RSS

Vendredi 13 ou le retour des Horreurs Silencieuses!

13 Août

Comment bien souligner cette journée du vendredi 13?

En vous annonçant une très bonne nouvelle…

Les Horreurs Silencieuses de retour dans les librairies!

Deux ans après sa publication et sa timide sortie en librairies due à une mauvaise distribution, mon recueil de nouvelles « Silencieuses » va reconquérir les tablettes des librairies, dès septembre, en bonne et due forme grâce à l’efficace collaboration des Six Brumes avec Diffusion Prologue.

Ce livre contient les huit histoires suivantes, dont la direction littéraire avait été assurée par Mathieu Fortin (Le Serrurier, Le loup du sanatorium, etc) :

–         Deux solitudes

(Résumé : Pourquoi ai-je accepté de revenir dans cette école, là où tu es disparue?)

–         Là où meurent les rails

(Résumé : Cette randonnée de vélo nous a mené au seuil de l’épouvante. Qu’y a-t-il tout au bout des rails?)

–         En silence

(Résumé : J’aurais dû l’embrasser. Nous étions seuls dans la barque. Ensuite, tout a chaviré.)

–         Scareman

(Résumé : Quatre amateurs de jeux de rôle vivront l’ultime partie, celle menée par le Scareman.)

–         Oubliée

(Résumé : Les films d’horreur, c’est ma vie. Et ce soir, à la télé, il y a la Nuit de la Terreur. Pourquoi mon oncle ne m’a-t-il pas inculqué une autre passion que celle-ci? Parce que, là, il est trop tard.)

–         Après les larmes

(Résumé : À la radio, les nouvelles font frissonner Jonathan : Karla la sanguinaire est de retour en ville! Aura-t-il le temps de sauver sa petite-amie des griffes de cette démone?)

–         Éphémère no.11

(Résumé : S’agit-il seulement de toiles particulièrement effrayantes ou de fenêtres vers l’ailleurs? Mina en doute.)

–         13 chemin de l’Église

(Résumé : Nouvellement arrivée en ville, Barbara va déterrer la légende la plus ancienne d’Innstown.)

Après les romans « Ombres » (2002) et « Nocturne » (2005), « Silencieuses » (2008) représente l’ultime visite dans les région étranges de Silent Valley et d’Innstown. Il s’agit de « l’œuvre la plus achevée de Reynolds » selon la revue Brins d’Éternité et « une oeuvre complète qui termine en grand le chemin parcouru par l’auteur » selon Côté Blogue.

Pour célébrer cette bonne nouvelle, je partage avec vous un fragment de ce recueil, voici la nouvelle « Après les larmes » :

Après les larmes

« Ici, Gaétan Pelletier pour les informations de midi. Suite à l’enquête sur la mort de Valérie Carlson, les autorités sont formelles : Karla la sanguinaire est de retour à Innstown. Vous vous souvenez sans nul doute de la phrase Les larmes précèdent le sang, signature de Karla Manson, surnommée la sanguinaire. Rappelons que ses victimes, modèles féminins de dix-huit à vingt-huit ans, étaient affreusement défigurées avant les meurtres, en souvenir de la propre expérience de la tueuse, défigurée par un amant jaloux, amant qui devint la première victime d’un effroyable carnage qu’on croyait terminé depuis dix ans… »

Jonathan tente de détourner son attention des informations radiophoniques. Il se tourne vers son petit frère Stéphane, assis à ses côtés sur le siège d’autobus.

—    Super ce combat! lance celui-ci, enjoué.

Malgré l’intérêt habituel de Jonathan pour les comic books américains, il ne parvient pas à se concentrer sur cet ancien numéro de Ghost Rider. Ce super héros ne réussira pas à enlever l’inquiétude de l’esprit du jeune homme. Des photos de sa petite amie Ariane paraîtront demain dans la revue Beautés d’ici. Selon son agent, elle est sur la bonne voie pour devenir modèle professionnelle.

Si Karla est réellement de retour…

—  On arrive! dit Stéphane.

