’est une tradition. Comme Noël ou Pâques. Mais au lieu de recevoir un séchoir à cheveux et du chocolat, on revient avec toutes sortes de découvertes (qui ne sont pas celles formulées en début de journée mais qu’importe!) inattendues.

Je salive déjà en tentant de deviner quelles belles surprises m’attendent en cette journée.

Ma dernière.

 
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Publié par le juillet 25, 2010 dans Uncategorized

 

B(2)

B

Par Jonathan Reynolds


Épisode 2

Parce qu’un chandail japonais de Roger Corman, ça veut mieux qu’une armure.

Aujourd’hui, c’est ma dernière journée, l’ultime journée avant la guerre. Celle d’un passionné contre l’ennemi juré : DVDBuster. C’est cette compagnie américaine qui, installé à quelques rues de mon club vidéo, a tué mon rêve. Si je ne peux pas m’en prendre à une telle entité, je peux au moins détruire la succursale qui a imposé son règne dans le quartier. Comme à de nombreux autres endroits en Estrie (et sans doute à plusieurs autres endroits au Québec et qui sait, en Amérique du Nord), DVDBuster a mis fin à une ère de petits clubs vidéos de quartier, ceux qui n’avait pas des tonnes de copies mais une belle variété et un service humain. Un service vrai, pas calculé. Bonjour, bienvenue chez DVDBuster. (Après quelques minutes, le temps que le client commence à errer) Est-ce que je peux vous aider dans vos choix? Avez-vous vu le dernier film de Vin Diesel? Tout est calculé. Le dernier film de Vin Diesel? Il ne fait pas de film, pauvre con, ce n’est que l’acteur. Si tu avais de la culture un tout petit peu, tu dirais : le dernier film avec Vin Diesel. Non, si tu avais le moindrement de culture, tu ne suggèrerais même pas ce film-là. Tu remonterais dans le temps et tu ferais comme mon frère et moi dans les années 80 : tu irais chez Au Roi du Vidéo. Là, il y avait du choix. Je m’en souviens : des milliers de cassettes toutes alignées et toute différentes! Le club a fermé dans les années 90. Ou sinon, tu irais Chez Renaud, situé dans le sous-sol d’un dépanneur, comme quand j’étais ado et qu’avec mes amis, on dévorait les pochettes avec nos yeux de fans. Dans ce temps-là, ce n’était pas les photographies d’acteurs qui apparaissaient sur la pochette (je sais, je sais : ce sont les acteurs qui font vendre le produit… et bien, moi, ce n’est pas un produit que je veux, c’est un film), c’était des dessins, c’était de l’art. Des illustrations souvent étranges, souvent déstabilisantes. Hier, c’était l’ère de la passion. Aujourd’hui, c’est le temps du conformisme. Donc, allez-y, continuez d’aller chez DVDBuster. Après tout, c’est ce que vous voulez. C’est plus facile et ça coûte moins cher d’aller chez DVDBuster (Ils le mentionnent dans la publicité, à la télévision).

Je n’en ai plus rien à foutre.

Demain, le sang coulera. Le sien. Ensuite, le mien.

Aujourd’hui, je vais m’amuser. D’ici quelques minutes, mes amis PM (surnom de Benoît, qui lui vient à cause de ses nombreuses peaux mortes sur le visage) et Larry Cohen (surnom de Tom, qui lui vient… Si tu avais un peu de culture, tu saurais qui est Larry Cohen et pourquoi Tom aime se faire appeler ainsi). Deux vrais passionnés comme moi. On se connaît depuis le secondaire. PM rêve d’avoir un ciné-parc pour faire revivre l’époque perdue des GrindHouse. Et Larry Cohen, lui, rêve d’être assis dans ce même ciné-parc pour y regarder Zombie Holocaust, ou Faster, Pussycat! Kill! Kill! (Ou encore un film de Larry Cohen, le vrai pas lui; Tom ne fait pas de film).

Et moi, je ne rêve plus.

Je vais juste m’amuser. Et à voir l’éclairage chaleureux du soleil qui embrase la cime des arbres, au loin, ça va être une très belle journée. Une journée chaude, une vraie belle journée de juin. Le temps de la passion.

