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Archives Mensuelles: août 2010

Brins d’Éternité 27

Dans quelques temps, le 27e numéro de la revue BRINS D’ÉTERNITÉ verra le jour, numéro dans lequel vous pourrez lire ma nouvelle «Cendrillon et les sept petits lits». Et ce n’est pas la seule raison pour vous abonner! Il y a des nouvelles de Pierre-Luc Lafrance, Geneviève Blouin, Marius Mars, Hans Delrue, Michel Gingras, Alexandre Lemieux, Martin Dubois et une BD de Marc Pageau. Vous en voulez plus? Il y a aussi des articles : une rétrospective de Fantasia, des critiques de livres, de fanzines ainsi qu’un essai de Frédérick Durand sur « L’écrivain-cinéaste Mario Mercier »!

Intéressé(e)s? C’est par ici : http://www.revue-brinsdeternite.com/

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Publié par le août 30, 2010 dans Uncategorized

 

B – épisode final

Épisode 13

Parce que tant qu’à en finir, autant le faire comme Gunnar Hansen

— Lâche ton arme, maudit malade! me répète un des policiers.

Je me détourne d’eux et de la foule pour jeter un dernier coup d’œil à ma droite, au-delà des maisons, à ce paysage divin, celui d’un champ qui semble s’étendre à l’infini. C’est la dernière fois que je contemple quelque chose d’aussi beau. Adieu, l’Estrie.  Parce que maintenant, c’est l’enfer qui m’attend. Et il paraît que c’est un peu moins beau là-bas.

Pendant quelques secondes, je ferme les yeux. Des visages apparaissent dans la noirceur de mon esprit. Des dizaines, plusieurs dizaines, en rafale, des visages des ex-clients de mon défunt club vidéo. Olivier, le sympathique Olivier à qui j’avais fait découvrir May, véritable bijou inconnu. Il venait le louer au moins une fois par semaine. Je lui disais que ça lui coûterait moins cher de se l’acheter, ce film. Mais il me répondait qu’il aimait venir louer chez moi.  Des passionnés qui auraient soutenu le projet jusqu’à leur mort s’ils avaient pu. Mais personne, dans ces autres rejetés de la société, n’était riche. Quelques-uns appartenaient peut-être à la classe moyenne mais aucun au-dessus (eux préfèrent les vrais films sérieux… Non mais vous imaginez vraiment un juge fan du film Bad Taste ou Basket Case? Pas moi en tout cas.). Parfois, on fonctionnait par troc, on s’échangeait des cassettes… et moi qui croyais vraiment que j’allais réinventer le monde, que j’allais créer une différence dans la culture. Quel con! Mon ex avait raison : ce projet-là n’était pas fait pour marcher dans un petit patelin comme Sherbrooke. Mais il est un peu tard pour lui avouer qu’elle avait raison. Tant pis. Avec un peu de chance, je vais la revoir en Enfer. Oui, c’est vrai : je sais que je n’avais pas fait d’études de marché pour connaître les besoins spécifiques de la région. Suis-je un homme d’affaires qui calcule tous les risques avant de peut-être entreprendre un projet? Non, je suis un passionné. J’étais. Un club vidéo de moins, le monde ne se porte pas plus mal (ni mieux mais en tout cas…), il continue à tourner, à consommer chez les plus gros, chez les Américains. Des petits meurtres à deux dollars de réduction. C’est moins cher chez l’autre, baisse tes prix sinon tu vas mourir! C’est ça, continue d’aller chez celui qui peut acheter en tonne de copies, lui, il ne te volera pas, comme moi. Arrête de me prendre en pitié, vas-y! Ne fais pas l’hypocrite, tu en meures d’envie! Une fois que tu vas avoir payé moins cher chez l’autre, ne viens pas me vanter ton beau pays, ton Québec libre. Ne viens surtout pas te demander pourquoi les choses ne changent pas. Et ne viens pas pleurer. Mais non, voyons, tu vas me parler que les temps sont durs, la crise… Ah oui? Dans ce cas-là, ne viens pas me raconter que tu t’es payé un voyage parce que tu n’endures plus l’hiver. Les temps sont durs? Mais tu as l’argent pour aller dans le sud, par exemple! Tu l’aimes tellement notre Québec que tu sacres ton camp quand tu le peux. Mais tu sais où mettre ton X quand tu votes par exemple… Tu vas venir m’engueuler que mes prix sont plus chers, tu te fâches même parfois, tu es prêt à t’engueuler pour quelques dollars. Mais ta caisse de bière, elle, ne te coûte jamais trop cher. Surtout pas le 24 juin! C’est drôle, non? Ta vie te coûte cher? Réfléchis à tes actes et consomme en fonction de la société que tu veux construire. Ah? Tu trouves que je ne suis pas bien placé pour te faire la morale? Peut-être. Mais au moins, j’aurai essayé. Je ne suis pas allé aussi loin que j’aurais voulu à cause de ces trois mongols. Je voulais tellement m’amuser aujourd’hui. Comme tout le reste, c’est raté.

Tu pourrais aussi me dire que je suis encore trop jeune? Que je ne m’exprime même pas en vrai Québécois?  Ben voici la preuve que j’le suis comme toé : Chu un Tabarnak de Câlisse d’Ostie de Saint-Ciboire de Crisse de Calvaire de Québécois, t’es-tu content, là?

J’étais. Parce que là, je suis un homme mort.

Comme pour Nocturne club vidéo culte. Les gens n’auront rien vu, ni la naissance, ni le feu de paille, ni la fin. Ils sont trop occupés à regarder Occupation Triple et Histoires de loft.

Mon rêve.

C’est maintenant du passé. Comme moi.

J’ai une dernière pensée pour Ed Wood, ce génie incompris.

Lorsque mes paupières s’ouvrent, un rideau de larmes envahit ma vue. Comment l’enfant souriant que j’étais en est rendu là, le corps couvert de sang? Je ne sais plus. Je n’ai plus qu’une chose en tête : la fin, une finale qui doit marquer les esprits, juste avant le générique où mon nom apparaîtra en premier, dans le rôle principal (le gars qui a perdu les pédales, le maniaque). Mon cœur s’arrête pendant un moment. Ça y est, on y est.

J’y suis.

