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Mon ennemi no.1

20 Mai

Quoi? Jonathan Reynolds peut avoir des ennemis? Tout à fait. Pour être plus précis, j’en ai un mais un qui en vaut cent (au moins!)…

Mon ennemi no.1 : Pierre-Luc Lafrance

Et je croyais enfin m’être débarrassé de lui lors du Congrès Boréal lorsque j’ai lu en public la nouvelle qui suit… mais non! Sa vengeance, effroyable et sournoise, vient frapper à ma porte un peu plus à chaque jour (comme cette semaine est étrange!) Je vous le dis : c’est la malédiction de Lafrance!

RETOUR À INNSTOWN

Ne vous fiez pas aux apparences. Jamais. Je ne suis pas Jonathan Reynolds, je m’appelle Pierre-Luc Lafrance, je viens au congrès Boréal depuis mon anniversaire de 18 ans, anniversaire que j’ai fêté ici d’ailleurs. Peut-être que certains d’entre vous s’en souviennent.

Mais si je suis ici ce soir, ce n’est pas pour parler de moi mais plutôt de lui, mon pire ennemi, à savoir Jonathan Reynolds.

Oui, ce petit salaud qui se prétend auteur. Regardez-le avec ce chandail vert fluo. Non, mais, a-t-il vraiment l’air d’un auteur, d’un auteur d’épouvante? En tout cas, il a pondu des navets comme « Nocturne » et « Silencieuses », entre autres. Ce n’est pas parce qu’on met son nom sur un livre qu’on est auteur.

Lui, c’est plutôt un fou, un malade de la pire espèce. Son visage souriant camoufle bien ses intentions malsaines…

À cause de lui,  je suis prisonnier.

Je peux vous parler parce que je lui vole du temps d’antenne, grâce à un pouvoir que j’ai développé à l’aide d’un vieux grimoire trouvé à la bibliothèque de l’asile, un transfert de conscience, en quelque sorte. Présentement, c’est lui qui est prisonnier de mon corps… pour quelques minutes. Quelques minutes pendant lesquelles je vole la vedette au narrateur de son histoire clichée, à la limite du pathétique. Donc, au lieu d’une intrigue déjà racontée mille fois (il allait vous faire perdre votre temps avec un détective privé, vampire de surcroît qui, au fil de son enquête sur un meurtre sordide, tombe en amour avec une femme loup-garou) je vais vous raconter comment j’en suis arrivé là.

Comme ça, vous ne ferez pas la même erreur que moi. Je vous avertis dès maintenant : ne lisez plus de Jonathan Reynolds! C’est dangereux!

On dit qu’il faut connaître encore plus ses ennemis que ses amis, non? Et bien, c’est ce que j’ai tenté de faire en lisant toute l’œuvre (si on peut appeler ça un œuvre) de Reynolds d’un bout à l’autre. Du temps où on était ami, avant qu’une féroce compétition pour le succès s’empare de nous et déchire notre amitié, j’aimais acheter ses livres pour l’encourager et je le trouvais même assez prometteur dans son genre…

Mais, après une guerre froide de quelques années, j’ai décidé le mois passé (est-ce bien le mois passé? Le temps semble s’écouler différemment ici…) d’écrire un essai pour le démolir une fois pour toutes, exemples de sa fâcheuse tendance au plagiat et preuves à l’appui, essai que j’allais soumettre à la revue Solaris.

Mais alors que, aux petites heures du matin, j’en étais rendu au dernier titre de Reynolds, La nuit du tueur (Non, mais vous pouvez mesurer l’étendue de son originalité avec un tel titre…), je me suis assoupi, sans m’en rendre compte, il en va de soi.

Du peu que je me souviens, j’ai rêvé de sa sale gueule, oui, la sienne, qui riait de moi, il riait, il riait sans fin, en me pointant du doigt… J’aurais juré que dans ses yeux brûlaient des flammes, celles de l’Enfer.

Quand je me suis réveillé, je n’étais plus dans le confort de ma maison. J’avais froid, très froid. On aurait dit que… J’ai ouvert les yeux. Mais oui, j’étais nu! Complètement nu. Mon corps, à peine couvert de quelques voiles de neige. Où étais-je? J’étais couché dans un parc. Devant moi, la grisaille du ciel. Juste à côté, des fleurs desséchées, étouffées par un lourd tapis hivernal. Un peu plus loin s’élevaient des chênes aussi dénudés que moi. Autour du parc, de hauts édifices sombres, l’air abandonné, du moins c’est ce que je devinais en voyant le pitoyable état des fenêtres. Cassées, sales.