Ils descendent de l’autobus. Une neige fine a envahit le ciel depuis quelques heures et les rues du centre-ville d’Innstown en sont masquées. Les deux frères ne marchent pas longtemps avant d’entrer dans Le Phylactère, unique boutique spécialisée en bandes dessinées de la ville. Depuis deux ans, quand Jonathan a fait découvrir l’univers des super héros à Stéphane, ils visitent la boutique chaque samedi, avant d’aller manger au restaurant Le réveil d’Innstown.

Le magasin regorge d’aventures récentes qui côtoient des milliers de titres anciens, au grand plaisir des nostalgiques. Bandes dessinées, figurines et affiches surdimensionnées insufflent de la vie à l’endroit.

—    Regarde : ils ont la série complète de Robocop vs Terminator! s’exclame Stéphane en s’éloignant aussitôt vers un présentoir débordant de BD.

Le vendeur les regarde, sourire en coin : « Toujours au rendez-vous, vous deux! »

Il les regarde avec respect avant de prendre un ton plus grave, presque un murmure :

—    Au fait, as-tu entendu ça aux nouvelles? Karla serait de retour en ville. Pourquoi cette maudite folle n’est pas restée cachée?

Jonathan hausse les épaules :

—    Où était-elle de toute façon?

—    Vous me faites un prix si j’achète les quatre numéros? demande Stéphane qui n’a rien suivi de la conversation.

—    Mais oui, voyons : vous êtes mes meilleurs clients, répond Jacques en regagnant son air plus joyeux. Et puis, au nombre de fois que tu viens ici, tu pourrais me tutoyer.

—    Tu es un chouette type, Jacques!

Jonathan regarde son petit frère avec un pincement au cœur et une envie de le serrer dans ses bras tant il dégage une inépuisable joie de vivre. Son innocence est contagieuse et semble repousser l’acidité du monde adulte.

—    Si tous mes clients étaient comme vous deux…, répète celui-ci.

—    Tu commences à te faire vieux, tu radotes toujours les mêmes choses, plaisante Jonathan.

Jacques sourit.

—    Bon, il va falloir aller rejoindre Ariane, dit Jonathan.

—    Bonne idée! Dégagez de la place avant que je ne devienne trop joyeux! rigole Jacques.

—    Je savais qu’il y avait des émotions sous ce masque de troll…

Jonathan paie pour les achats de son petit frère, qui le remercie, puis ils quittent la boutique.

* * *

Ariane croise le regard de son reflet. Les miroirs, contrairement aux photographies dans les magazines, ne mentent pas et lui exposent sa véritable laideur. Derrière l’image projetée au public, que reste-t-il? Une enfant maltraitée dans le corps d’une jeune femme que les gens considèrent comme une beauté. Pourquoi ne parviennent-ils pas à voir son âme meurtrie?

Peut-être ne le veut-elle pas, au fond…

Dans environ une heure, Jonathan et Stéphane viendront la chercher pour aller manger au Réveil d’Innstown. Comme d’habitude, elle camouflera ses yeux irrités par les larmes. Sans doute que son masque se révèle impénétrable : même son petit ami ne perçoit pas le vide qu’elle ressent.

Bientôt, elle y mettra fin.

La sonnerie stridente annonçant leur arrivée la fait sursauter. Ils sont beaucoup trop en avance! Elle n’est pas prête! Elle déverrouille la porte d’entrée à distance. Dans quelques minutes, le temps qu’ils gravissent les escaliers jusqu’au troisième étage, ils se présenteront devant elle, devant son visage ravagé par la tristesse. Elle court jusqu’à la salle de bain pour déguiser le plus possible les traces de ses larmes.

Pour la première fois, elle constate à quel point elle ressemble à sa mère. Pourquoi la vie se montre-t-elle aussi impitoyable avec elle? Partager l’apparence de celle qui l’a tant maltraitée, celle qui a transformé son enfance en une torture quotidienne est une douloureuse ironie.

Un bruit la tire subitement de ses pensées. Ils frappent à la porte.

* * *

La neige annihile la chaleur du quartier. Dès le printemps, les enseignes des petits cafés et les devantures des commerces regagneront leurs couleurs joyeuses mais pour les prochains mois, on ne pourra voir que la froide blancheur de l’hiver.