J’ai enfilé pour l’événement mon chandail japonais de Roger Corman. Au Québec, je dois être un des seuls à avoir cet item. C’est mon frère, qui habite maintenant au Japon, qui me l’a envoyé. On y voit le visage du cinéaste couvert de sang avec des symboles asiatiques un peu partout autour de la tête. Je n’ai aucune idée de la signification de ces caractères mais pour moi, ça doit être écrit : Hommage à Roger Corman, génie que l’on oubliera jamais. Ou quelque chose comme ça. Avec cette pièce de collection sur le corps, je suis invincible. Je suis un vrai fan. Je suis l’ultime guerrier des Séries B.

Je ne l’avais jamais porté avant. La journée d’ouverture des marchés aux puces est l’occasion où jamais. L’ultime journée avant la fin.

J’entends le grondement de la voiture de PM. S’il est fidèle à ses habitudes, Larry Cohen sera endormi sur le siège passager. Peu importe la longueur du trajet, il s’endort presque à chaque fois qu’il monte en voiture. Et comme il ne conduit jamais, c’est plus rassurant pour nous. Un accident, ça n’est jamais bien drôle. À part dans un film, c’est évident.

La Ford Escort apparaît entre deux rangées d’arbres. Et comme je l’avais prévu : Larry Cohen est endormi, la bouche ouverte comme s’il tétait un mamelon de Karen Black. PM gare sa voiture et s’empresse d’en sortir, sourire aux lèvres. Je me relève du capot de ma propre voiture et me dirige vers lui pour lui serrer la main.

—    Ça va être toute une journée! me lance-t-il d’un ton enjoué.

—    Mets-en.

Pendant quelques secondes, mon regard reste accroché à ses joues sur lesquelles pendent de minuscules peaux mortes, plusieurs dizaines de petits lambeaux qui ont souvent dégoûté de nombreuses filles.

—    Et bien, j’ai dormi, on dirait…, constate Larry Cohen en sortant à son tour de la Ford Escort.

Je lui réponds en le citant :

—    « Je vais juste me fermer les yeux quelques secondes les gars » Est-ce que tu t’en souviens quand tu t’endormais tout le temps pendant les films?

—    Oui, c’est vrai! Et quand on avait regardé un des Vendredi 13, j’avais rêvé que je me faisais courir après par Jason, il finissait par m’attraper pour me donner un coup de machette. J’avais plein de sang au visage. Quand je me suis réveillé, ce n’était pas du sang mais ma propre bave qui m’avait coulé dessus.

—    Ach! Dégueulasse! J’avais oublié ça, lui répond PM.

—    Ça valait peut-être mieux ainsi, que je suppose, en rigolant.

Mes amis se tournent vers moi et me fixent d’un air surpris.

—    Qu’est-ce que vous avez, les gars?

—    Ça fait du bien de te voir rire. Ça fait longtemps.

J’hausse les épaules.

—    Pas si longtemps que ça quand même.

—    Oh oui, rétorque Larry Cohen, très longtemps.

—    Au moins un bon mois, précise PM.

En y pensant bien, ils ont raison. Avec la fermeture de Nocturne club vidéo culte et le stress, je ne trouvais plus le temps de rire.

—    C’est qu’aujourd’hui, c’est spécial. C’est notre journée!

—    Comme à chaque année, approuve PM. On est les rois des marchés aux puces!

Je me racle la gorge et lève un poing vers le ciel bleu.

Les guerriers des Séries B!

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Rendez-vous le 25 juillet pour l’épisode 3!

 
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Publié par le juillet 22, 2010 dans Uncategorized

 

B (1)

Pendant que vous attendez la tombée de la Nuit, celle du Tueur, je vais partager avec vous un feuilleton exclusif, comme je l’avais fait dans le temps du défunt site HorreurQC, en 2003, qui était tenu par Empereur Ghoule.

Cette fois-ci : 13 épisodes.

Fréquence : À tous les 3 jours.

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B

Par Jonathan Reynolds

C’est le total démembrement!

– Démence

Épisode 1

Parce qu’on veut tous être des Toxic le Ravageur.

