Nommez-moi une histoire

Il y a quelques années, je me trouvais sur un Mont dont je ne me souviens plus du nom. Alors que le paysage devant moi aurait émerveillé n’importe qui et aurait du m’enchanter… et bien non, j’étais un peu troublé.

Les autres me disaient : « Wow, c’est beau, hein? ». Moi, je me répétais silencieusement : « Quoi? Ce n’est que ça, le Québec? La Terre? Il n’y a rien d’autres que des monts, des plaines, des forêts, quelques rivières et ça et là, des maisons, des villages… parfois des villes plus grandes.»

Je ne saisissais pas trop pourquoi ça me troublait. Je me souviens en avoir parlé avec mon bon ami Guillaume Houle et sa réponse s’est gravée dans ma mémoire :

« C’est parce que tu n’arrivais pas à nommer ces régions, ces villages… Tu n’avais aucun souvenir à quoi associer ces lieux, aucun attachement, aucune histoire qui te reliait à eux. Pour toi, c’était des places sans visage, sans âme. »

Et il avait bien raison.

Non seulement je venais de comprendre ce que j’avais ressenti ce jour-là mais désormais, à toutes les fois où je m’apprête à écrire une histoire, où je veux créer un personnage, où je désire inventer un lieu de toute pièce, je me souviens de ce qu’il m’a répondu cette fois-là.

Parce que le lecteur qui lit une histoire, c’est un peu comme moi sur la montagne qui, si je n’arrive pas à m’identifier à ce que je vois, je m’en fous, au fond et je m’en vais, indifférent. Pareil pour le lecteur, il doit s’identifier au personnage et le suivre dans des lieux concrets, bien dépeints, pour vivre l’histoire que l’auteur lui propose. Et si ça fonctionne, il s’en souviendra et la partagera avec les siens peut-être aussi bien, sinon même mieux, que le souvenir d’une belle journée vécue.

Les histoires ont toujours été importantes pour l’être humain. Depuis le début de l’humanité. Et ces histoires, elles circulent, se renouvellent, meurent ou survivent selon l’intérêt qu’on leur porte, selon la passion qu’on leur transmets, selon le nom qu’on leur donne.

Insuffler la vie avec les mots.

Pour moi, ce qui a du sens, c’est quand les choses ont un nom, un visage, un vécu, des souvenirs, une histoire. C’est là où naissent les légendes.

Ça ne sert à rien, par exemple, d’insérer mille dragons ultra-dangereux dans votre roman de fantasy, suggérez-en un, un qui possède un nom, un nom que les villageois chuchotent, de peur de le réveiller, son nom devient légende, une terrible légende. Peut-être que ce fameux dragon n’apparaîtra jamais dans votre histoire mais le lecteur se rappellera que cette région avait vraiment la trouille de ce fléau qui, sans même être présent, impose un contexte de tension dans l’intrigue. Ou encore qu’il paraît que dans le village de l’autre côté des collines, il y aurait un forgeron du nom de Main-de-fer, un ancien mercenaire qui aurait combattu des centaines d’hommes à lui seul grâce à son redoutable poing en acier forgé. Peut-être qu’il n’apparaîtra pas, lui non plus, dans l’intrigue mais de mentionner un tel personnage apporte de la vie aux lieux, apporte des légendes, une histoire.

Lovecraft l’avait bien compris avec son Cthulhu.

Et, de nos jours, de façon purement terre à terre, les équipes de hockey l’ont bien compris : même moi, qui ne regarde pas le hockey, je sais qui est Kovalev, j’ai entendu mille fois le nom de Maurice Richard. Pourquoi les joueurs de hockey deviennent souvent des héros auxquels les Québécois s’accrochent tant? Parce que les médias véhiculent leurs exploits, leur nom, comme dans le roman fictif de fantasy mentionné plus haut les gens parlaient du redoutable dragon ou de Main-de-fer.

Parce que quand on a un nom, on existe. Un nom, c’est le début d’une histoire, d’une vie.

 

Publicités

7 réflexions sur “Nommez-moi une histoire

  1. Excellente réflexion.

    Ton dernier paragraphe me fait penser à la coutume du MMA de donner des surnoms aux combattants. Ces surnoms-là portent toute une histoire, permettent de caractériser les combattants d’un mot… et de faire grandir leur légende.

    • @ Gen, la MMA plagie sur la lutte WWE depuis plusieurs années 😛

      Pour voir des personnages plus grands que nature et qui se rapprochent le plus des super-héros rien ne bat les lutteurs 😉

      • Heu… et la lutte plagiait la boxe. Et tout le monde plagie les gladiateurs romains. L’idée c’est le mécanisme pour faire la légende, le contexte précis a peu d’importance.

  2. Le pugilat romain, les gladiateurs, la boxe, la lutte et les arts martiaux copient tous Empereur GHOULE, le plus célèbre des mort-vivants, qui casse du zombie dans toutes les dimensions du multivers connu… qu’on se le dise! ;-D

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s