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Le succès

28 Nov

Je vous invite à lire l’excellent billet de ma collègue Élisabeth Tremblay (dont je vous recommande la série de fantasy « Filles de Lune ») avant de continuer à lire mon billet :

http://fillesdelune.blogspot.com/2010/11/vous-aimez-la-polemique.html

Dans l’ensemble, je suis d’accord avec Élisabeth.

Oui, le succès des Chevaliers d’Émeraude, peu importe ce que je pense du contenu des livres de cette série (ça, c’est une question de goût), a été très bénéfique pour :

1) nombre de d’autres séries de fantasy québécoises de d’autres auteurs,

2) aux éditions De Mortagne que je respecte beaucoup et qui font de l’excellent travail,

3) aux gens, jeunes et adultes, qui ne lisaient pas et grâce à ça se sont mis à lire…

…mais là où je ne  suis pas tout à fait d’accord, c’est sur les causes du succès de cette série. Je cite un extrait du billet : « Des gens qui ne lisaient pas ou peu, des gens déçus de ce que les écrivains leur proposaient, des gens qui n’arrivaient pas à «embarquer» dans une histoire jusqu’à la fin » Je mettrais un bémol ici : ça dépend ce qui leur était proposé, à ces gens… ce qui était facile d’accès (et pas juste dans le sens littéraire mais surtout ce qui était bien visible dans les librairies et sur les affiches et à Tout le monde en parle et etc…) Selon moi, peu importe la qualité et le talent de l’auteur (que je ne mets pas en doute ici, nous ne sommes pas là pour ça), un phénomène, un succès commercial se bâtit la plupart du temps (attention : je n’ai pas dit toujours) de toutes pièces, et oui, c’est souvent calculé avec les ingrédients suivants :

– 1 litre de moyens financiers (parce que la pub, la visibilité, ce n’est pas gratuit, et comme les gens sont influencés par ce qu’ils voient le plus, le plus souvent, et donc, dans leur esprit, par ce qui marche, ils ne veulent pas être ceux et celles qui ne connaissent pas le tout nouveau truc hot et bien donnez l’impression aux gens que tel truc est populaire et les gens embarqueront…) Effectivement, il n’y a pas de pubs à la télé pour les livres (fort heureusement!), mais feuilletez un peu les journaux, les revues, la presse écrite… et qu’en tant qu’ancien commis-libraire, j’ai été déçu de voir que ça marchait comme dans les épiceries, comme dans n’importe quel magasin : la place, la meilleure place en librairie, ça se paie et ça coûte très cher. Un livre, c’est un produit comme un autre. Dommage mais bon, c’est comme ça que ça marche. Alors, que pensez-vous que les gens achètent quand ils pensent avoir le choix entre 3-4 trucs? (alors qu’il en existe des milliers d’autres au contenu aussi accessible mais un peu moins visible. Je trouve dommage que la plupart des gens semblent penser que quelque chose qui est populaire est nécessairement meilleur que ce qui pourrait l’être mais, faute de $ pour le promouvoir, l’est moins. (En guise d’exemple : si Les Six Brumes aurait eu les moyens financiers nécessaires, la série «Alégracia» de Dominic Bellavance aurait pu avoir un énorme succès, au même titre que d’autres séries mais faute de $, nous avons frappé un mur et connu nos limites face à ce projet, nous avons fait tout ce que nous avons pu pour obtenir un certain succès dont nous sommes fiers mais si cette série avait été publiée chez un plus gros éditeur, ou un éditeur plus en moyen, ça aurait pu grimper assez facilement dans les palmarès) Ah oui, au fait, les places de Palmarès, ça s’achète aussi pour un éditeur. (Je ne suis pas en train d’insinuer quoique ce soit par rapport aux Chevaliers d’Émeraude, je fais juste dire ce qui en est).

200 ml de contacts (il faut vraiment que je la commente, celle-là?)

150 ml de timing : vers le début du millénaire… tiens, tiens, il y a un phénomène autour de Lord of the Rings et de Harry Potter, faisons les touristes opportunistes et écrivons de la fantasy inspirée bien sûr de l’une ou l’autre de ces séries! 😉

0.1 gramme de chance, ou hasard (Tiens, tiens, madame une-telle qui a beaucoup, beaucoup d’ami(e)s achète un livre inconnu au hasard et en parle à tous ces ami(e)s qui en feront autant, à la vitesse de l’éclair! Oui, la meilleure publicité est le bouche à oreille mais encore faut-il que ce bouche à oreille dure assez longtemps et soit suffisamment gros pour créer une vague, un phénomène.

Non, vraiment, je pense qu’un phénomène, qu’un succès commercial est créé de toute pièce dans pas mal de cas (pas toujours mais…).