Et ce silence… seulement entrecoupé de celui, cruel, du vent glacial.

Sentiment de déjà-vu… déjà-lu?

Je n’osais pas me lever, de peur qu’un éventuel piéton me surprenne ainsi, dans ma plus simple tenue. Et pourtant, je n’avais pas le choix. Rester ici ne m’avancerait guère. J’étais glacé.

Je me suis mis sur pied en cherchant du regard un abri pour me cacher, me réchauffer.

C’est ainsi que j’ai remarqué, juste là, sur ma droite, la pancarte qui m’a fait croire à une blague, un canular.

 « Parc central d’Innstown. »

Quoi? Mais Innstown n’existait pas vraiment… n’est-ce pas? Non, non, bien sûr que non. Jonathan Reynolds devait posséder des moyens après tout. Assez pour mettre sur pied mon enlèvement… Oui, c’est ça, on avait dû me droguer et me transporter ici… mais où était ce ici? Parce qu’on n’aurait pas dit de simples décors de théâtre, ces buildings qui faisaient penser à des films post-apocalyptiques étaient pourtant bien concrets, bien réels, là tout près de moi. J’étais donc quelque part mais certainement pas à Innstown, contrairement à ce qu’il voulait me faire croire.

Et non, petit con, je n’allais pas tomber dans le panneau! Mes membres de plus en plus gelés, j’avançais sans savoir où j’allais, juste pour tenter de… de…

Un bruit. Derrière moi. Des pas.

On m’interpellait, une voix grave, un peu rocailleuse :

– Hé, vous!

Mon corps s’est crispé, je suis demeuré paralysé et muet.

– Va le chercher, ce doit en être un autre.

– Merde, il est tout nu. Pourquoi c’est pas toi qui y va?

– Parce que moi je le tiens en joue.

Là, je me suis retourné. Ils étaient deux, vêtus de manteaux d’hiver. Un barbu qui s’avançait vers moi. Un moustachu qui braquait un fusil de chasse pointé dans ma direction. Il n’avait pas l’air en plastique, ce fusil.

– Bouge pas, reste tranquille…, m’ordonna le barbu en s’approchant de plus en plus.

Bouge pas? Est-ce que j’avais l’air de vouloir m’enfuir? J’étais frigorifié et on me menaçait d’une arme à feu!

– C’est pas parce que plein de monde ont déserté la ville que les fous comme toi peuvent s’enfuir de l’Institut, me dit le moustachu.

L’Institut? L’Institut psychiatrique Quinn, celui d’Innstown, bien sûr. Ils me prenaient pour un dingue échappé de l’asile! Ou plutôt : ils jouaient ce rôle, engagé par ce satané Reynolds. Mais pourquoi toute cette mise en scène, pour moi seul? Peut-être qu’il avait su pour mon projet de le démoli et avait voulu agir avant… M’isoler, et peut-être ultimement m’amener à croire que j’étais fou.

– Écoutez messieurs, je sais que c’est un canular, une blague stupide. On arrête tout immédiatement.

– Bon, viens alors, on te ramène à ta chambre.

Même si je savais qu’ils ne s’agissaient que de deux acteurs et que celui avec le fusil n’avait aucune intention d’appuyer sur la gâchette, j’étais habité par le doute, celui que tout ceci puisse être vrai.

Lentement, le barbu posa sa main sur mon épaule. Je remarquais à ce moment qu’une longue cicatrice traversait son front. Je devinais qu’il en avait vu d’autres, des plus coriaces que moi.

– C’est ça, tranquille.

Autant jouer leur jeu et en terminer au plus vite. Je n’ai offert aucune résistance alors qu’ils m’ont fait entrer dans leur camionnette blanche identifiée Institut Psychiatrique Quinn. Des vêtements m’attendaient sur le siège arrière. Je les ai enfilés sans plus attendre. Au moins, j’étais au chaud, en cage, derrière une grille, mais au chaud.

– Bon, où est-ce que vous m’emmenez vraiment?

Devant, le silence. Comme seul bruit, le ronronnement du moteur. Dehors, les rues désertes commençaient à défiler sans que je ne reconnaisse une ville… existante. Sinon, ça ressemblait aux descriptions du roman Nocturne. Parce qu’il avait vraiment tout prévu, le diable! Des devantures d’endroits que je croyais fictifs apparaissaient devant mes yeux : le petit restaurant Le réveil d’Innstown, la librairie d’occasion À la page oubliée… et là bas, oui, n’est-ce pas la toiture du Collège d’Innstown tel que je me l’étais imaginé?