Mon rêve est mort hier matin.

Nocturne club vidéo culte a fermé ses portes un peu avant midi hier. Aujourd’hui, qu’est-ce qui me reste? Du haut du Mont-Bellevue, je contemple la ville de Sherbrooke, les yeux embués de larmes. Le soleil se lève et colore l’horizon d’un jaune-rouge flamboyant. Il y a une semaine, j’aurais trouvé ça très beau, la nature omniprésente dans la Reine des Cantons de l’Est baignée de cette lumière matinale, chaleureuse. Mais maintenant, je suis tellement déçu par ce qui vient de se passer. Et je ne suis pas le seul à qui c’est arrivé, beaucoup d’autres petites entreprises indépendantes ont dû fermer leurs portes. Les endroits personnalisés, les endroits fondés par les gens d’ici, la plupart n’existent plus. Pourquoi? Quelle question! Est-ce partout pareil? L’être humain est-il devenu aussi peu passionné, sinon pour une seule chose!?

L’argent.

L’argent ne fait pas le bonheur. Non? Mais en tout cas, ceux qui en ont le plus ont plus de chance de voir leur rêve survivre, à supposer qu’ils en aient.  Pourquoi? Parce que les rêves, ça coûte de l’argent. Et pour faire de l’argent, il faut de l’argent.

Fuck you l’argent! Fuck you le profit! Fuck you la société de consommation et ce non-sens où tout le monde dévore tout le monde. Fuck you cette course dès la naissance… Demandez et vous recevrez. Est-ce que j’ai demandé ce deuil moi? Non. Sois plus positif. J’ai déjà fait ma part. Mais au bout du compte, ce sont les plus gros qui gagnent la course. Une course pour quoi? Quelqu’un peut me répondre? Pourquoi? Moi, je ne vois pas de raison. Parce qu’à la fin, on gagne quoi? Rien du tout, on meurt.

Alors pourquoi?

Pour suivre le troupeau?

Et bien, moi, j’ai tenté de faire différent. J’ai essayé de paver mon propre chemin, celui de la passion, pas celui du portefeuille et de la sécurité. D’écouter mon cœur. De réaliser mon rêve (Oui, je sais, comme ça, ça ressemble à des titres de psycho-pop…). De faire revivre, en mettant sur pied un tout petit club vidéo spécialisé dans les films de Série B, un projet qui était mort des années avant, un projet d’un ami auquel je croyais, le Petit Musée de l’Imaginaire. Mal situé, sur une rue non passante, cet endroit où régnaient la passion et l’amour des genres psychotroniques a dû fermer ses portes. Pourquoi? Pour la même raison que mon propre projet, où étaient célébrés les films d’horreur rares, les Western Spaghetti, les Blaxploitation, les Mondo, les Rape and Revenge, les Sexploitation, est mort : les grosses chaînes. Ils ont la masse. J’avais une poignée de passionnés qui venaient tripper dans mon club vidéo. Mais que peut une centaine de clients satisfaits contre la masse? Elle peut tenter de soutenir un rêve, mais lorsqu’elle se fatigue, qu’elle s’épuise et prend une pause, ça tombe. Peu importe les bonnes valeurs des gens, peu importe l’énergie positive, peu importe… les gens vont toujours aller là où ça coûte le moins cher, là où c’est plus facile. Et où est-ce? Chez les grosses compagnies, chez cette poignée de riches, qui ont toujours une longueur d’avance.

Mais ils n’ont pas la passion, eux.

C’est vrai, mais ils sont encore debout, les exploiteurs et les destructeurs. Mais plus pour longtemps. Parce que je vais me lever. Je vais agir.

Pour vrai.

Habituellement, nous, Québécois sommes les meilleurs pour critiquer, chialer, lever des pancartes. Mais à la fin de la journée, on retourne chez Wal-Marde et cie. Vive le Québec libre! Mais que reste-il de notre Québec une fois que les chaînes venues d’ailleurs ont tout acheté?

Où elle est notre identité une fois les protestations éteintes?

Moi, ce ne seront pas des pancartes et des mots.