Je chuchote : « Les films de série B ne mourront jamais… » Je lève ma tronçonneuse en l’air et commence à danser avec dans l’éclairage rougeâtre du soleil sur son déclin. Un peu comme dans Massacre à la Tronçonneuse, mais aucun des policiers présents ne doit comprendre pourquoi je valse ainsi. Ils ne saisissent pas la référence. Ils ne voient qu’un fou dangereux. Bientôt, ils vont tirer. Je vais aller rejoindre mon rêve.

Ils vous survivront, société sans culture…

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Et voilà, c’est fini!

Rendez-vous en librairie cet automne pour « La nuit du tueur »!

 
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Publié par le août 24, 2010 dans Uncategorized

 

B(12) – Une journée d’avance

Même si l’épisode 12 de B était supposé être disponible demain, je le mets en ligne aujourd’hui car demain je n’aurais pas mon ordinateur sous la main. Bonne lecture!

Épisode 12

Parce que les moustachus pensent tous que c’est la faute de Marilyn Manson.

Une enfance made in China. (Joyeux Noël, mon gars, tiens on t’a acheté des jouets fabriqué par des enfants dans une usine de Chine, au Walmarde, parce qu’on préfère payer cinq dollars de moins pour ton jouet). Une enfance où on te fait croire que la magie existe, le père Noël, la justice et tout… Paf : tout à coup, plus rien de ça n’est vrai. De la merde.

Fuck!

Il faut que tu sois adulte et que tu te démerdes dans la vie. Vas-y, travaille, avec le sourire à part de ça! Tant qu’à ça, le prochain coup, pensez-y avant de faire un enfant. Parce que moi, je n’ai jamais demandé à venir au monde (et venez pas me faire un petit sermon empreint de spiritualité et d’ésotérisme du genre : oui, on choisit tous notre destin avant de naître et on choisit même nos parents et blablabla). Mon destin? Vous en en voulez du destin? Je vais vous en donner, moi! Maintenant, regardez-moi, je suis un vrai monstre made in Hell!

Je suis là, couvert de sang, une tronçonneuse à la main, devant une foule qui me fixe comme si j’étais la pire abomination qu’ils ont vue de leur vie.

C’est peut-être vrai. Mais quand même…

Vous n’en voyez pas déjà assez aux nouvelles du soir, en mangeant votre petit rôti de lard (tué il y a quelques semaines dans un abattoir près de chez vous… ça, c’est si vous êtes chanceux parce que ça risque de venir de plus loin.)? Non, pour vous, je suis le démon incarné, c’est ça? Allez, continuez me de dévisager, je soutiens votre regard. C’est vous qui baissez les yeux, non?

Malaise. Et ce n’est pas en moi.

Parce que moi, je me sens bien. Mon cœur bat comme jamais. Je me sens vivant et pour être franc, je trancherais bien d’autres têtes. Tant qu’à en finir aujourd’hui, tant qu’à ne pas aller au paradis, autant m’amuser au maximum! Pourquoi vous ne voulez pas vous battre? Hein? Oh, vous attendez les policiers. Eux sauront ramener l’ordre, c’est ça?

Tiens, quand on parle du loup. Ils apparaissent aux premières lignes de la foule. Ils sont quatre, revolver au poing.

—    Lâche ton arme, maudit maniaque! me lance l’un d’eux (un moustachu avec des lunettes fumées).

Qu’est-ce que mes parents penseraient s’ils me voyaient là, en ce moment? Ils ne seraient pas fiers de moi, c’est sûr. L’ont-ils déjà été? Sûrement dans le temps du secondaire quand je participais aux spectacles de l’orchestre de l’école et que je jouais de la grosse caisse. Là, j’étais un héros pour eux. Où est-il rendu ce maudit héros? Pas ici en tout cas. Les héros, ça n’existe que dans les films. Les autres, ils le font pour la caméra, aux nouvelles. Et dire que j’y ai cru, à tout ça. J’ai cru que l’être humain était bon et tout.  Je m’en souviens très clairement : je faisais ce qu’il faut pour réussir dans la vie, dans la belle société. Bravo, mon gars! Mais maintenant que je me rebelle contre ce système qui n’a pas voulu de moi tel que je le suis (où elle était l’aide et la compassion de la société quand j’en ai eu besoin, hein?), qu’est-ce qu’ils me diraient?

—    Fuck you! que je réponds au policier.

Des murmures naissent et circulent dans la masse. « Les jeunes de nos jours! » « Ces maudits films d’horreur, ça ne devrait plus exister! » « C’est de la faute à Marilyn Manson » (Ben oui, il existait dans le temps d’Hitler et de Napoléon, c’est sûr!) C’est ça, continuez de chuchoter vos clichés puants, moi, je n’ai pas peur de vous parler à voix haute, de vous crier :

Allez tous chier! Je vais tous vous tuer, un à un!

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Rendez-vous le 24 août pour le dernier épisode, le 13e.

B : la conclusion, comment cela finira-t-il?

 
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Publié par le août 20, 2010 dans Uncategorized

 

B(11)

Épisode 11

Parce que Vampirella 2 est aussi vicieuse que l’originale.

Bientôt la police va arriver. Je remarque des curieux attroupés à une bonne dizaine de mètre de la zone de carnage. Et que reste-t-il dans cette zone?

Des tables renversées, des VHS baignant dans le sang de cadavres mutilés. (L’image résume bien ce que les grosses chaînes sont en train de faire : saigner à blanc les petites compagnies et éliminer peu à peu ce qui n’est pas du best-seller, du block-buster). Le décompte : Richard mort / Larry Cohen mort (ça fait donc 1 / 1… le match est loin d’être terminé) et bien sûr le pauvre propriétaire qui n’a plus ses tripes.

Où est PM? Je le remarque, à ma droite. Il est debout (donc, vivant!) mais il ne bouge plus. Sa bouche est ouverte. Il ressemble à une statue. Jamais il n’a dû participer à une telle boucherie avant. Moi non plus, mais disons qu’en rêve, je me suis pratiqué longtemps avant aujourd’hui. Et je n’ai même pas encore sorti le gros arsenal!