À aucun endroit dans ce billet, je n’ai dit que ce qui est populaire est mauvais. Loin de moi cette idée. Par exemple, j’ai vraiment adoré la série Millénium qui est un véritable phénomène. Par contre, je sais très bien qu’il y a pleins d’autres excellents, sinon meilleurs, livres à lire dans le même genre.

Je ne veux pas paraître pour le « littéraire élitiste au petit doigt levé dans les airs » qui n’aime que ce qui est imprimé à 50 copies et qui a été primé de prix d’un milieu dont monsieur-madame tout le monde n’entendra jamais parler de toute façon… Je lis les livres sans me soucier s’ils sont populaires ou non, sans porter de jugement au préalable.

Et ce n’est pas du tout une question de jalousie. Ceux et celles qui ont du succès ont travaillé très fort pour en arriver là et je les félicite. C’est juste que s’il y a une bonne machine derrière eux, ça aide pas mal. Disons que ça va plus vite pour réussir à atteindre plus de lecteurs/lectrices.

Bon, pour me reposer les doigts, je vais aller lire un peu l’excellent «La tueuse de dragons » d’Héloïse Côté (Hé! Amateurs de fantasy, ça aussi je vous le recommande!)

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6 Commentaires

Publié par le novembre 28, 2010 dans Uncategorized

 

6 réponses à “Le succès

  1. Alamo

    novembre 28, 2010 at 9:56

    Hallelujah mon frère! Tu résume entièrement ma pensée et je n’ai rien de plus instructif à rajouter…

    En passant, « La Tueuse de Dragons » d’Héloïse Côté, ÇA, c’est de la bonne fantasy! L’histoire, l’univers, les personnages ET la prose sont excellentes et avec une auteure comme elle parmi nous, je SAIS qu’il s’écrit de l’excellente fantasy au Québec et que la relève est assurée!

    Pour revenir à ton modèle de librairie dystopique, c’est tout à fait vrai et c’est la raison pour laquelle j’ai comme projet d’ouvrir un jour une librairie spécialisée en littérature de genre où l’on pourra discuter des oeuvres, chercher les trésors du milieux et pas se faire chier par les « c’est ça qui se vends, ça doit être bon » et se faire conseiller un livre par quelqu’un qui s’y connait vraiment! 😉

     
  2. Gen

    novembre 28, 2010 at 10:38

    L’aspect publicité et le timing sont deux excellents points. Moi aussi cette phrase d’Élisabeth m’avait fait un peu tiquer.

    Je connais énormément de gens qui disent que les livres québécois ne les rejoignent pas, mais qui n’en ont jamais lu parce qu’ils ne ramassent que les traductions américaines mises bien en évidence sur les présentoirs.

     
  3. Elisabeth

    novembre 29, 2010 at 12:07

    @Gen et Jonathan: La phrase qui vous a fait tiquer est un «copier-coller» de ce que les gens me disent dans les salons du livre. Je tiens à le préciser. Quand on leur demande pourquoi ils ont lu les Chevaliers au lieu d’autres choses, c’est ce qu’ils répondent. J’aurais bien aimé pouvoir vous dire autre chose… 😉

    Pour le reste, je suis entièrement d’accord avec Jonathan. Ma série en est la preuve et je ne m’en suis jamais cachée. Ne me demandez pas de m’en excuser non plus cependant… J’ai travaillé sur mes textes en … depuis trois ans. 😉

    À savoir: Mortagne n’avait pas les moyens financiers d’aujourd’hui pour la pub quand ils ont lancé les Chevaliers. Loin de là. La série a réellement décollé en 2006, quand le tome 5 a gagné le Grand Prix littéraire Archambault…

     
  4. Carl

    novembre 30, 2010 at 3:30

    Ah ! J’embarquerai pas là-dedans !
    Je vais me contenter de dire que, quand je vois le succès des autres auteurs, ça me fait réaliser que je dois arrêter de lire des blogues et me remettre à écrire…

    Tu es toujours pertinent Jonathan… et toujours sincère. J’aime ça.

     
  5. aveugle

    décembre 1, 2010 at 3:27

    @Alamo : Amen! Beau projet que tu as là! 🙂
    @Gen :Exactement. Il y a des gens qui pensent que les québécois font juste des romans qui se déroulent sur le plateau Mont-Royal ou des romans historiques (je n’ai rien contre l’un ni l’autre, en passant) et sont surpris d’apprendre que les auteurs d’ici font dans tous les genres, comme les auteurs d’ailleurs.
    @Elisabeth : Ah ok! 🙂 Pour le succès en 2006 des Chevaliers, je ne savais pas, j’étais sûr que ça avait débuté assez fort…
    @Carl : Bonne idée, embarque pas là-dedans! 😉
    @Ed Hardcore : billet intéressant que tu offres là!

     

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