— Penses-tu qu’elle va être prête, cette fois-ci?

Jonathan discerne un certain reproche dans le ton de Stéphane. Depuis qu’il sort avec Ariane, son petit frère est jaloux. Jonathan espère qu’avec le temps, Stéphane finira bien par accepter la présence d’Ariane dans leur vie.

Une fois dans la pièce d’entrée du bloc appartement d’Ariane, ils sonnent. La porte demeure verrouillée. Ariane est peut-être sous la douche? Aucun problème, Jonathan possède une clé pour entrer. Ils se rendent au troisième étage et s’engagent dans le couloir où se trouve le logement d’Ariane.

—    Regarde, la porte…, dit Stéphane.

La porte de l’appartement est ouverte… Que se passe-t-il? Jonathan entre, les dents serrées, l’estomac tordu par l’anxiété, et court d’une pièce à l’autre.

Aucune trace d’Ariane.

Où est-elle?

—    Non! Non! crie-t-il en apercevant de la vaisselle brisée sur le sol et une chaise renversée.

La panique s’empare de lui. Que s’est-il passé? « Karla! C’est Karla! » lui souffle la petite voix dans sa tête.

—    Regarde ce que j’ai trouvé dans sa chambre, dit Stéphane.

Il lui tend une feuille de papier beige :

« À mort mon image.

Pourquoi les gens me trouvent-ils si belle? Mon copain ne cesse de me le répéter :

Tu es belle.

Mon amant aussi.

Non, je ne le suis pas.

Je le sais depuis des années, depuis toujours.

Ce sont les gens qui sont aveugles. Ils ne veulent que des apparences. Ils en ont besoin. Pour eux, ne suis-je qu’une apparence?

Ce soir, je vais y mettre fin. »

Les mains tremblantes de Jonathan ne peuvent supporter le poids de cette affreuse confession. Provient-elle vraiment de la main d’Ariane? Il reconnaît son écriture mais ces mots semblent tellement éloignés de ce qu’il connaît d’elle. S’agit-il d’une lettre de suicide? Son amant? Ariane le trompe? La frustration l’envahit et se mélange à la peur. Ariane est-elle capable d’une telle chose? Et que s’est-il passé ici? Où est-elle? Plusieurs scénarios défilent dans son esprit : enlèvement camouflé par une mise en scène de suicide, intention de suicide suivi d’un enlèvement, enlèvement et simple extrait de journal intime, fuite avec un amant maquillée en disparition… Étourdi, confus, Jonathan tente de taire ses pensées avant de devenir fou.

—    Pourquoi tu n’appelles pas la police? lui demande Stéphane.

—    Parce que je veux comprendre… Qu’est-ce qui s’est passé ici?

—    Elle a été enlevée, c’est sûr…

—    Tais-toi!

Jonathan commence à fouiller dans l’appartement. Il doit comprendre! Sur le lit d’Ariane repose une coupure de journal :

« Les Couleurs d’Innstown en sang

Hier, aux environs de dix-huit heures pendant le déroulement des célébrations de la fête d’Halloween, des centaines de personnes se sont entretuées, comme dans les guerres civiles qui ravagent certains pays du monde. Le commissaire Roger Martin est dépassé par les événements : « Nous ne comprenons pas encore ce qui a pu pousser ces centaines de personnes à commettre de tels actes violents. Certains témoins prétendent à un vent de folie collective, d’autres à un affrontement entre des gangs de rues…» »

Les Couleurs d’Innstown… Quel terrible massacre! C’est cette journée-là qu’il avait rencontré Ariane. Elle regardait, fragile et traumatisé, l’affrontement sauvage entre les gens… « Que c’est laid… » avaient été les premières paroles qu’elle lui avait adressées. Immédiatement, il l’avait trouvé belle. À travers toutes ces atrocités, il avait découvert une pointe de beauté.

Jonathan discerne des traces de larmes sur le papier journal. Ariane conserve-t-elle cette coupure en souvenir de leur rencontre, ou pour une autre raison?