Mais là, c’est le temps (dans mon esprit joue le riff de Flash of the blade, d’Iron Maiden). Je me tourne vers ma voiture… pour réaliser que Carl vient d’ouvrir le coffre arrière. Non! Comment a-t-il fait? Il tient une barre à clou. Je l’entends rire : « Je le savais qu’il cachait de beaux joujoux! » Je le vois fouiller à l’intérieur. Le salaud! Il ne sait pas ce qui l’attend…

Je cours vers ma Pontiac jaune, saute sur le capot, sur le toit et atterrit de tout mon poids sur la portière de la valise.

— Mon osti de chien!

Crac!

— AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHH!

En souriant, j’admire ma nouvelle œuvre : Carl qui fixe ce qui lui reste de bras : deux moignons saignants (et pas à peu près : quelles giclades, mes amis!). Il a même l’air de se demander où sont passé ses avant-bras, ses mains… Quel air stupide!

—    Hé, mognon-man, on ne fouille pas dans mes affaires, que je lui crache au visage.

—    AAAAAAAAAAHhhhh! continue-t-il de pleurer.

S’il avait remarqué les petites lames sur les rebords de la valise, il ne serait pas en train de brailler comme un bébé en ce moment. Et de m’asperger de son sang.

Je lui fous un coup de pied dans la gueule (un peu comme dans les bons films de ninjas mais en moins bien quand même!). Il tombe sur le dos, les deux fontaines sanglantes en l’air. Il crèvera à petit feu. Je descends à mon tour. Comme si j’avais été sourd pendant un instant, je perçois à nouveau les bruits ambiants. Les cris des curieux, les dégueulis de PM et surtout… surtout le grognement du trouvez-lui-un-nom-à-la-fin! Il n’a plus peur de moi, ça paraît, il semble même avoir reprit du poil de la bête.

—    J’ai tué tes deux petits-amis… C’est à ton tour maintenant.

J’entends les sirènes. La police arrive. Il ne me reste que quelques minutes pour en finir avec ce tas de merde. Je me retourne vers mon arsenal.

Des couteaux de boucher, une hache, une machette et ma préférée : la tronçonneuse. Je l’ai baptisé Vampirella 2 parce que, comme l’originale, elle aime mordre ses proies. Je l’ai saisi (sans préliminaire, elle aime ça à la façon brutale) et la brandit devant moi.

—    Amène-toi, pauvre tapette! que je crie en me tournant vers mon ennemi.

Il n’est plus là. Où est-il?

—    Non! gémit PM.

Je regarde vers lui. Mon ennemi juré est derrière lui et l’étrangle avec un ruban de VHS.

—    C’est qui la tapette, maintenant? grogne-t-il, un air maniaque plaqué au visage.

Les yeux de mon ami se révulsent, il manque d’air.

—    C’est toi, que je réponds en tirant sur la corde pour activer Vampirella 2.

Rien ne se passe (je continue quand même d’avancer). Celui-qui-va-en-manger-toute-une éclate de rire.

— Tu n’as plus de gaz, on dirait?

J’arrive juste en face de lui, sans un regard pour le pauvre PM. Il est peut-être déjà mort? (dans ce cas, on se retrouve tous de l’autre côté, je n’en ai plus pour longtemps ici… J’espère qu’ils ont une belle sélection de films en Enfer!).

— Comment tu vas pouvoir me tuer, hein?

Rapidement, j’accote la lame dentée de la tronçonneuse sur le cou du mort-sans-nom (c’est ça, fais ton brave et ne bouge pas!) et je tire la corde à nouveau. Cette fois-ci, elle prend vie, comme une glorieuse reine  morte-vivante!

—    Sale…

Je ne saurais jamais de quel nom il voulait me traiter. Sale con? Sale lavette? Sale… Au fond, je m’en fous : je jubile quand les dents de Vampirella 2 s’enfoncent dans la chair de cet étron. Il rugit comme une truie. Tu n’es plus capable de parler? Je vais moi-même compléter ta phrase :

—    …

Moi non plus, je n’ai pas le temps de dire un mot. Du coin de l’œil, je vois la présence de deux voitures de police. Ils ne m’arrêteront pas les salauds!

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Rendez-vous le 21 août pour l’épisode 12! J’espère que vous aimez votre pop-corn bien rouge!

 
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Publié par le août 18, 2010 dans Uncategorized

 

Ça, ils ne me l’ont pas pris.

Ce matin, je me suis fait voler mon vélo. La ou les personnes qui ont fait ça ont dû agir à la vitesse de l’éclair parce que entre le temps où je le cadenasse dans un endroit où il y avait plein d’autres vélos et où je suis revenu pour constater qu’il n’était plus là, il s’est passé moins de dix minutes. Les salauds.

Mon père m’avait donné ce vélo vers la fin de 2004, pour célébrer la fin de mon Baccalauréat multidisciplinaire. Je l’aimais beaucoup, j’en prenais soin. Toutes les ballades que j’ai pu faire avec… Tout ce qu’on m’en avait volé avant, c’était le siège. Alors, à partir de ce moment, je traînais le siège avec moi. Mais là, tout ce qui me reste du vélo, c’est le siège entre mes mains et un cadenas coupé, abandonné par terre.

Mais vous savez pourquoi c’est quand même une bonne journée, et même une maudite bonne journée? C’est parce que mon groupe préféré, depuis l’enfance, sort aujourd’hui son 15e album en carrière et que je me retenais depuis longtemps pour ne pas aller télécharger la moindre chanson… pour me garder la surprise. Et bien ce matin, lorsque je suis allé acheter The Final Frontier d’Iron Maiden, c’est moi qui ai eu la surprise en sortant du magasin Archambault : mon vélo avait disparu!

Qu’à cela n’en tienne : après la colère, puis un vague désespoir, j’ai ressenti en dedans une joie, une joie qui s’est déployé de plus en plus : en arrivant chez moi, j’allais écouter ce nouvel album pour me consoler. Que les voleurs aillent se faire foutre!

