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B(7)

06 Août

Épisode 7

Parce que Deep Throat, ça fait vomir les fans de Ossorio

Bang!

On leur rentre dedans!

La voiture des salauds s’arrête aussitôt que la mienne leur est entrée dans l’arrière-train. J’ai le temps de remarquer que nous nous trouvons dans une rue déserte. Quelques secondes après, celui-dont-je-ne-tiens-pas-à-connaître-le-nom sort, l’air frustré.

—    Maudit malade! crie-t-il en me pointant alors que j’ouvre ma portière.

—    On n’avait pas terminé notre conversation tout à l’heure… Vous êtes partis comme des voleurs!

Ses deux amis sortent à leur tour de la Porsche. Les miens en font autant.

—    Pourquoi on prendrait le temps de parler avec des larves comme vous autres? Vous n’avez même pas de culture!

Je lâche un rire sonore, exagéré.

—    Et vous, vous avez tellement de culture… Qui est Umberto Lenzi? que je leur demande.

—    Facile! me réponds Carl. C’est le réalisateur de Cannibal Holocaust!

—    Erreur! C’est celui qui a fait Cannibal Ferox.

—    C’est la même chose!

Qu’est-ce que je peux bien répondre à ça? Rien. J’ai ma preuve qu’ils ne connaissent rien au cinéma. Et ils ont l’air tellement fiers d’être ignorants!

— Pour moi, les vieux films, c’est juste bon pour la poubelle! déclare l’anonyme.

Il ouvre le coffre arrière de sa voiture et en tire une VHS. La révolte des templiers du réalisateur espagnol De Ossorio. Cette version française est très rare.

—    Regardez ce qu’on fait avec vos petits films de merde! nous nargue-t-il en ouvrant la cassette pour en extirper le ruban.

Il en tire une bonne partie en dehors et y met feu à l’aide de son briquet.

— NON! crie PM, l’air scandalisé. C’est un chef-d’œuvre!

Mon ami a raison. Ce connard vient de commettre l’impensable! Je n’ai jamais vu rien d’aussi stupide de toute ma vie.

—    Heureusement que vous n’étiez pas avec nous ce matin… On en a fait brûlé pas mal plus que ça, des cassettes! rigole Carl.

—    Je vais vous tuer, que je grogne en serrant les poings.

—    Vas-y, mon grand, dit Richard, sourire aux lèvres.

Il enlève son veston brun et expose fièrement un chandail de Deep Throat, le classique du porno. On y voit Linda Lovelace qui se préparer à sucer une grosse queue. À lui voir le regard, ça paraît que Richard est complètement accro à la porno. Des yeux un peu porcins, toujours prêts à découvrir plus de chair. Tant que ce n’est pas la mienne qu’il veut voir…

—    Et bien, je vais pouvoir t’appeler Dick, maintenant, que je lance mi-moqueur, mi-colérique.

—    Je ne comprends pas, me répond-t-il en haussant les épaules.

Je rêve ou quoi? Sont-ils aussi stupides que ça?

—    Dick, c’est le diminutif de Richard et ça veut dire pénis.

—    Arrêtez, je vais être malade…, s’exclame PM en s’éloignant un peu.

C’est vrai, j’oublie souvent qu’il ne supporte pas l’univers de la pornographie. Ça lui donne mal au cœur. Ou peut-être est-ce la sexualité en général? Je ne sais pas. Un traumatisme d’enfance? Aucune idée. En tout cas, il vomit. Et aussi, c’est un grand fan du film, ce même film qui vient d’être détruit sous ses yeux. Un mélange nocif. Pornographie et destruction. Peut-être que c’est la même chose?

—    Je vais vous tuer! crie PM, le menton encore dégoulinant de vomi.

—    Emmène-toi…, lui répond Carl d’un ton de défi. Crisse de fif!

PM commence à courir vers eux, l’air enragé comme jamais je ne l’ai vu avant. Richard s’élance vers lui et le plaque violemment. Mon ami encaisse mal le coup et va s’écraser sur l’asphalte. Il lâche un gémissement de douleur. Pendant quelques secondes, il ne bouge plus. Quelques secondes pendant lesquelles Dick s’avance vers lui et prépare un gros crachat gluant en se raclant la gorge. Avant de recevoir ce crachat gluant sur la figure, PM empoigne les jambes de Richard et le fait tomber à son tour.

— Tabarn..! crie ce dernier avant que son visage n’atterrisse brutalement contre le sol.

—    Vas-y, tue-le! que je crie en serrant les poings.

PM agrippe les cheveux de Dick, lui soulève la tête et la cogne à nouveau contre l’asphalte.

— C’est qui, le fif, hein Pénis? grogne mon ami, tremblant de colère.

—    Tue-moi cette moumoune! que je continue.

—    Vos gueules!

Celui dont-j’ignore-le-nom tient un fusil à pompe de calibre .12 levé dans notre direction. Où le cachait-il? Dans sa voiture? Il promène un regard de prédateur sur chacun de nous. Je fige et mon cœur s’arrête de battre un court moment. Même ses deux amis semblent surpris. Il ne tirera pas. Ce n’est que de la frime. Il n’est pas un tueur. Il n’a pas ce vide dans les yeux, cette flamme de désillusion qui m’anime.

Et je ne peux pas mourir d’une manière aussi insignifiante. Pas maintenant.

—    Toi, la tapette, lâche Richard, ordonne l’ignoble anonyme.

PM s’exécute et vient me rejoindre. Je devine qu’il se retient de crier pour laisser sortir sa frustration, par peur que l’autre n’appuie sur la gâchette.

—    Arrête de niaiser, Richard, et amène-toi! crie cet autre.

L’interpellé bredouille des mots que je ne comprends pas. Il tente de se relever mais ne parvient pas à quitter le sol. Carl sort de sa transe et va rejoindre son chef.

—    Pourquoi vous faites ça? Pourquoi vous achetez ces films si c’est pour les détruire?

—    Parce que j’en ai les moyens.

—    C’est stupide.

Je remarque que son visage est un brin plus rouge. La colère.

—    C’est mon trip à moi. Détruire, faire disparaître la merde qui circule. Comme toi, je vais te faire disparaître…

Il s’approche de moi, le canon pointé sur ma figure, prêt à faire feu.

—    Je te parie que t’as pas les couilles de le faire.

—    Ah oui?

Il baisse son arme vers mes parties génitales.

—    C’est bientôt toi qui n’auras plus de couilles…

Je parviens à ne pas fermer les yeux même si j’ai peur. Il y a quand même des manières plus dignes de mourir (en gardant ses couilles en est une).

— Ce serait trop con de ma part…, dit-il en reculant. Je ne vais pas finir ma vie en prison pour un raté comme toi. Mais la prochaine fois que je vous revois la face, je vais tirer. Parce que, comme le dirait Clint Eastwood dans Dirty Harry : gentil ou méchant, c’est moi qui a le fusil!

Cette fois-ci, je ne réplique pas. Il pourrait peut-être changer d’idée et appuyer sur la gâchette. Mais ce n’est pas l’envie qui me manque. Premièrement, ce n’est pas Dirty Harry qui a dit cette réplique, c’est Ash (Bruce Campbell) dans L’Armée des Ténèbres! Deuxièmement, ce n’est pas lui qui va me tuer, c’est moi qui vais lui faire exploser sa tête pleine de merde! Tu vas saigner brun, je te le jure!

Parce qu’une chainsaw, ça fait plus de dégâts qu’un calibre 12!

————————————————————————————————

Rendez-vous le 9 août pour l’épisode 8!

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4 Commentaires

Publié par le août 6, 2010 dans Uncategorized

 

4 réponses à “B(7)

  1. Donald Plante

    août 7, 2010 at 8:39

    J’aurais envie de les tuer également!

     
  2. aveugle

    août 8, 2010 at 2:57

    Ils vont être encore plus chiens… Prépare ta tronçonneuse! 🙂

     
  3. Donald Plante

    août 11, 2010 at 5:52

    Je vais aiguiser les lames de mon gant de Freddy Krueger! 😉

     
  4. aveugle

    août 11, 2010 at 12:13

    Il servira, tu peux me croire!

     

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