Qui est Ariane? La connaît-il vraiment? Son regard bute sur un petit cahier au sol. Il le saisit et le feuillette : c’est une sorte de journal.

«Les Couleurs d’Innstown. C’est là que j’ai rencontré Jonathan. Il est tellement gentil avec moi. Il m’aide à oublier la laideur du monde. Mais pas ma propre laideur.

[…]

Aujourd’hui, je l’ai embrassé. Il ne faut plus que je recommence. Jonathan ne doit pas le savoir. Je l’aime, je ne veux pas le perdre.

[…]

Pourquoi je tombe facilement amoureuse des hommes? Je ne dois plus revoir Jacques.

[…]

Nous avons fait l’amour dans son arrière-boutique. Je n’aurais pas dû. Mais c’était bon. Il sait comment s’y prendre… Je ne le reverrai plus.

Jonathan tourne les pages de plus en plus vite, les yeux embués de larmes.

Aujourd’hui, je me suis promené avec Jonathan. Nous nous sommes arrêté dans un petit parc. Il est tellement romantique! Je ne reverrai plus Jacques. Pourquoi lui ai-je donné une clé? Il peut arriver à tout moment… Jonathan ne doit pas savoir.

[…]

Jacques m’a parlé d’un ami à lui. Tommy McCloud.

Jacques dit que Tommy est un grand artiste, un homme de théâtre. Il veut dénoncer la laideur de la beauté superficielle proposée dans notre société d’aujourd’hui. Faire tomber les mensonges, les masques, revenir aux valeurs d’antan. C’est très bien.

[…]

Aujourd’hui, je suis arrivé à la boutique de Jacques à l’improviste, et je l’ai surpris avec quelqu’un dans le sous-sol. C’était Tommy. Je ne l’ai qu’entrevu. Il a disparu dans un coin sombre. Jacques m’a paru très mal à l’aise. Il a expliqué que Tommy n’aime pas se faire voir. Il porte des masques. Peut-être est-il laid? Jacques a dit que je ne devais pas rester dans le sous-sol, sinon je verrais l’œuvre secrète que prépare son ami. Il paraissait très nerveux. Il m’a demandé de partir.

J’ai attendu un moment dehors et je suis revenu à l’improviste dans la boutique pour me rendre à la trappe. J’entendais Jacques parler, je n’entendais pas Tommy, peut-être qu’il chuchotait. J’ai appris la vérité, derrière les éloges que Jacques entretient envers son ami : Tommy McCloud est un fou. L’enfant de la terrible guerre qui s’est menée entre les traditionalistes et les progressistes d’Innstown et qui s’est achevée dans un terrible bain de sang. Les Couleurs d’Innstown.

Il tue pour démontrer sa cause!

Il se croit le juge de ce qui est vrai, de ce qui est faux, et croit pouvoir décider qui vivra et qui mourra.

Jacques  aide Tommy McCloud pour accomplir sa pièce, son œuvre. Jacques lui a même donné une idée : se servir de l’histoire de Karla pour camoufler ses propres meurtres… Tommy aime les masques, les mises en scène… C’est parfait pour lui.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Se croyait-il dans une des bandes dessinées qu’il vend? Deux vilains qui manigancent… Mais là, c’était pour vrai!

Je me suis enfuie en silence.

Je ne reverrai plus Jacques. C’est terminé. Je me sens tellement souillée. J’ai couché avec lui plusieurs fois. Il est aussi malade que son ami!

[…]

Je ne me décide pas à en parler à la police. Parce que j’ai peur que Jonathan se rendre compte pour moi et Jacques…Malgré les mots doux de Jonathan, je n’arrive plus à trouver la vie belle. Je me sens de plus en plus laide.

[…]

Ce secret me ronge. La laideur aussi. Je vais me tuer, ce soir.»