Confortablement installé sur ma galerie, j’ai commencé l’écoute de The Final Frontier alors que le vent caressait de son souffle chaud les feuilles des arbres tout autour de moi. Au début, j’étais un peu désorienté parce que pendant quelques minutes, la première pièce ressemble à un chaos sonore, comme si on était perdu dans l’espace intersidéral… et c’est en plein ça, on navigue avec le groupe vers ces territoires inconnus, vers cette frontière ultime. Le plus long album de leur carrière mais celui qui m’a semblé passé le plus rapidement aussi. C’est leur meilleur depuis longtemps, au moins depuis Brave New World, sorti en 2000, sinon depuis Seventh Son of a Seventh Son, qui a vu le jour en 1988. Aussi progressif que A Matter of Life and Death mais plus diversifié, moins sombre. Le groupe s’est permis, en plus des mélodies accrocheuses auxquelles on peut s’attendre, quelques passages plus expérimentaux, plus audacieux. Et que dire des refrains : portés par la voix puissante de Bruce Dickinson, ils sont épiques à souhait. Les puristes qui n’aiment que les vieux albums peuvent toujours chialer contre tout ce qu’Iron Maiden sort depuis les dernières années mais moi j’aime tous leurs albums pour différentes raisons. Je n’aimerais pas qu’ils fassent un Number of the Beast 2 et ce n’est pas leur genre non plus. Si les albums des années 80 offraient une fougue, une énergie pure, les plus récents proposent un Heavy Métal plus mature. Oui, par moment, c’est plus rapide mais pas toujours ; les pièces sont composées de façon beaucoup plus complexe qu’avant et prennent parfois plusieurs écoutes pour accrocher. Ce ne sont pas des hits, des tubes à la mode (et jetables après usage) ni du Métal-in-your-face. Non, Iron Maiden offre à ses fans une musique plus subtile, plus travaillée et je les remercie pour ce beau moment qui m’a remonté le moral, qui m’a rappelé que je valais plus qu’eux, ces p’tits cons qui sont parti avec mon vélo et qui n’ont que ça à faire pour remplir leur vie…

Pendant l’écoute, je souriais et je me suis répété : qu’ils aillent se faire foutre, les voleurs. Cette musique, ils ne pourront pas me l’enlever.

Parce que les objets, ça se vole mais pas la musique, ni les souvenirs. Comme chaque album d’Iron Maiden est pour moi source de nombreux souvenirs (écoute entre amis/spectacles/moments d’écriture/etc), mon vélo l’était aussi. Et au fond, même si c’est vraiment chiant de se faire voler, les voleurs ne m’enlèveront jamais les bons moments que j’ai vécu avec ce vélo, toutes les ballades que j’ai pu faire en pleine nature ou simplement en pleine ville. Ça, ils ne pourront jamais me l’enlever.

Ni la musique, en dedans de moi. Non, ils ne pourront jamais me l’enlever.

Iron Maiden

The Final Frontier

http://www.ironmaiden.com/

Pour en entendre un extrait :

http://www.youtube.com/watch?v=PF7s1esAptg

 
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Publié par le août 17, 2010 dans Uncategorized

 

B(10)

Épisode 10

Parce que parfois Santo devrait donner un coup de main à Coffin Joe pour combattre une horde de Ninjas en furie.

Non.

Impossible.

Je n’y crois pas : la poitrine de Larry Cohen explose en sang. Mon ami tombe ensuite sur la table garnie de films. Sa main tient toujours la cassette La taverne sanglante. Je prends quelques secondes à réaliser ce qu’il vient vraiment de se passer.

Et la VHS tombe, comme mon ami lâche son dernier souffle.

Puis, je les vois. Eux. À quelques mètres de moi se trouvent no-name (avec le fusil encore fumant) et ses deux esclaves. Richard et Carl.

Si la surprise m’a paralysé il y a un moment, la colère, elle, fait monter l’adrénaline en moi. Une adrénaline noire.

La rage.

En moins de deux, je saute sur le trop-ignoble-pour-mériter-un-nom. Je ne sais pas comment j’ai fait, il ne m’a jamais vu venir. Et maintenant je serre sa gorge encore plus fort que quand j’étranglais mon ex.

—    Crève, maudite charogne!

Je vois noir tout à coup. Des éclairs strient mon regard. Une vive douleur déchire l’arrière ma tête. On m’a frappé.

Mais ça ne m’arrête pas. Je hurle ma furie en me projetant vers l’arrière. J’heurte quelque chose ou quelqu’un qui tombe en lâchant un « Câlisse! » de douleur.

Moi, je réussis à rester debout. Je ne vois toujours rien mais je frappe dans le vide. Mes jointures s’écrasent sur une surface à la fois dure et molle. Un nez? J’espère bien. Mes yeux se remettent à fonctionner. Au travers de petits points verdâtre qui envahissent ma vision pour un moment, j’aperçois un corps par terre, devant moi. Celui de Richard, le nez en sang. Il n’est pas mort (pas encore…), ses épaules sont secouées de sanglots.

—    Pauvre petit fif à sa maman, il pleure…, que je me moque.

—    Et toi, tu crèves! hurle le nom-trop-moche-pour-être-révélé en pointant le canon de son fusil vers moi.

Il appuie sur la gâchette. Je me jette par terre. (Est-ce bien dans cet ordre que se déroulent les choses?) Aucune douleur… Je ne suis donc pas mort. Je reçois pourtant une pluie de sang. En relevant la tête, je constate que c’est le propriétaire de l’endroit qui a reçu la décharge en pleine poitrine. Il reste debout, les yeux grands ouverts, et les mains qui s’agitent dans des gestes frénétiques pour tenter de retenir les tripes de couler. En vain. Je les reçois en pleine figure. C’est chaud. C’est visqueux. Ça sent la merde.

Je ne crèverai pas ici, pas de cette manière! Si le légendaire lutteur mexicain Santo était avec moi, ces gars (en plus de chier dans leur froc) seraient maîtrisés en moins de temps qu’il n’en faut pour crier Ninja! Je ne peux pas finir ici, je ne dois pas… je suis COFFIN JOE! Je crie en me frayant un passage dans les boyaux gluants. Je me débats comme un chat dans l’eau (le chat du voisin que j’avais noyé dans le temps). Sauf que moi, je n’y laisserai pas ma peau. Je ressors dans un cri victorieux. Je vois rouge. Je commence à courir vers l’innommé, les dents serrées comme si elles allaient m’exploser dans la gueule.