Non… non, c’était juste une coïncidence… Nocturne. Ce maudit livre ne se terminait pas justement avec l’arrivée de l’hiver? Dehors, la neige. Et suite à un affrontement terrible entre les membres de deux sectes, la ville n’était-elle pas à feu et à sang?

Dehors, une ville morte, maintenant.

On a roulé un certain temps. Plus on roulait, plus je croyais à toute cette histoire. Je suis pourtant quelqu’un de rationnel… mais un moment donné, on n’a plus le choix de croire.

C’est quand j’ai reconnu l’Institut Psychiatrique Quinn que mes doutes se sont éteints. Exactement comme je l’imaginais : une bâtisse haute, laide, qui semble dévorer tout espoir. À l’intérieur de ces murs, l’humain n’a pas sa place. À ce stade, ce ne sont plus des humains. Ce sont des monstres qui y sont enfermé.

– De retour chez toi, mon gars.

Je n’ai même pas tenté de me débattre quand ils m’ont emmené en dedans.

J’aurais dû. Oh que oui. Mais au fond, pour aller où?

Depuis ce temps, je fais parti de ces monstres, de ces aliénés. Les autres ne me parlent pas. En fait, personne ne vient me voir à part moustachu et barbu. Quand je fais des crises, ils me jettent dans la cellule capitonnée. Et après un certain temps, ils reviennent me chercher, me ramène parmi les autres, dans une salle aux murs verts. Parfois, la nuit, j’entends le grondement du tonnerre. Mais il n’y a jamais de tempête. Le tonnerre est de plus en plus fort. J’ai l’impression que quand ça va éclater, ça va être la fin de tout. Je ne sais pas comment m’en sortir, je suis prisonnier de l’imaginaire macabre que Jonathan Reynolds avait décidé d’abandonner en 2008. Il ne se passera plus rien ici, dans cet endroit que même son créateur a oublié. Si vous savez comment m’aider, quelqu’un, aidez-moi! (Gauthier! Gélinas! Aidez-moi!)

N’oubliez pas : ne vous approchez pas de ses livres! Non seulement ils ne sont pas bons mais en plus ils sont dangereux! Une dernière chose… Je me répète mais ne vous fiez pas aux apparences. Ne vous approchez pas de celui qui prétend être Pierre-Luc Lafrance, mon ancien corps qui marche parmi vous. Ce n’est pas moi! Je ne sais pas qui c’est… ou ce que c’est…

Quelque chose qui a traversé dans votre réalité pendant que moi je croupis ici…

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12 Commentaires

Publié par le mai 20, 2011 dans Uncategorized

 

12 réponses à “Mon ennemi no.1

  1. Frédéric Raymond

    mai 20, 2011 at 1:25

    Cela explique les discussions sur le sacrifice rituel de bébés et les ânes gonflables… Nom d’un chien! Je me suis laissé berner!

     
  2. Carole Lavoie

    mai 20, 2011 at 2:18

    Trillant. Vraiment trillant.

     
  3. Pierre-Luc Lafrance

    mai 20, 2011 at 5:10

    Tu es chanceux que je n’ai pas le temps d’écrire le reste… ta vie deviendrait un vrai enfer !

     
    • aveugle

      mai 21, 2011 at 12:30

      Lafrance : toi et moi, c’est la guerre!

       
  4. Alamo St-Jean

    mai 20, 2011 at 7:46

    On va renommer l’antho « Lafrance VS Reynolds: l’ultime combat »!

     
    • aveugle

      mai 21, 2011 at 12:31

      YES SIR!!! Mais Ariane Gélinas, où est-ce qu’elle se place dans toute cette bataille? :-O

       
      • Frédéric Raymond

        mai 21, 2011 at 2:16

        C’est elle qui tire les ficelles… des deux combatants!

         
  5. Ariane Gélinas

    mai 22, 2011 at 2:34

    Ariane, le fil, les ficelles… Voilà qui me convient très bien !
    « Lafrance VS Reynolds: l’ultime combat » 🙂
    En espérant que ce soit bien sanglant !

     
  6. aveugle

    mai 22, 2011 at 5:22

    Haha! 🙂 Ce sera bien plus sanglant que « Freddy VS Jason »!

     

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