Ils ont tué mon rêve? J’ai encore une petite étincelle qui brûle en dedans.

J’ai passé la dernière semaine à tout liquider, en masse et à des prix ridicules. Toute ma collection s’est envolée en peu de temps. À chaque fois, c’était comme un coup de poing dans la gueule. À chaque film qu’on m’achetait, c’était une partie de mon rêve qui me quittait, à jamais. Une partie de moi.

Depuis le tout début, j’y avais investi mon temps, mon énergie, mon âme. Depuis l’instant où j’avais acheté le premier film sans même savoir qu’il s’agissait de la première brique qui allait construire Nocturne club vidéo culte. Depuis le moment où j’avais aperçu un petit local à prix modique sur la rue Wellington. Depuis mes 80 heures semaine pour combiner mon emploi de commis de plancher et ma présence au club vidéo.

Depuis, j’ai perdu mon âme.

Mais maintenant que je n’ai plus rien, maintenant que je suis nu comme un ver, je n’ai qu’une chose en main. La vengeance.

Ma valise est pleine d’armes, les outils du changement. Je vais y laisser ma peau, mais quelques têtes vont rouler avant. Je me répète : je n’ai plus rien à perdre. Et aussi, quand on le veut, on peut tous être des Toxic le Ravageur!

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Rendez-vous pour l’épisode 2 : 22 juillet

 
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Publié par le juillet 19, 2010 dans Uncategorized

 

Après la Nuit…

« Le lendemain, dans un trou au cimetière, on retrouva le corps d’Alex couvert de blessures au visage. Des coups de pelle apparemment. »

Ces deux phrases, écrites avec mon propre sang, sont les deux premières de « La Nuit du tueur ».

Survivrez-vous au carnage?

Automne 2010

 
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Publié par le juillet 14, 2010 dans Uncategorized

 

Je suis enceinte!

Oui, oui… et je vais accoucher de trois histoires dès l’automne 2010 :

– la nouvelle « Cendrillon et les sept petits lits » dans Brins d’Éternité no.27. Résumé : Une route dans la nuit, deux hommes et une Cendrillon.

– la novella « La nuit du tueur » dans la collection Série Obscure aux Éditions Z’ailées. Le livre qui devait sortir ce printemps mais qui a été repoussé de quelques mois… juste à temps pour l’Halloween! Cette histoire a été écrite en même temps (printemps 2009) que mon roman jeunesse « Déguisements à vendre » publié dans la collection Zone Frousse. Bientôt, je remettrai en ligne les noms des dix gagnants du concours, qui se mériteront un exemplaire signé du livre. Résumé : Une autre journée à l’École Secondaire de Bromptonville, une journée comme les autres? Non. Car le tueur rôde, muni de sa pelle rouillée, en quête de sang!

– le roman jeunesse « Pages de terreur» dans la collection Zone Frousse aux Éditions Z’ailées. Il s’agit de ma troisième contribution à cette collection après « Cris de sang » et « Déguisements à vendre ». Je l’ai écrit dans le courant de l’automne 2009.  Résumé : Félix n’a pas d’autres amis que les livres. Et parfois nos meilleurs amis peuvent se révéler nos pires ennemis!

Sinon, côté écriture, ça avance bien de mon côté. Je travaille présentement sur la réécriture d’un manuscrit pour la maison d’édition Coups de tête. J’avais soumis à Michel Vézina une première version qu’il trouvait maladroite, il m’a conseillé de passer un bon coup de rabot là-dedans. C’est ce que je fais. Un gros merci à Pierre-Luc Lafrance et Dominic Bellavance pour leurs précieux conseils qui m’aident énormément dans ce projet. J’en suis rendu à environ 12000

Côté soumission, j’ai deux nouvelles en attente : une plus longue est entre les mains de la revue Solaris (une nouvelle fantastique qui se déroule dans la ville de Québec) et une plus courte est sous le regard de la revue Alibis (il s’agit de la nouvelle noire « La mort de Vanessa Paradis » que je vous avais fait lire il y a quelques temps sur ce blogue). Je touche du bois en attendant le verdict…

 
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Publié par le juillet 10, 2010 dans Uncategorized