Mon ennemi prend peur. Il jette son fusil par terre (quoi? Déjà plus de munitions, mon grand?) et prend ses jambes à son cou pour fuir le monstre que je deviens lorsque je suis furieux. Un vrai enragé! Et en m’inspirant de la chanson d’Aerosmith, Eat the rich, j’hurle à ce connard de bourgeois :

—    JE VAIS TE BOUFFER LE CERVEAU!

Mes jambes s’accrochent dans quelque chose. Je tombe. Mon visage atterrit sur la dureté de l’asphalte. Malgré la douleur, rien ne m’arrêtera! Je me relève encore une fois, comme un zombie. À moins d’un mètre de moi, Richard-sans-nez (ou plutôt Pénis sans gland) me fixe d’un regard haineux. (C’est lui qui vient de me faire une jambette!)

Comment a-t-il osé? Il est mort!

Je sors mon jack-knife, l’ouvre et lui plonge la lame dans le cou.

—    Bouffe ça, mon enfant de chienne!

La pointe déchire facilement la peau. Au fur et à mesure que mon arme s’enfonce dans ses chairs, le salaud gémit comme une fillette. Son sang coule sur ma main. Il me gicle dessus en plus? Je lui crache au visage, comme si c’était celui de la société entière. Ne me contamine pas, salope! Je ressors d’un coup sec le couteau pour mieux le replonger, cette fois-ci, dans son œil droit. La lame rencontre un peu plus de résistance mais je réussis quand même à la faire entrer. Ça coule comme un œuf. Je ris à cette idée (Il faut bien y trouver un peu de plaisir sinon ça devient lassant). Je ressors. L’autre œil maintenant.

Et ensuite, pour couronner mon œuvre post-moderne, je plante le jack-knife dans le moignon qui lui reste de nez.

Richard ne tremble plus, ne bouge plus. Une charogne de moins, il en reste deux! (Ou pour faire une belle figure de style : le pénis est coupé, il reste les deux couilles maintenant! Titre de l’œuvre post-moderne : société asexuée.)

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Rendez-vous le 18 août pour l’épisode 11… Et la boucherie continue!

 
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Publié par le août 15, 2010 dans Uncategorized

 

Vendredi 13 ou le retour des Horreurs Silencieuses!

Comment bien souligner cette journée du vendredi 13?

En vous annonçant une très bonne nouvelle…

Les Horreurs Silencieuses de retour dans les librairies!

Deux ans après sa publication et sa timide sortie en librairies due à une mauvaise distribution, mon recueil de nouvelles « Silencieuses » va reconquérir les tablettes des librairies, dès septembre, en bonne et due forme grâce à l’efficace collaboration des Six Brumes avec Diffusion Prologue.

Ce livre contient les huit histoires suivantes, dont la direction littéraire avait été assurée par Mathieu Fortin (Le Serrurier, Le loup du sanatorium, etc) :

–         Deux solitudes

(Résumé : Pourquoi ai-je accepté de revenir dans cette école, là où tu es disparue?)

–         Là où meurent les rails

(Résumé : Cette randonnée de vélo nous a mené au seuil de l’épouvante. Qu’y a-t-il tout au bout des rails?)

–         En silence

(Résumé : J’aurais dû l’embrasser. Nous étions seuls dans la barque. Ensuite, tout a chaviré.)

–         Scareman

(Résumé : Quatre amateurs de jeux de rôle vivront l’ultime partie, celle menée par le Scareman.)

–         Oubliée

(Résumé : Les films d’horreur, c’est ma vie. Et ce soir, à la télé, il y a la Nuit de la Terreur. Pourquoi mon oncle ne m’a-t-il pas inculqué une autre passion que celle-ci? Parce que, là, il est trop tard.)

–         Après les larmes

(Résumé : À la radio, les nouvelles font frissonner Jonathan : Karla la sanguinaire est de retour en ville! Aura-t-il le temps de sauver sa petite-amie des griffes de cette démone?)

–         Éphémère no.11

(Résumé : S’agit-il seulement de toiles particulièrement effrayantes ou de fenêtres vers l’ailleurs? Mina en doute.)

–         13 chemin de l’Église

(Résumé : Nouvellement arrivée en ville, Barbara va déterrer la légende la plus ancienne d’Innstown.)

Après les romans « Ombres » (2002) et « Nocturne » (2005), « Silencieuses » (2008) représente l’ultime visite dans les région étranges de Silent Valley et d’Innstown. Il s’agit de « l’œuvre la plus achevée de Reynolds » selon la revue Brins d’Éternité et « une oeuvre complète qui termine en grand le chemin parcouru par l’auteur » selon Côté Blogue.

Pour célébrer cette bonne nouvelle, je partage avec vous un fragment de ce recueil, voici la nouvelle « Après les larmes » :

Après les larmes

« Ici, Gaétan Pelletier pour les informations de midi. Suite à l’enquête sur la mort de Valérie Carlson, les autorités sont formelles : Karla la sanguinaire est de retour à Innstown. Vous vous souvenez sans nul doute de la phrase Les larmes précèdent le sang, signature de Karla Manson, surnommée la sanguinaire. Rappelons que ses victimes, modèles féminins de dix-huit à vingt-huit ans, étaient affreusement défigurées avant les meurtres, en souvenir de la propre expérience de la tueuse, défigurée par un amant jaloux, amant qui devint la première victime d’un effroyable carnage qu’on croyait terminé depuis dix ans… »

Jonathan tente de détourner son attention des informations radiophoniques. Il se tourne vers son petit frère Stéphane, assis à ses côtés sur le siège d’autobus.

—    Super ce combat! lance celui-ci, enjoué.

Malgré l’intérêt habituel de Jonathan pour les comic books américains, il ne parvient pas à se concentrer sur cet ancien numéro de Ghost Rider. Ce super héros ne réussira pas à enlever l’inquiétude de l’esprit du jeune homme. Des photos de sa petite amie Ariane paraîtront demain dans la revue Beautés d’ici. Selon son agent, elle est sur la bonne voie pour devenir modèle professionnelle.

Si Karla est réellement de retour…

—  On arrive! dit Stéphane.

Ils descendent de l’autobus. Une neige fine a envahit le ciel depuis quelques heures et les rues du centre-ville d’Innstown en sont masquées. Les deux frères ne marchent pas longtemps avant d’entrer dans Le Phylactère, unique boutique spécialisée en bandes dessinées de la ville. Depuis deux ans, quand Jonathan a fait découvrir l’univers des super héros à Stéphane, ils visitent la boutique chaque samedi, avant d’aller manger au restaurant Le réveil d’Innstown.

