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B(8)

09 Août

Épisode 8

Parce que les zombies, c’est amusant mais juste dans les films!

Mon cœur bat jusque dans mes tempes. Mais ça va, ma tête n’explosera pas. Ça me fait même sourire. La tension que je ressens, j’en ai besoin. Ça m’aide à cultiver mon sang froid, à garder la nervosité à l’intérieur, ne rien faire paraître aux autres, à l’ennemi. Ça me pratique pour demain.

—    On aurait pas dû appeler la police? me demande PM, le visage un peu blême.

—    Non. Si tu as peur avec eux, ils gagnent. La prochaine fois, c’est eux qui vont pleurer. Les maudits chiens!

Il ne répond rien. Et Larry Cohen n’a pas ouvert la bouche depuis que nous roulons. Il ne dort pas ; il se ronge les ongles, l’air nerveux.

Il y a une bonne dizaine de minutes que nous avons quitté Sherbrooke (en faisant crisser les pneus de ma voiture, évidemment). Je n’ai jamais roulé aussi vite. Nous sommes engagés dans une course infernale, une course contre la montre : dénicher un marché aux puces où les salauds n’auront pas visité avant nous. En bordure de la route, la pancarte « Bienvenue à Windsor » apparaît dans mon champ de vision, y reste quelques secondes et déjà, elle est derrière nous. Du passé. Comme le bonheur simple. Maintenant, il faut l’acheter ce maudit bonheur. Il faut même courir après, cet enculé de bonheur. Sinon, on se le fait voler par d’autres.

Un rapide coup d’œil dans le rétroviseur. Personne ne nous suit.

Tant mieux pour eux.

Sinon, je leur tranche la gorge avec mon jack-knife. Avant d’entrer dans la voiture, j’ai fait un petit tour discret dans la valise. J’y ai pris la plus petite arme parmi le lot. Une scie à chaîne, ça se cache mal dans sa poche de jeans. Et mes amis n’ont pas besoin de savoir que je transporte un arsenal avec nous. Ils ne comprendraient pas, je pense. Et ce subtil couteau représente notre protection en cas qu’on les recroiserait…

Les salauds.

C’est ça. Qu’ils continuent à visiter l’un après l’autre les ventes de garage de Sherbrooke. Nous, on a trouvé la solution : les villages environnants. Il y a souvent de belles découvertes à y faire.

Je me souviens que l’an passé, j’avais trouvé le film italien L’auberge du cimetière de Lamberto Bava, à Windsor. C’était un particulier qui, dans sa cours, exposait des centaines de VHS à vendre. La nuit du saigneur, La revanche du reporter radioactif, La vampire nue, pour ne nommer que ceux-là… Bien sûr, il n’y avait pas que des trucs intéressants mais dans le lot, il y avait de véritables perles. Et quand j’ai vu le Lamberto Bava, j’avait presque eu une érection tellement j’étais content. Les italiens, ce sont les meilleurs réalisateurs de films d’horreur. Si vous n’avez pas vu au moins un Argento, un Fulci, un Bava (père et fils), un…, vous ne pouvez pas dire que vous êtes un grand fan d’horreur. Un point c’est tout. Ils n’ont pas le budget des américains. Ils ont la passion, le système D pour faire du bon B.

Nous arrivons dans la rue, je la reconnais. Les mêmes maisons alignées sans prétention. Windsor n’appartient pas à ces bourgeois froids. Si les choses auraient tournées autrement pour moi, j’aurais aimé m’acheter une petite demeure, un terrain ici. Mon coin, à moi. Mais de toute façon, aucune fille ne veut de moi. L’une après l’autre, elles m’ont toutes trompées. Les salopes. Mais maintenant, ce n’est plus le temps de pleurer. Ces dernières heures, je veux m’amuser.

Et voilà la maison du particulier. Et comme l’an passé, quatre longues tables de bois sont alignées côte à côte dans sa cours. Les tables, je m’en fous. Ce sont les films qu’elles proposent qui font battre mon cœur de plus en plus vite.

Et surtout le fait que nous sommes arrivés avant les trois emmerdeurs! Ahah! Ils ne sont pas là! Cette fois, nous sommes les premiers! Enfin! J’en pleure presque de joie! J’ouvre la porte de ma voiture et pose un pied par terre, avec le sentiment que ce moment est important (le même sentiment qu’a du ressentir le premier homme à marcher sur la lune). Quelques petits bijoux nous attendent.

—    Bon, cette fois, c’est la vraie, que je lance à mes amis.

Ils ne me répondent pas. Je me rends compte en les regardant à quel point ils semblent ébranlés par la bataille de tout à l’heure. Ils n’ont pas dit un seul mot du trajet. Et leur visage est blême. On dirait presque qu’ils sont traumatisés…

—    Hé, les gars! On est arrivé!

PM se tourne vers moi.

—    Je ne suis pas sûr que ça me tente encore… Tantôt, c’était un peu malade pour moi. Je me suis jamais battu avant mais là, je voulais tuer ce gars…

—    Sinon, c’est lui qu’il l’aurait fait, que je tente de le justifier.

—    Je l’avais jamais vu avant… Là, j’étais sur le point de le tuer, continue-t-il, en fixant le vide.

Je ne l’avais jamais vu aussi déconnecté. Comme s’il était allé trop loin. J’ai le goût de le brasser, de lui dire qu’il n’y a rien de mal à s’être battu, que moi, j’ai déjà fait bien pire, que j’ai étranglé mon ex (elle avait juste à ne pas baisé avec un autre, la chienne). Mais je me retiens, je ne lui en dis rien. Il ne comprendrait pas et ça n’aiderait pas ma cause. Tout ce que je veux, c’est de le voir aussi passionné que ce matin, quand lui et Larry Cohen sont venus me rejoindre sur le Mont Bellevue.

