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SHOW don’t tell

11 Jan

Ou en français : Montre, ne dis pas.

Je ne suis pas le premier à le dire ni le dernier mais ça me tente aujourd’hui d’en écrire un petit billet, sans prétention.

Le truc le plus important, selon moi, en écriture : de montrer les choses plutôt que de se limiter à les dire.

Et c’est là le plus grand défi de l’auteur : de faire vivre une expérience la plus vraie possible, la plus sensorielle possible à son lecteur plutôt que de simplement lui dicter les actions d’un personnage.

Parce que des idées, des histoires, tout le monde peut en avoir en tête, encore faut-il qu’elles soient écrites de façon intéressante… (À ce moment, je relis des extraits de la plupart de mes nouvelles publiées et je me dis : Ich! Avoir connu ce truc plus tôt et comment l’appliquer, je ne les aurais pas écrites de cette façon…)

Les pièges qui attendent l’auteur sur son chemin sont nombreux, en voici deux :

– Utiliser trop d’adverbes (un adverbe, c’est bien mais une dizaine par page représente un problème : les adverbes sont, trop souvent, des raccourcis pour l’auteur qui veut se simplifier la vie.) Exemple : La maison était tellement vieille qu’elle ne cessait de grogner terriblement sous les tortures de vent hivernal. Inévitablement, Pierre devait y entrer même si son coeur battait anormalement vite!

AAAAAH! Juste à la lecture, c’est irritant. Bon, ok, je me calme. Laissons le premier adverbe, TELLEMENT, en place et passons au deuxième, TERRIBLEMENT : ici, le lecteur ne sait pas pourquoi  les grognements de cette maison sont terribles et avec raison : ils ne sont pas montrer. Ce n’est que platement dit, tout cuits dans la bouche. Si on se rends au troisième adverbe, INÉVITABLEMENT, il représente un raccourci qui évite à l’auteur de décrire ce que Pierre ressent face à cette fatalité. Bien sûr, dans mon exemple, il manque un contexte qui expliquerait pourquoi c’est inévitable que Pierre entre dans dans cette maison. Mais au fond, ce qui est important, c’est ce que va ressentir le lecteur. Même chose pour ANORMALEMENT : ah? Qu’est-ce qui fait qu’il bat de façon anormale? En vérité, ce n’est pas ANORMAL du tout, ce n’est certainement pas la première fois qu’il bat plus vite… Et pourquoi pas simplement vite?

– Utiliser trop d’adjectifs (même chose : un adjectif, c’est nécessaire mais pas vingt par pages et surtout pas quatre ou cinq dans la même phrase : un trop plein d’adjectifs étouffe, noie le propos d’une phrase et tous en perdent leur saveur, leur importance. Aussi, ils peuvent devenir le même raccourci facile que les adverbes, plutôt que de bien décrire) Exemple : La vieille maison terrifiante s’élevait devant Pierre. Effrayé, il savait qu’il n’avait pas le choix : il devait y entrer même si les terribles grincements qui en émanaient lui glaçaient le sang.

Dans ce cas-ci, le premier adjectif VIEILLE est un raccourci : au lieu de vraiment décrire la maison, on la catalogue dès le départ : elle est vieille. D’accord, mais qu’est-ce qui nous fait dire qu’elle est vieille? À quoi ressemble-t-elle : la galerie, les fenêtres, le toit, les briques… Même chose pour le deuxième, TERRIFIANTE : en quoi est-elle terrifiante, cette maison? Pourquoi susciterait-elle plus la peur qu’une autre? Le troisième adjectif, EFFRAYÉ, est bien mais il ne reflète pas ce que le personnage, Pierre, vit, ce qu’il ressent face à cette maison. Ici, c’est dit : Effrayé. Mais est-ce que ses tripes se tordent, est-ce qu’il se mord une lèvre, comment il réagit face à cette peur? Parce que c’est là, au fond, que le lecteur va s’y retrouver ou non, y vivre quelque chose ou non. Je pourrais expliquer pourquoi le quatrième adjectif, TERRIBLES, ne montre rien mais vous avez déjà compris.

 

Et vous, qu’en pensez-vous? Avez-vous d’autres exemples en tête? Ou d’autres pièges à surveiller en tant qu’auteur?

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9 Commentaires

Publié par le janvier 11, 2012 dans Uncategorized

 

9 réponses à “SHOW don’t tell

  1. Philippe-Aubert Côté

    janvier 11, 2012 at 6:11

    Les romans où plutôt que de laisser agir les personnages (et de laisser le lecteur comprendre comment ils sont…) on les décrit psychologiquement pendant 10 pages — sans même s’assurer que leurs actions dans la suite du récit sont cohérentes avec ce qu’on en a dit au début (je pense à La promesse des ténèbres de Maxime Chattam, entre autres, qui présentait ce problème si j’ai bonne mémoire).

    Ça ne sert à rien de décrire le personnage en disant par exemple « c’est un pingre vieux garçon obsédé par les femmes qui va à l’église tous les jours mais pirate Play boy sur le câble et s’en confesse au curé pour se sentir appaisé », le tout sur dix pages. On peut très bien le mettre en scène directement, et le faire agir de manière à ce que le lecteur comprenne ce qui a été dit ci-dessus : on voit le type acheter un pain de la veille pour économiser, il en profite pour reluquer la vendeuse tout en discutant avec elle, puis il retourne chez lui s’asseoir devant la télé Playboy en pensant à la petite vendeuse. Et bien sûr, juste avant ces scènes, on le voyait sortir de l’église, plus précisément du confessionnal où il a promis au curé de débrancher son câble… Le lecteur va comprendre lui-même et le personnage va être plus vivant.

     
  2. aveugle

    janvier 11, 2012 at 6:15

    Tout à fait, Phil : très vrai ce que tu écris là! 🙂

     
  3. Patrice Cazeault

    janvier 11, 2012 at 6:50

    Ma vision du «Show, don’t tell» ressemble plus à celle de Philippe. «Montre-moi ce que le personnage fait, je déciderai (en tant que lecteur) de ce qu’il est.»

    Par contre, je suis parfaitement d’accord avec les conseils que tu donnes pour étoffer les descriptions. Très intéressant de les soutenir avec des exemples!

     
  4. Julie L.

    janvier 11, 2012 at 6:51

    Je suis bien d’accord avec toi. Il faut aller plus loin que la simple « explication » Il faut mettre le lecteur dans l’ambiance de A à Z et non pas faire les choses à moitié. J’avoue que j’écrivais comme ça avant et je crois que tout le monde a fait « ces erreurs » là dans le passé, mais en vieillissant s’améliore.

     
  5. Dominic Bellavance

    janvier 11, 2012 at 8:54

    D’accord aussi, mais toujours avec nuance. Dans mes cours de création littéraire, on a martelé qu’il ne fallait presque jamais mettre d’adjectifs et d’adverbes dans nos textes. Avec l’expérience, j’avoue que ces petits mots peuvent être fort utiles pour créer divers effets. Parfois, on ne veut pas embêter le lecteur avec une description (généralement parce qu’on focalise sur autre chose), et l’adjectif « vieille » devant le mot « maison » peut très bien faire l’affaire! Même chose pour les adverbes.

    Ce qui est à proscrire, comme dans n’importe quoi, c’est l’abus.

     
  6. Philippe Roy

    janvier 11, 2012 at 11:02

    En fait, les adverbes et les adjectifs sont dangereux parce qu’ils peuvent encombrer une phrase à la vitesse de l’éclair. Dans notre monde binaire, on a donc tendance à les interdire bêtement (remarquez l’adverbe judicieux).

    La question n’est pas tant dans l’abus que dans la pertinence. Un adverbe inutile, un adjectif affecté? Hors de mon texte! Mais si ils permettent au contraire de dégager le texte, de l’alléger (et ça arrive souvent; vous noterez que «souvent» est un adverbe aussi), alors pourquoi pas?

    Quand au show don’t tell, conseil fort judicieux, il dépend essentiellement du genre littéraire. Dans le conte, traditionnellement, on dit beaucoup et montre très peu. Dans le roman, où l’on veut créer une ammbiance, on a tendance à montrer le plus possible et à en dire le moins possible, ce qui est très brillant. Reste que des œuvres majeures disent beaucoup et montrent peu. Biblo le Hobbit par exemple. L’ennui est ici dans la rupture de ton. L’auteur tâche de nous construire une belle ambiance horrifiante et paf! il nous assène un «il était terrorisé». Alors on a envie de dire «Ben pas moi, parce que tu m’as pourri l’ambiance, sale con!» Je me dis ça sans arrêt dans mes relectures 😦

    Il y a aussi la question du narrateur qui se pose. Neutre ou pas. Première ou troisième personne. Il est tout à fait judicieux qu’un narrateur à la première personne dise sans montrer. «Je pirate parfois le canal Playboy, mais je vais toujours me confesser.» C’est plus naturel (et plus court). Dans ces cas là, c’est plutôt quand le narrateur commence à ménager ses effets littéraires que je décroche.

    Bref, c’est compliqué.

    Ça me fait d’ailleurs penser à la fameuse chasse au «faire», auquel j’ai consacré un billet. http://les-chemins-obscurs.blogspot.com/2011/10/que-faire-ou-ne-pas-sen-faire.html

     
  7. Gen

    janvier 12, 2012 at 6:16

    Tout à fait d’accord. C’est sûr que ça prend un peu de pratique pour voir la différence entre ce qui est « dit » en nuisant à l’histoire et ce qui est « dit » sans que ça nuise à l’histoire (ex : la maison est vieille… bon, c’est ptêt pas important pour l’histoire de la décrire, ça sert peut-être à rien qu’on s’en fasse une idée précise).

    Pour les adjectifs et les adverbes, j’essaie de les considérer comme des coups de gong pour attirer l’attention du lecteur. Si un personnage dit que « Maria arriva avec Joey et la jolie Annie », ben l’adjectif mis juste pour Annie attire notre attention. On comprend tout de suite qu’il y a anguille sous roche. (Encore anguille doit-il y avoir…)

    Dans le « montrer plutôt que dire », je voudrais noter un problème que je lis souvent dans des descriptions de personnage : les couleurs!!! Si on me dit que le personnage un tel portait « Un manteau violet, un chapeau vert et une chemise bleue qui s’harmonisait avec l’ensemble », je sais pas pour vous, mais j’ai tout de suite mal au coeur, parce que dans ma tête, les couleurs matchent pas pantoute! Tandis que si la description parle de « Un manteau, un chapeau et une chemise dans des tons froids allant du bleu au violet », me semble que c’est plus harmonieux. Parce qu’on a frappé du gong à la fin, une fois, plutôt qu’après chaque morceau.

    Mais bon, ça sort surtout d’exemple de littérature de filles… 😉

     
  8. Philippe-Aubert Côté

    janvier 12, 2012 at 10:15

    Hé hé… Côté « harmonie » et « description » de couleurs, il faudrait demander à Daniel ce qu’il en pense: il y en a pas mal dans la Suite du temps… 😉

     
  9. Dominic Bellavance

    janvier 15, 2012 at 3:06

    En général, les texte qui admettent quelques adjectifs m’interpellent plus que les autres. C’est peut-être parce que je suis un « visuel »…

     

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