Le magasin regorge d’aventures récentes qui côtoient des milliers de titres anciens, au grand plaisir des nostalgiques. Bandes dessinées, figurines et affiches surdimensionnées insufflent de la vie à l’endroit.

—    Regarde : ils ont la série complète de Robocop vs Terminator! s’exclame Stéphane en s’éloignant aussitôt vers un présentoir débordant de BD.

Le vendeur les regarde, sourire en coin : « Toujours au rendez-vous, vous deux! »

Il les regarde avec respect avant de prendre un ton plus grave, presque un murmure :

—    Au fait, as-tu entendu ça aux nouvelles? Karla serait de retour en ville. Pourquoi cette maudite folle n’est pas restée cachée?

Jonathan hausse les épaules :

—    Où était-elle de toute façon?

—    Vous me faites un prix si j’achète les quatre numéros? demande Stéphane qui n’a rien suivi de la conversation.

—    Mais oui, voyons : vous êtes mes meilleurs clients, répond Jacques en regagnant son air plus joyeux. Et puis, au nombre de fois que tu viens ici, tu pourrais me tutoyer.

—    Tu es un chouette type, Jacques!

Jonathan regarde son petit frère avec un pincement au cœur et une envie de le serrer dans ses bras tant il dégage une inépuisable joie de vivre. Son innocence est contagieuse et semble repousser l’acidité du monde adulte.

—    Si tous mes clients étaient comme vous deux…, répète celui-ci.

—    Tu commences à te faire vieux, tu radotes toujours les mêmes choses, plaisante Jonathan.

Jacques sourit.

—    Bon, il va falloir aller rejoindre Ariane, dit Jonathan.

—    Bonne idée! Dégagez de la place avant que je ne devienne trop joyeux! rigole Jacques.

—    Je savais qu’il y avait des émotions sous ce masque de troll…

Jonathan paie pour les achats de son petit frère, qui le remercie, puis ils quittent la boutique.

* * *

Ariane croise le regard de son reflet. Les miroirs, contrairement aux photographies dans les magazines, ne mentent pas et lui exposent sa véritable laideur. Derrière l’image projetée au public, que reste-t-il? Une enfant maltraitée dans le corps d’une jeune femme que les gens considèrent comme une beauté. Pourquoi ne parviennent-ils pas à voir son âme meurtrie?

Peut-être ne le veut-elle pas, au fond…

Dans environ une heure, Jonathan et Stéphane viendront la chercher pour aller manger au Réveil d’Innstown. Comme d’habitude, elle camouflera ses yeux irrités par les larmes. Sans doute que son masque se révèle impénétrable : même son petit ami ne perçoit pas le vide qu’elle ressent.

Bientôt, elle y mettra fin.

La sonnerie stridente annonçant leur arrivée la fait sursauter. Ils sont beaucoup trop en avance! Elle n’est pas prête! Elle déverrouille la porte d’entrée à distance. Dans quelques minutes, le temps qu’ils gravissent les escaliers jusqu’au troisième étage, ils se présenteront devant elle, devant son visage ravagé par la tristesse. Elle court jusqu’à la salle de bain pour déguiser le plus possible les traces de ses larmes.

Pour la première fois, elle constate à quel point elle ressemble à sa mère. Pourquoi la vie se montre-t-elle aussi impitoyable avec elle? Partager l’apparence de celle qui l’a tant maltraitée, celle qui a transformé son enfance en une torture quotidienne est une douloureuse ironie.

Un bruit la tire subitement de ses pensées. Ils frappent à la porte.

* * *

La neige annihile la chaleur du quartier. Dès le printemps, les enseignes des petits cafés et les devantures des commerces regagneront leurs couleurs joyeuses mais pour les prochains mois, on ne pourra voir que la froide blancheur de l’hiver.

— Penses-tu qu’elle va être prête, cette fois-ci?

Jonathan discerne un certain reproche dans le ton de Stéphane. Depuis qu’il sort avec Ariane, son petit frère est jaloux. Jonathan espère qu’avec le temps, Stéphane finira bien par accepter la présence d’Ariane dans leur vie.

Une fois dans la pièce d’entrée du bloc appartement d’Ariane, ils sonnent. La porte demeure verrouillée. Ariane est peut-être sous la douche? Aucun problème, Jonathan possède une clé pour entrer. Ils se rendent au troisième étage et s’engagent dans le couloir où se trouve le logement d’Ariane.

—    Regarde, la porte…, dit Stéphane.

La porte de l’appartement est ouverte… Que se passe-t-il? Jonathan entre, les dents serrées, l’estomac tordu par l’anxiété, et court d’une pièce à l’autre.

Aucune trace d’Ariane.

Où est-elle?

—    Non! Non! crie-t-il en apercevant de la vaisselle brisée sur le sol et une chaise renversée.

La panique s’empare de lui. Que s’est-il passé? « Karla! C’est Karla! » lui souffle la petite voix dans sa tête.

—    Regarde ce que j’ai trouvé dans sa chambre, dit Stéphane.

Il lui tend une feuille de papier beige :

« À mort mon image.

Pourquoi les gens me trouvent-ils si belle? Mon copain ne cesse de me le répéter :

Tu es belle.

Mon amant aussi.

Non, je ne le suis pas.

Je le sais depuis des années, depuis toujours.

Ce sont les gens qui sont aveugles. Ils ne veulent que des apparences. Ils en ont besoin. Pour eux, ne suis-je qu’une apparence?

Ce soir, je vais y mettre fin. »

Les mains tremblantes de Jonathan ne peuvent supporter le poids de cette affreuse confession. Provient-elle vraiment de la main d’Ariane? Il reconnaît son écriture mais ces mots semblent tellement éloignés de ce qu’il connaît d’elle. S’agit-il d’une lettre de suicide? Son amant? Ariane le trompe? La frustration l’envahit et se mélange à la peur. Ariane est-elle capable d’une telle chose? Et que s’est-il passé ici? Où est-elle? Plusieurs scénarios défilent dans son esprit : enlèvement camouflé par une mise en scène de suicide, intention de suicide suivi d’un enlèvement, enlèvement et simple extrait de journal intime, fuite avec un amant maquillée en disparition… Étourdi, confus, Jonathan tente de taire ses pensées avant de devenir fou.

