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B(6)

03 Août

Épisode 6

Parce que les Mémés Cannibales impressionnent

les vrais cinévores plus que Cloverfield.

Je rage encore alors que je fais rugir le moteur de ma Pontiac jaune. PM et Larry Cohen n’ont pas encore osé m’adresser la parole suite à mon engueulade avec les trois salauds. Ils font bien. Quand je suis dans cet état (et qu’en plus je n’ai plus rien à perdre), j’ai le goût de tuer. Pourquoi ils m’ont parlé de mon rêve perdu, de mon club vidéo? Comment ont-ils osé? Celui auquel je croyais tant, en vain. Comme pour un amour inatteignable, j’y ai investi beaucoup plus que de l’argent. Du temps, ma collection complète (à peu près huit cent cassettes très rares) de la passion, du coeur.

Pour presque rien. (Plusieurs passionnés ne cessaient de me remercier d’avoir mis sur pied un tel lieu. Ils s’exclamaient de joie devant les choix qui s’offraient à eux. C’est plaisant mais dans la vraie vie, il faut de l’argent pour survivre. Il aurait fallu multiplier le nombre de client par dix pour boucler les fins de mois…).

Maintenant que je suis désillusionné par le monde, je n’ai plus rien à perdre.

Et j’ai trois gueules à défoncer.

Heureusement, c’est la pièce Fast as a shark du groupe Accept qui débute. C’est rapide et efficace. Comme je le serai. Je fais crisser les roues et roule comme jamais. La police? Je n’en ai rien à foutre, même si je sais que leur poste est juste à côté. J’ai trois ennemis à poursuivre. Et ils ne m’échapperont plus. Ce matin, ils nous ont tous prit, ce midi, ils m’ont insulté, cet après-midi, ils vont payer! La valise de leur voiture est pleine des cassettes qui nous reviennent! Nous les aurons! Mes amis PM et Larry Cohen méritent d’avoir de nouvelles perles à leur collection. Moi, je n’en ai plus. Mais j’ai une cause : celle d’allumer un feu dont tout le monde se souviendra. Le feu de ma seule passion, les Séries B! Cette passion qui a débuté dès mon jeune âge quand j’entendais mon grand frère et ses amis parler de Toxic le RavageurChezPorky’s, des Vendredi 13, et d’autres films du genre. Les meilleurs, ceux des années 80, alors que j’étais tout petit, encore empli d’innocence. De cette innocence dont on aurait besoin toute notre vie, celle qu’on souhaiterait pouvoir garder plus longtemps. Mais c’est impossible. La bulle protectrice finit par exploser. Et il ne reste plus que la réalité, froide et dénuée de sens. Quand un peu plus tard, c’était à mon tour d’aller louer ces films, je me souviens du sentiment d’importance que ça occupait dans mon esprit. Les pochettes s’étalaient devant moi, elles paraissaient légion tant j’étais impressionné par leur nombre. Maintenant, il n’y a plus que des tonnes de copies des mêmes titres sous des boîtiers pathétiques.

Pathétique.

Ils ont osé me traiter de pathétique. Ils ne savent pas à quel point ils le regretteront. Ils paieront pour tous les hommes d’affaires sans scrupules qui ont osé racheter pour les fermer tous les plus petits clubs vidéo en Estrie. Ils n’avaient pas le droit. Et personne ne fait rien. La masse s’en fout, après tout, ils voient la publicité des grosses chaînes à la télévision.

La masse, c’est quand les humains agissent en zombies.

Où ils sont maintenant, les petits endroits sympathiques où j’ai passé ma jeunesse? Ils n’existent plus, dévorés par le capitalisme, digérés par la réalité.

—    Tu roules un peu vite, non? me demande PM, les traits crispés par la nervosité.

—    Tu as raison, que je concède, en tentant de me calmer.

Et ce n’est pas la chanson Bring your daughter to the slaughter, de Bruce Dickinson qui va m’y aider. Tant pis, elle est tellement bonne. Elle apparaît sur la trame sonore de Freddy 5. Les vraies bonnes séries, celle, encore une fois, des années 80. Celles qui étaient faites avec de la passion.

La passion. C’est ça qu’on ne retrouve plus aujourd’hui. Celle qui fait vibrer, comme dans l’Opéra de la Terreur! Celle qui fait briller les yeux des vrais cinéphiles lorsqu’ils parlent de leur film culte. Je m’en souviens très clairement : j’étais âgé de treize ans, je me trouvais avec mon frère au club vidéo près de son premier appartement à Sherbrooke et nous étions en train de choisir ce que nous allions regarder dans la soirée quand nous avons entendu parler une bande de jeunes, ils parlaient avec passion de leur film préféré : Mémés Cannibales. La manière qu’ils en parlaient, d’une façon joyeuse, de cette joie que seule une production de Série B peut faire naître chez un fan. Moi et mon frère, nous nous sommes regardés et intrigués, nous l’avons loué. Et aujourd’hui, je m’en souviens encore. Ça fait des années de ça. Tandis que si je prends, par exemple, Cloverfield, je l’ai vu récemment et je ne m’en rappelle même pas.

La passion.

C’est ce que je ressens presque plus en moi. J’en garde le souvenir, comme un deuil.

Ce qui m’habite, au-delà du vide, c’est la rage, la vengeance.

—    Attention, tu vas entrer dans l’autre voiture! m’avertit PM.

—    C’est pas grave! Ce sont les salauds! Ce sont eux!

Mon pied appuie davantage sur la pédale, ma Pontiac accélère rapidement. Mon pare-choc avant percute le leur, arrière.

Bang!

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4 Commentaires

Publié par le août 3, 2010 dans Uncategorized

 

4 réponses à “B(6)

  1. Camille Espresso

    août 3, 2010 at 4:47

    Haha fuck Mémés cannibales ! Faudrait que jle regarde une autre fois celui-là.

     
  2. aveugle

    août 3, 2010 at 7:01

    Oui, c’est tellement drôle, ce film-là! 🙂

     
  3. Donald Plante

    août 6, 2010 at 9:35

    Chez Porky! Un classique de ma jeunesse! 😀

     
  4. aveugle

    août 6, 2010 at 1:32

    Moi aussi! Mais parce que mes parents ne voulaient pas que je le vois… alors mon imaginaire allait bon train! Puis, finalement, je l’ai vu dans le temps du Cégep. :-I

     

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