Complètement déboussolé et tremblant, Jonathan jette loin de lui le journal. Pourquoi a-t-il lu ces horreurs? Toute cette histoire n’a aucun sens! Mais oui, elle en a un : Ariane, sa belle Ariane, veut se suicider… Et Jacques, ou ce Tommy, est venu l’enlever. Dégoûté, Jonathan se précipite vers la boutique de bandes dessinées. Plus rien n’existe sinon le faible espoir de retrouver Ariane vivante dans ce labyrinthe de terreur. Pourquoi coure-t-il pour la sauver? Après tous ces mensonges…

Il doit la revoir.

Il entend Stéphane courir derrière lui. Il doit se sentir délaissé… Tant pis! Jonathan n’a pas le temps. Il doit agir. Aussitôt qu’ils arrivent, ils constatent que la boutique est déserte.

— Jacques? crie Jonathan en balayant la place du regard.

Ils entendent un cri provenant de derrière le large comptoir de service.

—    Jacques!

Ils s’y rendent pour découvrir une trappe ouverte sur un sous-sol obscur. Tout près du trou se trouve une lampe de poche, en dessous du comptoir. Jonathan la saisit.

—    Il est là! lance-t-il en sautant dans le vide sans se servir de l’échelle.

—    Tu es fou! crie Stéphane.

Jonathan tombe sur ses deux pieds, serre des dents sous le poids de son corps. Sans perdre un instant, il allume la torche électrique et commence à explorer la pièce sombre avec le faisceau de lumière. Il s’agit d’un petit entrepôt dont les murs sont tapissés de boites.

—    Ici, je suis ici…

—    Jacques?

Le commerçant apparaît dans le faisceau de la lampe. Couvert de sang, l’homme est attaché sur une chaise. Avec dégoût, Jonathan remarque que son corps nu est couvert de plaies et de lacérations.

—    Attention…, dit Jacques dans un murmure. Il est là…

Jonathan entend du bruit derrière lui, il se retourne. Stéphane descend par l’échelle pour venir le rejoindre.

—    Ce malade…, murmure Jacques. Tommy voulait me… m’enlever le visage…

—    Jacques, qu’est-ce qui se passe? Où est Ariane?

—    C’est un grand artiste… Quand je lui ai dit de choisir les plus belles modèles d’Innstown, je ne pensais pas… Pourquoi l’a-t-il choisit… elle en deuxième, après Valérie Carlson? J’ai essayé de l’en empêcher…, répond Jacques en pointant vers les ténèbres.

Grâce à la torche électrique, Jonathan aperçoit un espace vide sur un des murs. Il réalise rapidement que ce petit passage mène sur une autre pièce, à quelques mètres.

Une voix lui provient de l’autre pièce. Il reconnaît l’intonation d’Ariane, empreinte de douleur. « Je suis laide… »

Il commence à se glisser dans le réduit, il y parvient, son corps étant maigre.

—  Ariane! Est-ce que tu m’entends?

—    Jonathan! Reviens ici, tu vas te faire tuer! lui dit Stéphane, trop effrayé pour le rejoindre dans le passage.

Jonathan réussit à atteindre l’autre pièce.

—    Je suis laide. Laide

—    Ariane, je suis là!

L’endroit ressemble à une caverne avec plusieurs ouvertures sur d’autres passages sombres. Dans un coin, Ariane est attachée par les mains à une barre de fer, son corps nu suspendu dans le vide. Jonathan s’élance vers elle et lui caresse le visage. Il retire aussitôt sa main : la peau de sa figure a été arrachée.

—    Je suis belle…, souffle un ton rauque sur sa gauche.

Un masque d’une blancheur mortelle émerge des ténèbres, juste devant Jonathan. Il y reconnaît à peine les traits de sa petite amie. Une lame brille au dessus de ce visage sans âme. Et le couteau s’abat sur la victime.

* * *

Stéphane et Jacques sont plongés dans les ténèbres, à peine éclairées par la trappe ouverte à quelques mètres d’eux.

Un cri terrible les fait sursauter tous les deux. Stéphane se bouche les oreilles. Ce cri, c’était celui de son grand frère. Un cri de mort. Des larmes envahissent ses yeux. Jonathan ne peut pas être mort. Pas lui. Il va revenir, c’est sûr. Pourtant, il en doute. Il tremble. Pourquoi est-il mort? À cause d’Ariane. Pourquoi a-t-il fallu qu’il tombe amoureux de cette fille? Si Jonathan n’avait pas ressentit le coup de foudre pour elle, il serait encore en vie!