—    Pourquoi tu n’appelles pas la police? lui demande Stéphane.

—    Parce que je veux comprendre… Qu’est-ce qui s’est passé ici?

—    Elle a été enlevée, c’est sûr…

—    Tais-toi!

Jonathan commence à fouiller dans l’appartement. Il doit comprendre! Sur le lit d’Ariane repose une coupure de journal :

« Les Couleurs d’Innstown en sang

Hier, aux environs de dix-huit heures pendant le déroulement des célébrations de la fête d’Halloween, des centaines de personnes se sont entretuées, comme dans les guerres civiles qui ravagent certains pays du monde. Le commissaire Roger Martin est dépassé par les événements : « Nous ne comprenons pas encore ce qui a pu pousser ces centaines de personnes à commettre de tels actes violents. Certains témoins prétendent à un vent de folie collective, d’autres à un affrontement entre des gangs de rues…» »

Les Couleurs d’Innstown… Quel terrible massacre! C’est cette journée-là qu’il avait rencontré Ariane. Elle regardait, fragile et traumatisé, l’affrontement sauvage entre les gens… « Que c’est laid… » avaient été les premières paroles qu’elle lui avait adressées. Immédiatement, il l’avait trouvé belle. À travers toutes ces atrocités, il avait découvert une pointe de beauté.

Jonathan discerne des traces de larmes sur le papier journal. Ariane conserve-t-elle cette coupure en souvenir de leur rencontre, ou pour une autre raison?

Qui est Ariane? La connaît-il vraiment? Son regard bute sur un petit cahier au sol. Il le saisit et le feuillette : c’est une sorte de journal.

«Les Couleurs d’Innstown. C’est là que j’ai rencontré Jonathan. Il est tellement gentil avec moi. Il m’aide à oublier la laideur du monde. Mais pas ma propre laideur.

[…]

Aujourd’hui, je l’ai embrassé. Il ne faut plus que je recommence. Jonathan ne doit pas le savoir. Je l’aime, je ne veux pas le perdre.

[…]

Pourquoi je tombe facilement amoureuse des hommes? Je ne dois plus revoir Jacques.

[…]

Nous avons fait l’amour dans son arrière-boutique. Je n’aurais pas dû. Mais c’était bon. Il sait comment s’y prendre… Je ne le reverrai plus.

Jonathan tourne les pages de plus en plus vite, les yeux embués de larmes.

Aujourd’hui, je me suis promené avec Jonathan. Nous nous sommes arrêté dans un petit parc. Il est tellement romantique! Je ne reverrai plus Jacques. Pourquoi lui ai-je donné une clé? Il peut arriver à tout moment… Jonathan ne doit pas savoir.

[…]

Jacques m’a parlé d’un ami à lui. Tommy McCloud.

Jacques dit que Tommy est un grand artiste, un homme de théâtre. Il veut dénoncer la laideur de la beauté superficielle proposée dans notre société d’aujourd’hui. Faire tomber les mensonges, les masques, revenir aux valeurs d’antan. C’est très bien.

[…]

Aujourd’hui, je suis arrivé à la boutique de Jacques à l’improviste, et je l’ai surpris avec quelqu’un dans le sous-sol. C’était Tommy. Je ne l’ai qu’entrevu. Il a disparu dans un coin sombre. Jacques m’a paru très mal à l’aise. Il a expliqué que Tommy n’aime pas se faire voir. Il porte des masques. Peut-être est-il laid? Jacques a dit que je ne devais pas rester dans le sous-sol, sinon je verrais l’œuvre secrète que prépare son ami. Il paraissait très nerveux. Il m’a demandé de partir.

J’ai attendu un moment dehors et je suis revenu à l’improviste dans la boutique pour me rendre à la trappe. J’entendais Jacques parler, je n’entendais pas Tommy, peut-être qu’il chuchotait. J’ai appris la vérité, derrière les éloges que Jacques entretient envers son ami : Tommy McCloud est un fou. L’enfant de la terrible guerre qui s’est menée entre les traditionalistes et les progressistes d’Innstown et qui s’est achevée dans un terrible bain de sang. Les Couleurs d’Innstown.

Il tue pour démontrer sa cause!

Il se croit le juge de ce qui est vrai, de ce qui est faux, et croit pouvoir décider qui vivra et qui mourra.

Jacques  aide Tommy McCloud pour accomplir sa pièce, son œuvre. Jacques lui a même donné une idée : se servir de l’histoire de Karla pour camoufler ses propres meurtres… Tommy aime les masques, les mises en scène… C’est parfait pour lui.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Se croyait-il dans une des bandes dessinées qu’il vend? Deux vilains qui manigancent… Mais là, c’était pour vrai!

Je me suis enfuie en silence.

Je ne reverrai plus Jacques. C’est terminé. Je me sens tellement souillée. J’ai couché avec lui plusieurs fois. Il est aussi malade que son ami!

[…]

Je ne me décide pas à en parler à la police. Parce que j’ai peur que Jonathan se rendre compte pour moi et Jacques…Malgré les mots doux de Jonathan, je n’arrive plus à trouver la vie belle. Je me sens de plus en plus laide.

[…]

Ce secret me ronge. La laideur aussi. Je vais me tuer, ce soir.»

Complètement déboussolé et tremblant, Jonathan jette loin de lui le journal. Pourquoi a-t-il lu ces horreurs? Toute cette histoire n’a aucun sens! Mais oui, elle en a un : Ariane, sa belle Ariane, veut se suicider… Et Jacques, ou ce Tommy, est venu l’enlever. Dégoûté, Jonathan se précipite vers la boutique de bandes dessinées. Plus rien n’existe sinon le faible espoir de retrouver Ariane vivante dans ce labyrinthe de terreur. Pourquoi coure-t-il pour la sauver? Après tous ces mensonges…

Il doit la revoir.

Il entend Stéphane courir derrière lui. Il doit se sentir délaissé… Tant pis! Jonathan n’a pas le temps. Il doit agir. Aussitôt qu’ils arrivent, ils constatent que la boutique est déserte.

— Jacques? crie Jonathan en balayant la place du regard.

Ils entendent un cri provenant de derrière le large comptoir de service.

—    Jacques!

Ils s’y rendent pour découvrir une trappe ouverte sur un sous-sol obscur. Tout près du trou se trouve une lampe de poche, en dessous du comptoir. Jonathan la saisit.

—    Il est là! lance-t-il en sautant dans le vide sans se servir de l’échelle.

—    Tu es fou! crie Stéphane.

Jonathan tombe sur ses deux pieds, serre des dents sous le poids de son corps. Sans perdre un instant, il allume la torche électrique et commence à explorer la pièce sombre avec le faisceau de lumière. Il s’agit d’un petit entrepôt dont les murs sont tapissés de boites.

—    Ici, je suis ici…

—    Jacques?

Le commerçant apparaît dans le faisceau de la lampe. Couvert de sang, l’homme est attaché sur une chaise. Avec dégoût, Jonathan remarque que son corps nu est couvert de plaies et de lacérations.

—    Attention…, dit Jacques dans un murmure. Il est là…

Jonathan entend du bruit derrière lui, il se retourne. Stéphane descend par l’échelle pour venir le rejoindre.

—    Ce malade…, murmure Jacques. Tommy voulait me… m’enlever le visage…

—    Jacques, qu’est-ce qui se passe? Où est Ariane?

—    C’est un grand artiste… Quand je lui ai dit de choisir les plus belles modèles d’Innstown, je ne pensais pas… Pourquoi l’a-t-il choisit… elle en deuxième, après Valérie Carlson? J’ai essayé de l’en empêcher…, répond Jacques en pointant vers les ténèbres.

Grâce à la torche électrique, Jonathan aperçoit un espace vide sur un des murs. Il réalise rapidement que ce petit passage mène sur une autre pièce, à quelques mètres.

Une voix lui provient de l’autre pièce. Il reconnaît l’intonation d’Ariane, empreinte de douleur. « Je suis laide… »

Il commence à se glisser dans le réduit, il y parvient, son corps étant maigre.

—  Ariane! Est-ce que tu m’entends?

—    Jonathan! Reviens ici, tu vas te faire tuer! lui dit Stéphane, trop effrayé pour le rejoindre dans le passage.

Jonathan réussit à atteindre l’autre pièce.

—    Je suis laide. Laide

—    Ariane, je suis là!

L’endroit ressemble à une caverne avec plusieurs ouvertures sur d’autres passages sombres. Dans un coin, Ariane est attachée par les mains à une barre de fer, son corps nu suspendu dans le vide. Jonathan s’élance vers elle et lui caresse le visage. Il retire aussitôt sa main : la peau de sa figure a été arrachée.

—    Je suis belle…, souffle un ton rauque sur sa gauche.

Un masque d’une blancheur mortelle émerge des ténèbres, juste devant Jonathan. Il y reconnaît à peine les traits de sa petite amie. Une lame brille au dessus de ce visage sans âme. Et le couteau s’abat sur la victime.

* * *

Stéphane et Jacques sont plongés dans les ténèbres, à peine éclairées par la trappe ouverte à quelques mètres d’eux.

Un cri terrible les fait sursauter tous les deux. Stéphane se bouche les oreilles. Ce cri, c’était celui de son grand frère. Un cri de mort. Des larmes envahissent ses yeux. Jonathan ne peut pas être mort. Pas lui. Il va revenir, c’est sûr. Pourtant, il en doute. Il tremble. Pourquoi est-il mort? À cause d’Ariane. Pourquoi a-t-il fallu qu’il tombe amoureux de cette fille? Si Jonathan n’avait pas ressentit le coup de foudre pour elle, il serait encore en vie!

—    Petit… ton frère est mort…, souffle Jacques, à l’agonie.

Le commerçant pousse un dernier râle avant de s’éteindre, abandonnant Stéphane en pleurs.

—    Ne pleure pas… Je ne suis pas mort, murmure une voix, depuis le passage étroit.

Stéphane se fige sur place. Cette voix n’appartient pas à son frère! La torche électrique s’allume pour laisser apparaître un masque de chair tenu par une main camouflée par la noirceur. Cette peau a déjà appartenue au visage de Jonathan.

—    Noooooon!

La lumière s’éteint.

L’enfant ferme les yeux, contaminé par l’horreur. Lorsqu’il les ouvre, il est à l’extérieur du magasin, en train de courir, courir pour fuir cette vision de la mort, pour ne plus jamais revenir dans ce lieu qu’il avait pourtant chéri à chaque semaine. Sans un regard pour tous ces super héros auxquels il croyait tant et qui n’ont rien fait pour empêcher la mort de son frère.

* * *

La lame du couteau s’enfonce dans la gorge du cadavre de Jacques. Tommy McCloud s’assure de bien découper les contours de son visage avant de lui arracher la peau.

Un nouveau masque pour son œuvre.

L’idée de Jacques d’emprunter les méthodes de Karla la sanguinaire allumait plus ce dernier que Tommy. Cela l’avait éloigné de ses motivations : reproduire, à sa manière la pièce de théâtre Nocturne, rendant hommage à la Vérité, à la Beauté des Anciennes Valeurs, à l’Ancien Innstown.

Quelques années auparavant, son défunt père avait adapté cette pièce à sa manière. Tommy avait même participé à la mise en scène, y avait incarné un rôle important en répandant le sang de ceux alliés au Mensonge, à la superficialité de l’Innstown Moderne… Mais son père n’avait pas été assez loin car personne n`avait pu associer le massacre des Couleurs d’Innstown à Nocturne.

La prochaine fois, les gens d’Innstown comprendront le message. Ils n’auront pas le choix de s’ouvrir les yeux et de revenir aux valeurs ancestrales.

Cela lui prendra sans doute des années de préparation.

Encore une centaine de masques à fabriquer…

Et Nocturne pourra revivre.

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Les Horreurs Silencieuses vous attendent en librairies dès septembre 2010!

« Silencieuses »

Jonathan Reynolds

Éditions Les Six Brumes, 2008

ISBN 13 : 978-2-9809632-6-1


 
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Publié par le août 13, 2010 dans Uncategorized