Et Larry Cohen, qu’est-ce qu’il devient, sur le siège arrière? Pour une fois, il ne dort pas. Mais j’aurais peut-être mieux aimé parce que là, il ressemble à un zombie, comme dans les films de Romero.

Que sont devenus mes amis? Des morts-vivants. C’est ça. Je soupire. Je ne veux pas gâcher notre seule chance d’être heureux aujourd’hui. Nous sommes si près du but. À quelques pas.

—    Bon, la bataille de tantôt, ce n’était pas…

—    On a faillit mourir! Le gars avait un 12 pointé sur nos faces! m’interrompt PM en criant.

Je n’aime pas me faire crier après mais au moins, il est plus vivant.

—    C’était juste une bande de petits cons. Je ne sais pas pour vous mais moi, je vais voir les films que le gars a à offrir.

Je n’attends pas leur réponse et les abandonne dans ma voiture. Ils vont finir par se calmer, par reprendre leur esprit. Heureusement que je ne leur ai pas montré mon jack-knife ou pire : la boucherie que je m’apprête à faire demain.

En espérant qu’elle ne commence pas plus tôt.

————————————————————————————————

Rendez-vous le 12 août pour l’épisode 9!

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10 Commentaires

Publié par le août 9, 2010 dans Uncategorized

 

10 réponses à “B(8)

  1. Frédéric Raymond

    août 9, 2010 at 1:20

    Nom d’un chien! J’ai pas vu de film de Bava, alors je ne suis pas un grand fan d’horreur! Je suis détruis. Une loque humaine aux illusions brisées… Je vais me recycler en fan de western je crois… ou en fan de porno? Ouin, fan de porno m’ira mieux.

    Je dois te faire une confession en fait; je n’ai jamais vraiment trippé sur les italiens. J’ai beaucoup aimé House by the cemetary, de Fulci, mais Suspiria, de Argento, m’a laissé un peu froid (même si certains scènes étaient visuellement fantastiques).

     
  2. aveugle

    août 9, 2010 at 1:59

    Haha! Me semblait aussi! 😉
    Fan de porno… hihi.
    Les films italiens m’intéressent beaucoup pour leur ambiance particulière, onirique… parce que souvent les scénarios ne se tiennent pas debout, en fait, ils ont vraiment la logique d’un rêve… ou d’un cauchemar. 🙂
    J’adore Suspiria, Phenomena, Deep Red et Opera d’Argento. Fulci, j’adore The Beyond, Zombie, House by the cemetary… Mario Bava sont vraiment intéressants visuellement, surtout Kill Baby Kill. Lamberto Bava, j’adore Demons 1 et 2, Macabre. Michele Soavi, j’adore Stagefright, Dellamorte Dellamore, The Church. Je te les recommande si tu n’as pas vu. Surtout pour les ambiances, que les américains ne semblent pas capables de rendre… à part dans quelques rares films.

     
    • Martin

      août 9, 2010 at 3:58

      Au niveau de l’ambiance, les films italiens des années 70-80 sont les meilleurs.

      Par contre, au niveau de la cohérence des scénarios, ouf!

      Dommage que les réalisateurs de génie comme Argento sont maintenant devenus des caricatures d’eux-mêmes 😦

      Par contre, je persiste et signe: le cinéma d’horreur indépendant américain est le meilleur au monde!

      Des films comme May et Session 9 allient parfaitement ambiance avec scénario en béton.

      Rien à voir avec le cinéma hollywoodien…

       
      • aveugle

        août 9, 2010 at 5:00

        Bien d’accord avec toi, Martin! D’ailleurs, May, Session 9 et Dead Girl comptent parmi mes films préférés. 🙂
        Il ne faut pas oublier que les opinions du personnage de B ne sont pas toutes les miennes… 😉

         
  3. Frédéric Raymond

    août 9, 2010 at 2:24

    Tu sauras que certains films pornos américains ont de très bonnes ambiances! Je me souviens d’un, il y a une quinzaine d’années, un vendredi soir tard, à Super Écran. Il avait une orgie finale avec de la fumée et des satyres dans une forêt en carton. Tes italiens ne peuvent pas accoter ça! Et encore, à V, il y a quelques mois, une demoiselle plantureuse se faisait satisfaire par un adonis au masque de théatre blanc. C’était d’un onirique pénétrant.

     
  4. aveugle

    août 9, 2010 at 2:56

    Il va falloir que je m’abonne au câble, moi là… 🙂

     
  5. Frédéric Raymond

    août 9, 2010 at 5:49

    Si « les opinions du personnage de B ne sont pas toutes les miennes », alors est-ce que je devrais acheter les DVDs VVS que j’ai vu au Zellers à trois piasses et demi?

     
  6. aveugle

    août 9, 2010 at 8:54

    Bonne idée! 🙂 Là, est-ce que c’est mon opinion ou celle du narrateur??? AAAAAAAAAAAAHHHHH! J’suis tout mélangé! 😉

     
  7. Donald Plante

    août 11, 2010 at 5:46

    Encore l’impropriété « j’ai le goût ». « baisé » doit prendre un « r ». Sinon, j’ai très hâte que la boucherie commence! 😀

     
  8. aveugle

    août 11, 2010 at 12:12

    Oups… Merci! Et la boucherie s’en vient, digne d’un film de série B justement!

     

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