—    Petit… ton frère est mort…, souffle Jacques, à l’agonie.

Le commerçant pousse un dernier râle avant de s’éteindre, abandonnant Stéphane en pleurs.

—    Ne pleure pas… Je ne suis pas mort, murmure une voix, depuis le passage étroit.

Stéphane se fige sur place. Cette voix n’appartient pas à son frère! La torche électrique s’allume pour laisser apparaître un masque de chair tenu par une main camouflée par la noirceur. Cette peau a déjà appartenue au visage de Jonathan.

—    Noooooon!

La lumière s’éteint.

L’enfant ferme les yeux, contaminé par l’horreur. Lorsqu’il les ouvre, il est à l’extérieur du magasin, en train de courir, courir pour fuir cette vision de la mort, pour ne plus jamais revenir dans ce lieu qu’il avait pourtant chéri à chaque semaine. Sans un regard pour tous ces super héros auxquels il croyait tant et qui n’ont rien fait pour empêcher la mort de son frère.

* * *

La lame du couteau s’enfonce dans la gorge du cadavre de Jacques. Tommy McCloud s’assure de bien découper les contours de son visage avant de lui arracher la peau.

Un nouveau masque pour son œuvre.

L’idée de Jacques d’emprunter les méthodes de Karla la sanguinaire allumait plus ce dernier que Tommy. Cela l’avait éloigné de ses motivations : reproduire, à sa manière la pièce de théâtre Nocturne, rendant hommage à la Vérité, à la Beauté des Anciennes Valeurs, à l’Ancien Innstown.

Quelques années auparavant, son défunt père avait adapté cette pièce à sa manière. Tommy avait même participé à la mise en scène, y avait incarné un rôle important en répandant le sang de ceux alliés au Mensonge, à la superficialité de l’Innstown Moderne… Mais son père n’avait pas été assez loin car personne n`avait pu associer le massacre des Couleurs d’Innstown à Nocturne.

La prochaine fois, les gens d’Innstown comprendront le message. Ils n’auront pas le choix de s’ouvrir les yeux et de revenir aux valeurs ancestrales.

Cela lui prendra sans doute des années de préparation.

Encore une centaine de masques à fabriquer…

Et Nocturne pourra revivre.

———————————————————————————————–

Les Horreurs Silencieuses vous attendent en librairies dès septembre 2010!

« Silencieuses »

Jonathan Reynolds

Éditions Les Six Brumes, 2008

ISBN 13 : 978-2-9809632-6-1


Publicités
 
7 Commentaires

Publié par le août 13, 2010 dans Uncategorized

 

7 réponses à “Vendredi 13 ou le retour des Horreurs Silencieuses!

  1. Donald Plante

    août 14, 2010 at 6:43

    Avec Ombres, c’est le seul livre de toi que je n’ai pas. :p Ah! et le collectif Équinoxe! 😮

     
  2. aveugle

    août 14, 2010 at 12:31

    Je trouve que, côté style d’écriture et côté histoires, Silencieuses est mon préféré, personnellement.
    Ombres est de plus en plus rare… Je ne suis pas sûr mais je pense qu’il en reste moins de 20 copies.

     
  3. Donald Plante

    août 15, 2010 at 1:47

    Oh! Il ne faut pas que tarde, alors! Merci pour l’information.

     
  4. aveugle

    août 16, 2010 at 1:46

    De rien… vite, vite! 😉

     
  5. Donald Plante

    août 17, 2010 at 4:25

    C’est commandé avec Équinoxe et L’aurore!

     
  6. aveugle

    août 17, 2010 at 5:12

    Yes sir! Les Brumes te remercient! Tu viens : 1) d’encourager la culture québécoise 2) de te procurer des livres de plus en plus rares 3) de faire ma journée. 🙂

     
  7. Donald Plante

    août 18, 2010 at 3:52

    Génial! 😀

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :